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Schàwel

Yves Bisch, l’ardent défenseur de la « Müattersproch » 27/06/2013

Pédagogue, historien de Sierentz, homme de plume et de terrain, Yves Bisch promeut sa « Heimetsproch » avec force, passion et conviction.


Après une brève rencontre à la Foire du Livre de Saint Louis, c'est avec plaisir qu'Yves Bisch a accepté de me parler de son parcours, riche d'anecdotes et de rencontres.


Schàwel
"ìch loss mr dr Schnàwel nìt züeheewa." (Je ne me laisse pas clouer le bec.)


Portrait


Yves Bisch a exercé durant 33 ans le « plus beau métier du monde » à l’école communale de Sierentz. Enseignant et directeur d’école à la retraite, il a semé le savoir et s’est passionné tout au long de sa carrière pour sa langue régionale et la transmission de cette dernière.

Il a reçu l’insigne de chevalier dans l'ordre des Palmes académiques en 1995 et, treize années plus tard, l’insigne d’officier pour son travail pédagogique et son engagement dans la survie du dialecte. Maître-formateur en langue et culture régionales, il est un des pionniers des échanges scolaires franco-allemands.Lauréat du Bretzel d’or en 2006, le « Schulmeister » milite depuis toujours pour la transmission de la culture régionale. Aussi a-t-il lancé en 2003 une option « alsacien » au collège Dolto de Sierentz. Le cours a remporté un vif succès et l’initiative a été suivie par d’autres collèges depuis.

« Instit », Yves Bisch le restera toute sa vie. Il a ce métier dans le cœur et la pédagogie fait partie intégrante de son mode de pensée. Selon lui, la meilleure façon de donner envie aux jeunes générations d’apprendre l’alsacien, c’est de rester le pédagogue qu’il a toujours été. Agir dans des domaines variés, travailler dans tous les sens, mettre une touche dialectale dans la vie quotidienne. L’alsacien ne se trouve pas seulement dans les poèmes et le théâtre régionaux, il est partout. Et il peut s’apprendre à tout moment.

Quand il est arrivé à l’école, à l’âge de 5 ans, Yves ne parlait pas un mot de français. Les punitions ont fusé pour tous les jeunes enfants qui continuaient à parler en alsacien dans la cour de récréation. Les médias n’aidaient pas. La mode était pleinement dévolue à la langue française, plus « chic ». L’alsacien ne se parlait plus qu’au sein du foyer. Les années ont passé, et le dialecte a perdu de son influence, sans toutefois disparaître. Toute une génération a délaissé l’alsacien, le laissant aux anciens, et de ce fait, ne l’a pas transmis à ses enfants. Pas regrets à avoir ! La transmission se remet au goût du jour et il n’est jamais trop tard pour apprendre ! C’est cette idée qu’Yves Bisch défend avec fermeté et conviction.


Ecolier   
A 5 ans quand il était chic de parler français


« Ne pas se cloisonner dans sa province »

Sierentz est jumelée avec Kostomloty en Pologne. Yves Bisch a ainsi eu l’occasion, tout au long de sa carrière d’enseignant, de se rendre dans la ville polonaise pour y dispenser des cours de français à des enfants. Cette expérience lui a permis de comprendre les mécanismes d’apprentissage d’une langue étrangère. L’immersion étant totale, l’instituteur confie avoir beaucoup appris lors de ces cours, tant dans la façon d’enseigner une langue, que d’un point de vue didactique et pédagogique. Il continue de mettre à profit ces techniques d’apprentissage lorsqu’il enseigne l’alsacien.


Promouvoir sa "Heimetsproch"

