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Ces amoureux de l'Alsace #1 – Goethe 02/02/2014

Retour sur une étape de la vie d'un des plus grands auteurs allemands



Nous sommes en 1770, cette année-là le futur Louis XVI épouse l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche, Jean-Jacques Rousseau publie ses Confessions et le jeune Joahnn Wolfgang von Goethe, âgé alors de 21 ans, arrive à Strasbourg où il va passer un peu plus d'un an.

Originaire de Thuringe, le jeune homme a reçu une éducation humaniste et scientifique empreinte de la rigueur de son père, dont il se souviendra toute sa vie comme d'un homme très sévère. Il parachève son éducation classique par l'étude du droit, d'abord à l'université de Leipzig de 1765 à 1768 puis à l'université de Strasbourg entre 1770 et 1771 de laquelle il ressortira diplômé.


goethe


Le choix de la ville de Strasbourg pour cette fin d'études n'est pas vraiment dû au hasard, en effet, l'université de Strasbourg jouit d'une excellente réputation, notamment en ce qui concerne l'enseignement du droit et de la médecine, et son rayonnement est international. Par ailleurs, en tant que ville frontière entre la France et l'Allemagne, Strasbourg concentre les qualités de ces deux pays et est souvent considérée comme l'antichambre de Paris par les Allemands de l'époque.


À peine arrivé dans la future capitale européenne, le jeune Goethe s'installe du côté sud du marché aux poissons – le Fischmarkt, l'actuelle rue du vieux marché aux poissons. Comme nombre d' étudiants, il est fasciné par la beauté un peu mystique et la grandeur mélancolique de la cathédrale. Il monte chaque matin au sommet de cette dernière pour regarder le soleil se lever et certains soirs il y retourne pour y savourer un verre de vin alsacien léger en contemplant le paysage strasbourgeois.

Entre ses études de droit et ses moments de réflexion et de contemplation au zénith de la ville, Goethe fait aussi et surtout des rencontres. Qu'elles soient intellectuelles, littéraires, politiques ou romantiques, elles ont toutes eu un rôle à jouer dans l'évolution de Goethe et dans les choix qu'il fera par la suite.

L'une des plus importantes rencontres que Goethe fait à Strasbourg est celle de Johann Gottfried von Herder, un poète, philosophe et théologien allemand qui vit dans la future capitale européenne en même temps lui. Cet homme n'est âgé que de quelques années de plus que lui, mais il deviendra pourtant presque un mentor pour le jeune Goethe. Son influence sur l'auteur, aussi bien que celle de ses théories philosophiques, est lisible dans une partie de ses premières œuvres, et notamment dans Les Souffrances du Jeune Werther ( Die Leiden des jeungen Werthers ) publiées en 1774, à peine quelques années après la période strasbourgeoise de Goethe.


Si la rencontre et l'amitié entre Goethe et Herder sont primordiales pour l'évolution de sa pensée, la rencontre et l'idylle entre Goethe et la jeune Friederike Brion auront des répercussions dans une grande partie de l’œuvre de l'auteur.


friederike


Friederike, c'est la jeunesse et l'innocence, la douceur d'un amour qui semble sans conséquence. Goethe rencontre la jeune fille au cours d'un séjour à Sessenheim, elle est le troisième des cinq enfants du pasteur du village. Goethe venu visiter la région au-delà de Strasbourg avec son ami Weyland, rencontre pas hasard Friederike et tombe immédiatement sous son charme, comme il le relate d'ailleurs dans ses mémoires Poésie et Vérité ( Dichtung und Wahrheit ). Sa passion est partagée par la jeune fille et bientôt, Goethe passera une partie importante de son temps libre auprès de Friederike et de la famille Brion. Les amoureux profitent de la nature environnante et ne se soucient pas du lendemain, leur idylle est parfaite, tout simplement. Selon Goethe lui-même, c'est la rencontre avec Friederike qui lui a donné - ou redonné - l'envie d'écrire. En effet, cette histoire d'amour et le décor alsacien idyllique lui servant de cadre inspireront à Goethe de magnifiques poèmes, tous imprégnés de cette atmosphère naïve et pastorale qui reflète si bien les mois que le poète et la jeune fille passèrent ensemble. Les poèmes de cette période de la vie de l'auteur sont aujourd'hui qualifiés de « poèmes de Sessenheim », on y retrouve notamment le célèbre poème Bienvenue et Adieu ( Willkommen und Abschied ) qui est presque un témoignage de l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens, de l'arrivée à cheval du poète symbolisant son arrivée à Sessenheim le jour de la rencontre avec Friederike à la séparation. En effet l'idylle de jeunesse de Goethe n'a pas duré et les amoureux se séparèrent après quelques mois. Bien que Goethe n'ait jamais explicité tout à fait ce qui avait motivé sa décision, il a souvent évoqué la fin de cette amourette comme l'un de ses grands regrets. Friederike quant à elle termina sa vie seule, la légende voulant qu'elle ait dit que « quiconque fut aimé par Goethe ne peut lui vouloir de successeur ».


goethe et friederike


À mi-chemin entre l'idéal amoureux et l'amour impossible des tragédies classiques, l'idylle entre Goethe et Friederike Brion fût à l'origine du renouveau de la passion de l'auteur pour la poésie et ses mystères. C'est cette période de son œuvre qui le rattache le plus au mouvement du Sturm und Drang et enfin, c'est pour le poète la coloration que garda pour toujours l'Alsace : cette fraîcheur un peu naïve mais douce et attendrissante.



Texte: Aurore Morizot.