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Ces amoureux de l'Alsace #2 - Victor Hugo 28/02/2014

Zoom sur les voyages de Victor Hugo en Alsace publiés dans son oeuvre Le Rhin.


Victor Hugo a toujours beaucoup voyagé. Il se décrit comme un amateur de « courses lointaines » sans pour autant se prétendre grand voyageur. Il considère le voyage comme une détente, comme capable de « changer l’attitude de son esprit ». Ses récits de voyage sont les moins connus parmi son œuvre foisonnante : Choses vues, Alpes et Pyrénées, France et Belgique. Mais le voyage et son goût pour la découverte de nouveaux horizons tiennent une place importante dans sa vie et dans son œuvre. Les écrits de chacun de ses voyages livrent des descriptions nombreuses et précieuses. Certain voit dans ce goût pour le voyage un rapport avec sa filiation et son enfance : petit-fils d'un capitaine de navire, son père dit qu'il a été "conçu" au Donon, né à Besançon, il voyagea beaucoup durant son enfance.

 

Jusqu'en 1871 et tous les ans, Victor Hugo, accompagné de son amante Juliette Drouet, effectue un voyage d'un mois en France ou dans un pays européen. Ces voyages sont l'occasion pour lui de noter ces différentes impressions dans des carnets. De chacun de ses périples, il rapporte notes, dessins, peintures. Il entretient également une grande correspondance avec ses proches durant ses voyages, prenant plaisir à leur faire découvrir dans ses lettres les paysages qu'il découvre, les particularités de la région ou du pays visité, les fonctionnements "étrangers", etc.

Lettre-hugo


De toutes ces "notes" de voyage, celles du Rhin sont les seules à avoir donné lieu à une publication. Publié en 1842, Le Rhin regroupe les récits des trois voyages effectués avec Juliette Drouet dans la Région en 1838, 1839 et 1840. Une autre publication en 1845 sera enrichie. Mais c’est le voyage de 1840 qui constitue le véritable noyau de son œuvre Le Rhin et se présente comme un projet d’édition. Son journal de bord devient une fiction épistolaire, construit comme une correspondance mais une correspondance de Victor Hugo à lui-même – et à ses lecteurs futurs.


Dessin hugo Rhin

 

Victor Hugo éprouve une véritable fascination pour les fleuves en général et pour le Rhin en particulier : « Vous savez, je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuvres (…) Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. » Cette fascination pour le Rhin sera prétexte à de grandes rêveries et à de longues digressions historiques – Hugo aurait affirmé très jeune, en 1816 : « Je veux être Chateaubriand ou rien ! » et on retrouve de l’auteur de Mémoires d’outre-tombe dans les contemplations de Victor Hugo. Mais cette fascination permettra la découverte de l’Alsace, de Strasbourg et de ses alentours, avec toujours le Rhin latent, en arrière fond, comme en témoigne ce passage au col de Saverne :

 

« C’est là une des plus belles impressions de ma vie (…) Une brise, qui venait du Rhin, faisait frissonner les arbres au bord de la route. De temps en temps ils s’écartaient et me laissaient voir un abîme vague et éblouissant ; au premier plan, une futaie sous laquelle se dérobait la montagne ; en bas, d’immenses plaines avec des méandres d’eau reluisant comme des éclairs ; au fond, une ligne sombre, confuse et épaisse – la Forêt Noire – tout un panorama magique entrevu au clair de lune. Ces spectacles inachevés ont peut-être plus de prestige encore que les autres. Ce sont des rêves qu’on touche et qu’on regarde. Je savais que j’avais sous les yeux la France, l’Allemagne et la Suisse, Strasbourg avec sa flèche, la Forêt Noire avec ses montagnes, le Rhin avec ses détours : je cherchais tout, je supposais tout, et je ne voyais rien. Je n’ai jamais éprouvé de sensation plus extraordinaire (…) Le jour, cette vallée émerveille ; la nuit, elle fascine. »

 

Victor Hugo profitera de son voyage pour découvrir Strasbourg et plus particulièrement sa Cathédrale. « Prodige du gigantesque et du délicat », elle fascine l’auteur. Même s’il ne peut s’empêcher de relever certains points négatifs, la description qu’il en fait est admirable et ne peut susciter que fierté chez tout alsacien :


« L’énorme cathédrale, le sommet le plus haut qu’ait bâti la main de l’homme après la grande pyramide, se dessinait nettement sur un fond de montagnes sombres d’une forme magnifique, dans lesquelles le soleil baignait çà et là de larges vallées. L’œuvre de Dieu faite pour les hommes, l’œuvre des hommes faite pour Dieu, la montagne et la cathédrale, luttaient de grandeur. Je n’ai jamais rien vu de plus imposant. »

 

À travers ce « récit de voyage », Victor Hugo nous raconte l’Alsace, nous promène dans les rues de Strasbourg et sur la Place Kléber. Il nous conduit à l’église Saint-Thomas. Et c’est avec lui, à travers sa plume que nous effectuons ce « voyage perpendiculaire » en haut de la flèche de la cathédrale d’où nous lisons les toits fumants strasbourgeois qu’elle culmine et plus loin, « la France, la Suisse et l’Allemagne dans un seul rayon de soleil. »



Texte : Camille Grossiord