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Celine Lapertot Antoine Rozes

Rencontre avec Céline Lapertot 14/03/2014

Rencontre avec la jeune auteure Céline Lapertot qui vient de publier Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre aux Éditions Viviane Hamy, un premier roman noir et bouleversant qui laisse présager une belle carrière.


Pour la rentrée littéraire 2014, les Éditions Viviane Hamy proposent un roman d'une jeune auteure : Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre de Céline Lapertot. Un roman noir qui traite d'une adolescente maltraitée par son père et qui ne trouve comme issue que le meurtre et l'écriture. Rencontre avec cette auteure en pleine ascension.

 

Céline Lapertot est originaire de Lunéville – décor de son premier roman Les Éphémères. Elle suit une formation littéraire classique et s’inscrit en première année de lettres à l'Université de Nancy. Puis, dès sa deuxième année, elle arrive à Strasbourg où elle passera son Master de Lettres et le Capes pour devenir professeure de français. Elle enseigne au Collège Leclerc de Schiltigheim, une ZEP qui lui permet de côtoyer au plus près les brisures des enfants, thème qui l'inspire et qui nourrit son écriture. Ce goût pour l'écriture, Céline Lapertot le possède depuis son enfance. Elle la découvre à l'âge de sept ans. D'abord l'écriture de poèmes, de l'ordre de l'instinct, de l'intuition. Puis, à 13 ans, elle prend conscience de sa maturité littéraire et se lance dans l'écriture de romans.

Lauréate du concours de nouvelles des Éditions du Bord du Lot, elle voit son premier roman Les Éphémères publié en petite quantité. Mais la consécration vient avec un coup de fil de Viviane Hamy en personne qui accepte de publier son roman Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre. Depuis, son roman « fait son petit bonhomme de chemin ». Céline Lapertot est en lice pour le Prix Poulet Malassis – du nom de l’éditeur des Fleurs du mal de Baudelaire – qui sera remis lors du Salon du livre d'Alençon les 24 et 25 mai 2014.

 

Un premier roman qui prend aux tripes

 

Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre est un roman noir, bouleversant. C'est le témoignage de Charlotte, lettre ouverte au juge, après le meurtre de son père. Ce sont dix ans de maltraitance racontés dans un carnet rouge. Quand on demande à Céline Lapertot pourquoi écrire sur un sujet aussi dur, elle répond : « J’aime beaucoup le roman noir. J’aime le drame, j’aime ce qui est noir. Je trouve que ce sont les plus belles histoires, celles qui prennent aux tripes, qui arrachent le cœur. » Le sujet est dur, mais le ton est parfait. Le roman se dévore. Sommes-nous habités d'une curiosité malsaine à avancer à travers ces aveux, à suivre la vie glauque, morne et violente de Charlotte pour savoir quel sera ce déclic qui la poussera à se libérer de son bourreau et à en arriver au meurtre ?


et je prendrai tout ce qu il y a a prendre Celine Lapertot

Ce premier roman est d'une grande maturité littéraire. Les références classiques fusent : Diderot, Rimbaud, Nothomb – pour ne citer qu'eux – et la grande influence des tragédies classiques hante et nourrit le roman. Céline Lapertot avoue s'être inspirée de Phèdre, entre autres, et de son humanité pour le personnage de Charlotte : « J’avais envie d’un personnage qui n’est pas lisse et qui n’est pas toujours attachant. On a d’autant plus envie de la sauver qu’elle est très humaine et qu’elle n’est pas toujours attachante. Et les personnages antiques et les personnages de la tragédie sont comme ça. Comme Phèdre, on n’arrive pas à la détester pourtant elle est assez ignoble mais profondément humaine. »

Charlotte est un personnage complexe. Elle renaît et se (re)construit à travers sa lettre. Et elle acquiert assez de recul pour analyser son geste. Charlotte est une véritable tragédienne dans sa capacité à analyser le moment où tout a basculé : « C’est une tragédienne parce qu’elle est capable de saisir l’instant X où sa vie n’est plus sa vie. » Le roman traduit un parfait entre-deux : Charlotte est à la fois jeune fille, adolescente mais présente une complexité, une véritable force qui lui confère une maturité d’adulte – Charlotte est résolument plus « grande » que sa mère, Céline Lapertot le confirme : « Elle est aussi forte que sa mère est faible ». Elle possède ces peurs, ces espoirs de petite fille et ressent une véritable loyauté envers ses parents. Elle ne voudra jamais les trahir, malgré tout ce qu’elle subit.

 

"Il y a l'écriture, et cela tient chaud"

 

Mais Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre est avant tout un hommage à l'écriture et la littérature. L'écriture est pour Charlotte un véritable refuge face à l'hostilité du monde. Les livres lui permettent de tenir malgré la violence et les coups de son père. Mais c’est également le seul moyen pour Charlotte de parvenir à se confier. Elle a besoin de l'écriture, elle s'en sert comme plaidoyer pour sa liberté. Elle l'écrit : « L'écriture est le plus sûr des avocats » et Céline Lapertot de le souligner : « À l’intérieur de ce roman, l’écriture a une double fonction : plaidoyer pour sa liberté en tant que personnage. Et puis derrière, plaidoyer pour l’écriture parce qu’elle a su la sublimer, elle a su trouver tout ce qui fait la force de l’écriture. » Bien plus que par le meurtre, Charlotte est sauvée par l'écriture. « Charlotte est un véritable écrivain. Elle ne cherche pas à être aimée, elle cherche à être sauvée par le seul moyen qu’elle connaît, l’écriture. » Et en cela, Céline Lapertot se rapproche intimement de son personnage. Ce besoin, elle le ressent également : « L’écriture est une soupape de sécurité, j’en ai un énorme besoin. J’écris vraiment tous les jours sinon je ne suis pas bien. »

 

Ce premier roman a reçu un franc succès, notamment de la part des blogueurs littéraires - Télérama, Blablablamia, ou encore Moi, Clara et les Mots pour ne citer qu'eux - qui « prennent maintenant une place de plus en plus importante et compensent le manque d’espace réservé à la littérature » et qui l’ont très positivement accueilli. Céline Lapertot a su attirer l’œil avisé de Viviane Hamy et se faire une place dans cette maison de grande qualité : « Je me disais dans mes rêves secrets : « Si seulement Viviane Hamy m’acceptait ! » » En attendant son prochain roman, on peut retrouver ses « petits billets » sur Facebook.


Texte : Camille Grossiord