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louis aragon

Ces amoureux de l'Alsace #3 - Louis Aragon 28/04/2014

Zoom sur Louis Aragon qui séjourna à Strasbourg à plusieurs reprises au cours de sa vie.

Artiste aux multiples facettes, à la fois romancier, poète, journaliste et militant, il foulera le sol alsacien plusieurs fois et témoignera dans son œuvre son amour et son admiration pour la capitale alsacienne.

 

Découverte de l'Alsace pendant la Grande Guerre


louis aragon theodore fraenkel 1918 

Louis Aragon - à gauche - et son ami Théodore Fraenkel en 1918


Étudiant en médecine, sa première découverte de l'Alsace aura lieu pendant la première guerre mondiale quand il y sera envoyé en 1918 en tant que médecin auxiliaire. Dans son dernier roman Théâtre/Roman publié en 1974, il relate une anecdote de son premier passage à Strasbourg. Passionné de littérature et de musiques allemandes, il s'est arrêté dans une librairie de la rue de la Mésange pour acheter des livres : « Étant de cette armée qui entrait la première à Strasbourg (…) le défilé piétina dans une rue qui s'appelait alors la Meisengasse, nous nous trouvions devant une librairie (…), je ne pus me retenir d'y pénétrer pour toucher de mes doigts ce monde interdit si longtemps de la poésie allemande, j'y achetai une masse de livres. » Figure de la résistance lors de la seconde guerre mondiale, il racontera être retourné en 1945 dans cette même librairie où il sera reconnu par les libraires : « Ils m'ont pris les mains, ils m'ont dit : "Vous êtes le soldat français qui est venu chez nous acheter Die Weise Von Lieben und Tod… nous nous sommes toujours demandé pourquoi Rilke." »

Âgé alors de vingt-et-un ans, il aurait été marqué par son premier séjour en Alsace. Il relate notamment dans le conte « Le Carnaval », publié dans son œuvre La Mise à mort, une crue du Rhin où il dira avoir vu des faisans désorientés se noyer dans les eaux débordées du fleuve.

 

De retour à Strasbourg par amour

 

En 1923, il profite d'un séjour dans sa famille à Commercy, en Lorraine, pour retrouver son amour de l'époque, Denise Lévy, « un nom comme le vent quand il tombe à vos pieds » – comme il le décrira dans La Défense de l'infini. Née Denise Kahn et originaire de Sarreguemines, elle avait épousé en 1921 le docteur Georges Lévy, installé à Strasbourg. Elle aurait servi de modèle au personnage de Bérénice dans le roman Aurélien, publié en 1944. Il effectue plusieurs séjours en 1923 et 1924 chez Denise et son mari, qui habitaient au 12 quai Saint Nicolas à Strasbourg, l’occasion pour Aragon de fuir les siens. Il est très vite intégré dans la société strasbourgeoise où il fait forte impression. Dans l’ouvrage Mémoires d’un surréaliste, Maxime Alexandre, poète et auteur alsacien, le décrit en ces termes : « Il avait une assurance, un brio qui stupéfiaient. Il connaissait par cœur la littérature (…), l’archéologie, l’histoire (…), il jouait du piano, savait danser, jouer au poker… » Ses séjours dans la capitale alsacienne seront également pour lui l’occasion de corriger les épreuves du Libertinage, qu’il publie en 1924, et travaille à La Défense de l’infini, roman publié à titre posthume en 1984.


denise levy

Denise Lévy


Aragon semble vraiment se plaire à Strasbourg. Il décrira cette ville dans ses romans et notamment dans La Mise à mort, publié 1965, dans lequel on peut lire : « Après m'être baladé dans Strasbourg, qui était alors, dans ce soleil d’hiver, une ville toute rose, avec des rues vides, et sur la cathédrale la Synagogue aux yeux bandés avait cette élégance ployée. » On trouve également une évocation de la Grand’Rue, la Langstross qu’il nomme la « rue Longue » dont il écrit : « j’ai pensé un instant que j’allais y rester pour longtemps ». La nostalgie de Strasbourg transparaît dans ses évocations et traduit un amour pour la capitale alsacienne.

 

La résistance et Strasbourg

 

Aragon est une figure emblématique de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. Il soutient le parti communiste français de 1930 jusqu’à sa mort en 1982. Il rédige en 1944 La Diane française, un recueil de poèmes consacré à la Résistance. On y trouve notamment un poème intitulé Chanson de l’Université de Strasbourg qui traite de la délocalisation de l’Université de Strasbourg qui a trouvé refuge à Clermont-Ferrand. En effet, en 1939, suite à la déclaration de guerre, Strasbourg est déclarée zone militaire. L’administration de l’Université est déplacée à Clermont-Ferrand, suivie par ses professeurs et ses étudiants. Après l’Armistice du 22 juin 1940, les autorités allemandes créent la Reichsuniversität Strassburg mais un grand nombre de professeurs et d’étudiants ne souhaitent pas quitter Clermont-Ferrand et rejoindre l’université allemande. Les premiers mouvements de résistance vont naître au sein même de l’Université. Aragon lui dédiera un très beau poème qui démarre ainsi : « Cathédrale couleur du jour / Prisonnière des Allemands / Tu comptes inlassablement / Les saisons les mois les moments / Ô cathédrale de Strasbourg. » Figure de la résistance, Aragon reviendra une nouvelle fois à Strasbourg en 1945.

 

La capitale alsacienne se retrouve dans la vie et l’œuvre d’Aragon. En sa qualité de poète, de romancier, d’homme amoureux et de militant, Louis Aragon aimait et admirait Strasbourg.


Texte : Camille Grossiord