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« Doré & Friends » au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg 24/03/2014

Zoom sur Gustave Doré et les artistes qu'il a inspirés à travers une exposition enrichissante, ludique et passionnante.


Doré, artiste polyvalent, illustrateur de génie

Gustave Doré est né à Strasbourg en 1832. Jeune garçon à l'imagination débordante, doté d'une rare inventivité, cet autodidacte fait ses preuves dès l'adolescence. En 1848, il signe un contrat d'exclusivité avec Charles Philippon, directeur du Journal pour rire, et débute comme caricaturiste. Ce sont les premiers pas d'une carrière foisonnante. Journaux populaires, albums satiriques, mais aussi contes et romans sont agrémentés de ses dessins. S'il s'essaye à bon nombre de supports, l'illustration de grands classiques littéraires lui permet de se faire un nom et d’asseoir sa notoriété. Parmi ces ouvrages emblématiques, réalisés en collaboration avec les grands éditeurs de son temps, citons l’œuvre complète de Rabelais (1854), L'Enfer de Dante (1861), les Contes de Perrault (1862) ou encore la Sainte Bible (1866).

Si, dans le cadre de cette exposition, c'est l'illustrateur qui nous intéresse, notons que Doré est un artiste polyvalent : il est tout à la fois, caricaturiste, peintre, sculpteur, aquarelliste... Avide de reconnaissance, il touche à différents domaines de création et laisse ainsi une œuvre riche de multiples facettes. Pourtant, il peine à rencontrer le succès escompté – peut-être parce que son travail est aussi inégal qu'il est varié. S'il semble désireux de reléguer l'art mineur qu'est alors l'illustration au second plan pour s'affirmer en tant que peintre, la réception de ses toiles n'est pas à la hauteur de ses ambitions et les réactions restent assez mitigées.

Somme toute, grâce à ces talents d'illustrateur, sa réputation dépasse rapidement les frontières de l'hexagone. De Londres à Milan, en passant par Amsterdam et Saint-Pétersbourg, ses ouvrages sont édités dans toute l'Europe.


« Doré & Friends », une exposition axée sur les apports de l'artiste

L'exposition du Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, « Doré & Friends », se penche sur l'univers graphique de Gustave Doré et ses apports. Afin de mettre en lumière les aspects novateurs de son œuvre, les commissaires ont choisi de mettre en parallèle ses travaux avec ceux de ses contemporains et successeurs. Pourquoi affirmer que l'illustrateur était un précurseur ? Comment a-il inspiré des générations d'artistes ? Quels échos ses œuvres rencontrent-elles aujourd'hui ? Ainsi, cet accrochage rassemble des figures incontournables de la fin du XIXe, comme Francis Picabia ou Paul Klee, mais aussi plus d'une dizaine d'artistes contemporains, dont Willem, Pettibon et Blutch – diplômé de l’École Supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg qui a fait ses débuts dans Fluide Glacial. Outre ses apports dans les domaines de l'illustration et de la bande-dessinée, l'exposition souligne son influence sur des générations de cinéastes, de Méliès à Tim Burton, en passant par Cocteau.

Ce parcours est aussi l'occasion de (re)découvrir les albums de jeunesse de Doré, les Travaux d'Hercule (1847), les Des-agréments d'un voyage d'agrément (1851) ou encore l'Histoire dramatique, pittoresque et caricaturale de la Sainte Russie (1854). La finesse et l'originalité de leur composition méritent qu'on s'attarde sur ces ouvrages.


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(Les Travaux d'Hercule,1847)


Bien sûr, petits et grands ne manqueront pas de se pencher sur les illustrations des Contes de Perrault et des Fables de La Fontaine, rassemblées en un même espace. Ainsi, les visiteurs sont invités à contempler des gravures du Petit Chaperon rouge, du Petit-Poucet, de Cendrillon ou du Chat Botté. S'approcher de ces œuvres permet d'admirer la myriade de détails avec laquelle Doré enrichit ses images. Cette attention particulière confère une atmosphère unique à chaque planche, elle permet parfois d'accentuer le suspens du récit, parfois d'en souligner l'humour ou l'étrangeté. On remarque d'ailleurs que Doré s'affranchit des textes qu'il illustre, ne craint ni détournement ni anachronisme, transpose l'action et en livre une vision très personnelle : sous sa plume, les personnages se muent, la cigale et la fourmi, par exemple, prennent formes humaines, plus précisément les traits d'un maigre guitariste et d'une ménagère alsacienne. Ainsi, si les Fables de la Fontaine ont inspiré grand nombre d'artistes depuis leur parution en 1668, cette impressionnante lignée n'empêche nullement Doré de se distinguer. De fait, ses illustrations ne se contentent pas de planter l'action mais l'animent. Si elles servent le texte, elles permettent également de l'enrichir, de le diversifier et de mettre en avant ses différents niveaux de compréhension.

La finesse des personnages, conjuguée à l'onirisme des décors, éveille l'imagination du lecteur, le tient en haleine et l'entraîne avec plaisir et sans retenue dans un monde fantasque.


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(La Cigale et la Fourmi, 1866)


Ainsi, plus de cent ans après sa mort, cet artiste hors pair continue d'inspirer les nouvelles générations, preuve, s'il en est, de son talent mais aussi de l'empreinte laissée par ses images dans la mémoire collective.


Pour ceux qui souhaiteraient étoffer, n'hésitez pas à prolonger la visite en consultant le catalogue de l'exposition (paru aux Éditions des Musées de Strasbourg). En effet, cet ouvrage ne se contente pas de reprendre et suivre le fil de l'exposition mais rassemble plusieurs études approfondies sur l'artiste.


Où et quand ?


Du 21 février au 25 mai 2014


Musée d'Art Moderne et Contemporain

1, place Hans-Jean Arp

Strasbourg


Retrouvez la programmation détaillée sur le site des Musées de Strasbourg.


Le musée d'Orsay, à Paris, consacre actuellement une vaste rétrospective à l'artiste – « Gustave Doré (1832-1883) - L'imaginaire au pouvoir », jusqu'au 11 mai 2014


texte : Zoé Fugler