A l’école, Yves Bisch intervient avec Delphine Wespiser, miss France 2012 qui s’engage pour la pratique des langues régionales. Les ateliers proposent une approche ludique de l’alsacien. Au menu : des séquences de bricolage, montages de petites pièces théâtre…
Afin de mener à bien ce projet pédagogique, Yves Bisch discute d’abord beaucoup avec les enseignants. En effet, l’objectif est de donner une première impulsion à cette démarche. Les instituteurs s’engagent ensuite à poursuivre les efforts, en proposant d’autres séquences d’apprentissage de l’alsacien. Yves Bisch est conscient qu’il faut une motivation immédiate aux enfants pour leur donner le goût d’apprendre. Par exemple, monter un petit spectacle en alsacien, afin de le jouer devant les grands-parents, parents…
« C’est un peu la folie quand on arrive avec Delphine » confie Yves Bisch. Leurs interventions sont bénévoles et rencontrent un franc succès auprès des plus jeunes mais aussi des parents d’élèves, qui ne sont pas en reste pour demander une dédicace ou faire quelques photos avec les deux chantres du bilinguisme. Le « Schulmeister » s’étonne parfois que certains enfants soient surpris lorsqu’ils découvrent que l’alsacien n’est pas une langue morte, et qu’on peut encore dialoguer dans cette langue ! Il rappelle alors qu’ « on peut tout dire uf Elsassisch!»


Miss1      Miss Delphine et Maître Yves font la tournée des écoles avec la malle au trésor


yves bisch avec delphine wespiser ecole  Familiariser les enfants avec une langue de plaisir de façon ludique.


« On ne peut plus dire aujourd’hui que l’alsacien ne s’écrit pas »

Yves Bisch fait partie de l’association AGATE, Académie pour une Graphie Alsacienne Transfrontalière. Le président de l’association, Edgar Zeidler, est un professeur d’allemand et poète alsacien. Il a créé une graphie harmonisée de la langue alsacienne, appelée l’Orthal. Il s’agit d’une nouvelle méthode pour bien écrire l’alsacien. Plusieurs dialectophones se sont penchés sur la question de l’écriture : quelle est la meilleure manière de transcrire les différentes familles dialectales de l’alsacien ? C’est ainsi que l’Orthal a vu le jour. Les dialectes alsaciens varient beaucoup dans la prononciation, que l’on se trouve au Nord ou au Sud de la région. La graphie choisie réunit toutes les prononciations de l’alsacien et crée ainsi une harmonie nouvelle sans pour autant uniformiser les parlers.

La leçon d’Alsacien


Chaque samedi, Yves Bisch rédige une chronique « Uf Elsassisch » dans le journal régional L’Alsace. Il commente l’actualité dans un billet entièrement écrit en Orthal. Et tous les dimanches matins, une petite leçon d’alsacien autour d’un mot. Rédigée alternativement par l’instituteur et Edgar Zeidler, cette rubrique allie érudition et humour autour d’un terme typique. Une compilation de 120 leçons a été sélectionnée pour former un ouvrage, préfacé par Delphine Wespiser. Ces 120 leçons d’alsacien proposent des formules aussi modernes que variées, inspirées des nouvelles technologies ou de termes plus poétiques. Si la langue régionale doit rester une langue vivante, il semble vital qu’elle s’adapte au monde contemporain.

De plus, depuis 2005, dr elsassisch Àdvantskàlander, le calendrier de l’Avent rencontre un grand succès. La formule est simple et efficace : à la place de la friandise, l’enfant découvre chaque jour une image et un mot, en alsacien. Au total, 25 petits mots de tous les jours ou liés à la magie de Noël, seront mémorisés par l’enfant.

Un homme de terrain


Un autre projet fédérateur de nouvelles rencontres et d’ouverture concerne les auxiliaires de vie sociale. Yves Bisch propose une petite initiation à la langue régionale. Cette initiative offre une nouvelle opportunité d’intégration sociale et permet de créer des liens plus forts avec les patients. En effet, les auxiliaires de vie sociale côtoient quotidiennement des personnes, souvent âgées, parfois malades, avec qui ils peuvent, grâce à l’alsacien, établir une complicité quasi immédiate. Dialoguer dans la « Heimetsproch », c’est aussi permettre à ces personnes de s’exprimer librement, de les mettre à l’aise dès la première rencontre. En outre, ces cours d’initiation à l’alsacien ont permis à M. Bisch de constater qu’il n’y avait pas que les alsaciens qui s’intéressaient au dialecte ! Les ressortissants étrangers qui suivent la formation d’auxiliaires de vie sociale participent avec grand intérêt à ces cours. Motivés par une approche plus personnelle avec les patients, ils témoignent également d’une volonté de se sentir mieux intégrés au sein des discussions, qui ont lieu parfois exclusivement en alsacien dans certains foyers, mais aussi participer aux fêtes traditionnelles, aux chants régionaux.

Yves Bisch sait toute l’importance que peut avoir une langue maternelle pour celui qui la parle depuis sa plus tendre enfance. La vieillesse, les aléas médicaux, un choc émotionnel peuvent parfois faire perdre l’usage d’une langue. Et s’il ne devait rester que l’alsacien à certains d’entre nous pour s’exprimer, il est bon de savoir que d’autres auront fait l’effort de l’apprendre et le comprendre. Afin que le dialogue perdure et que la mémoire se transmette.

Une richesse culturelle

Pour Yves Bisch, l’alsacien s’inscrit au sein de différentes sphères. Le théâtre et le chant régionaux sont florissants et préservent un patrimoine riche de créations. En effet, depuis quinze siècles, l’alémanique perdure. Le théâtre populaire alsacien est l’une des formes d’expression de l’alsacien les plus créatives. Ses influences proviennent du théâtre français aussi bien que du théâtre allemand. Mais le théâtre alsacien possède ses propres racines, profondes et ancrées dans la culture populaire. Le dialecte permet à un humour particulier de s’exprimer, l’alsacien est une langue très imagée qui favorise les jeux de mots et décrit ce qui l’entoure avec des formules singulières et difficiles à traduire littéralement, et sa reconnaissance dépasse par ailleurs largement le public régional.

Pàrissersprìng
   Sketch pour ados du Théâtre du Lerchenberg.


Une richesse économique

L’ensemble des dialectes alémaniques parlés en Suisse, en France (Alsace), dans le sud-ouest de l’Allemagne, dans l’ouest de l’Autriche, au Liechtenstein ou encore dans la haute Vallée du Lys (en Italie), suscite un intérêt grandissant. On peut de ce fait souligner un aspect économique majeur. La maîtrise de l’alsacien permet en effet d’apprendre plus facilement et mieux la langue allemande. Cette dernière joue désormais un rôle essentiel dans les échanges commerciaux. Les entreprises et les marchés des deux côtés du Rhin doivent profiter aux deux pays et l’apprentissage de l’allemand commence à prendre un nouvel essor dans la scolarité et ce, dès le plus jeune âge. Sans oublier qu’avec les échanges transfrontaliers, toute une nouvelle génération de travailleurs est concernée.
« Une idée transfrontalière commence à émerger » renchérit notre « Schulmeister ».
L’alémanique est une langue qui soude et crée du lien. Les bâlois par exemple sont friands du dialecte alsacien et aiment l’entendre parler.


Basel     Drèi Lander, ei Sproch (trois pays, une langue) : le Badois Markus Manfred Jung, l’Alsacien Yves Bisch et le Bâlois Beat Trachsler sur Télé Basel.


BercyA Bercy, remise du "Àdvantskàlander au ministre François Loos et aux sénatrices Patricia Schillinger et Catherine Troendlé.


Une richesse du quotidien

Cependant l’alsacien représente plus que cela. C’est toute une façon de vivre et de penser que veut faire connaître Yves Bisch. Aussi participe-t-il à toutes sortes d’initiatives pour mettre l’alsacien « dans la rue », c'est-à-dire dans la vie de tous les jours. Les noms des rues sont désormais écrits dans les deux langues. M. Bisch est devenu la personne ressource dans les communes du sud de l’Alsace. Les enseignes dans les rayons des magasins (Leclerc, Hyper U, Jardiland…) ont aussi été traduites en alsacien. Le but est simple et toujours pédagogique : en égrenant quelques mots, formules ou slogans en alsacien, la transmission orale perdure, fait parler d’elle, permet des échanges, entre petits et grands, entre passants et habitants. Néanmoins, Yves Bisch ne se décrit pas comme un défenseur du dialecte régional, mais plutôt comme un semeur de savoir. L’alsacien est une belle langue, et cette beauté, Yves Bisch la lui rend bien.


MathisEco      Conseil aux communes pour plaques de rues bilingues


Un homme de plume

L’instituteur est également reconnu dans le monde de l’édition. Auteur de pièces et de sketches en dialecte alsacien pour adultes, adolescents et enfants, il a traduit des classiques allemands de la littérature enfantine, tels que les contes des Frères Grimm. Les grands-parents retrouvent ainsi les histoires qui ont bercé leur enfance et peuvent les raconter à leurs petits-enfants. Dans Chronologie de l’Alsace, parue aux éditions TSH, Yves Bisch retrace l’histoire de l’Alsace, et dans Chronologie des langues d'Alsace, il parcourt l’histoire des langues. Lorsque l’on demande à Yves Bisch quel avenir il envisage pour sa langue maternelle, il se montre confiant : « Si les générations qui ont appris l’alsacien le transmettent aux générations à venir… Chacun peut agir à sa façon. »
Pour Yves Bisch, l’alsacien, loin de s’imposer, doit s’installer comme une évidence, en toute confiance.

AmbaCanadaQuand un livre sur l’Histoire de la Confédération helvétique, écrit par un Alsacien, intéresse l’ambassadeur du Canada en Suisse, lors du Salon du Livre de Genève.


Un fédérateur

Plusieurs associations de préservation de la langue et du patrimoine alsacien œuvrent dans le même sens. Yves Bisch a jeté des ponts vers le passé pour mieux guider vers l’avenir.
Il participe à la création de sentiers bilingues des poètes alsaciens, Dìchterwag, initiés en 2007 à Munster, puis à Blienschwiller sous l’égide de l’association AGATE. Le sentier de Soultzmatt serpente sur la colline du Zinnkoepflé. Des panneaux avec des textes bilingues alsacien-français jalonnent le chemin. Pour les promeneurs, c’est l’occasion de découvrir les panoramas de Soultzmatt, à la limite de la plaine d’Alsace et des Vosges, tout en lisant ou déclamant les vers de poètes alsaciens qui célèbrent la nature, l’amour, mais aussi le patrimoine et le vin…


Dìchterwaj   Initiateur avec ses compères Edgar Zeidler et Gérard Leser des "Dìchterwag", sentiers des poètes alsaciens.


Weckmann  Avec André Weckmann à Steinbourg


hebel
  Participer à la promotion du grand poète alémanique Johann Peter Hebel.


Extraits de l’ouvrage "Rheinkiesel, les galets du Rhin" 


Le « Schulmeister » s’adonne aux plaisirs de la poésie et allie avec finesse l’art du Haiku japonais à sa langue natale. Le Haiku est un court poème, comprenant trois vers, soumis à l’alternance 5-7-5 syllabes. Le poète y dévoile ses impressions, sensations ténues, infimes parties d’un tout. Ce sont les détails d’une vision commune qui s’échappent de leur matrice, pour ne laisser que l’essence imperceptible de la beauté retrouvée. La nature domine les vers du Haiku, au gré des saisons.

heitra Stunda zählsch
dunkla Schàtta àn dr Wànd
Sunna-Ühr Gheimniss

Tu comptes les heures claires, des ombres noires sur le mur, secret du cadran solaire.

Nawel ìm Spotjohr
ewig fàhrenda Geischter
süacha ìhr Hàfa

Brouillards d’automne, d’éternels esprits errants cherchent leur port
.

tiafa Wìnterschlof
iskàlta Riffa verwìrga
d àlta Heimetsproch

Hibernation profonde, des gelées blanches glaciales étranglent l’ancienne langue du pays.

fremder Làndstreicher
obdàchlos Wànderlawa
gràbloser Wìnter

Vagabond étranger, vie errante sans abri, sans tombe en hiver
.

 

Quelques moments forts en photos


Sür
   Emission Sür un Siass avec Simone Morgenthaler et Hubert Metz.



BretMiss
Delphine Wespiser a reçu le Bretzel d'Or 2012, prix spécial pour rayonnement exceptionnel


BretzelKatz
    Lauréat d’un Bretzel d'Or en 2006, promotion Nathan Katz, par l’Institut des Arts et Traditions Populaires d’Alsace, dont il est devenu le vice-président.


Pour des renseignements supplémentaires sur l'auteur:

http://www.alsace-culture.com/artiste-yves-bisch-60.html

Pour en savoir plus sur la promenade proposée par le sentier des poètes :

http://soultzmatt-wintzfelden.fr/fr/information/36095/sentier-poetes


Entretien téléphonique avec Yves Bisch.
Rédaction: Camille Feireisen