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MEDIAPOP

Une maison d'édition, trois hommes 21/05/2013

A l'occasion du Salon du Livre de Saint-Louis j'ai pu faire la découverte de la maison d'édition Mediapop par l'intermédiaire de Philippe Schweyer (éditeur) et de deux de ses auteurs qui ont gentiment accepté de me parler de leur(s) livres et du projet de la maison d'édition.


Mediapop


Mediapop est une maison d'édition qui édite le magazine Novo, magazine culturel diffusé dans tout le Grand Est. Novo parle et donne la parole aux artistes, écrivains, photographes, illustrateurs ou encore acteurs culturels, tous faisant vivre la culture dans notre région (au sens large). Le regard porté sur les intervenants est toujours teinté de curiosité et se détache volontairement d'un rapport trop fort à l'actualité. Mediapop collabore aussi au magazine Zut, c'est dire si cette maison d'édition est attachée aux potentiels artistiques du Grand Est.

C'est à partir de rencontres que Philippe Schweyer, éditeur de Novo, a créé Médiapop. En effet, ce sont souvent des gens qu'il dit avoir apprécié humainement, mais surtout dont le travail lui parlait, à qui il a demandé d'écrire, de dessiner, de photographier. Mediapop a ceci de particulier que les livres que la maison d'édition publie ont une double casquette : l'écriture y côtoie, se mêle, à un art visuel ou  l'inverse, les deux tendus ensemble vers un même but : créer un livre. Le texte et l'image se complète dans les ouvrages publiés par Mediapop, ce qui redouble leur intensité.

Cela part d'un choix simple de la part de Philippe Schweyer, la gravure le fascine depuis son enfance, elle a donc sa place dans le livre : l'image participe du livre. Mais aussi, faire appel à deux arts est un moyen de toucher, d’interpeller le lecteur (mais aussi le spectateur) et ce d'autant plus qu'on lui met entre les mains un « beau livre ». De plus, puisqu'il paraît sous le format du livre de poche, celui-ci reste alors accessible. C'est donc un bel objet que l'on peut garder facilement sur soi.

Deux collections se partagent la vedette chez Mediapop. D'un côté, il y a Sublime, des livres qui ont tous un rapport, aussi ténu soit-il à la musique. Aussi, cette collection qui lie déjà image et texte y ajoute encore une (ac)croche, celle de la musique.

De l'autre côté, on trouve Ailleurs,une collection qui nous permet de découvrir le monde en mots et en images. Cette collection se place sous l'égide d'un autre lieu, rêvé et/ou véritable mais toujours soumis à un regard  particulier et personnel de celui qui en parle.

schweyer

Philippe Schweyer



about-rock

Denis Scheubel et Henri Walliser, About rock, sex and cities

Ensemble, ils ont crées un livre court, un livre qui ne demande pas forcément à être lu d'une traite, un livre dont on peut sauter des passages, en relire certains, l'ouvrir au milieu, le commencer par la fin... Le texte est accompagné par la gravure qui fait totalement partie de l’œuvre, elle était d'ailleurs là avant les mots qui escortent. Aussi, aux gravures, Denis Scheubel appose ses aphorismes, poèmes, notes sur la vie et le monde.

Henri Scheubel s'est prêté au jeu et a commencé pudiquement à me parler de ce livre. Très vite  pourtant, naturellement, il m'a parlé de l'écriture, de cet accouchement d'une partie de soi sur le papier.

Denis Scheubel est parolier et peintre, véritable « tortionnaire des mots », chaque parole est pour lui le fruit d'une sensation, d'un état, de quelque chose d'indicible toujours brut à retranscrire. Henri Walliser est un artiste graveur dont l’œuvre est directe, aussi violente qu'elle peut être douce. Deux univers qui se comprennent, qui se pénètrent mutuellement. Le rock on l'aura compris est au centre de About Rock, Sex and Cities, le rock pur, celui qui prend aux tripes mais qui met en question plus que la musique. Il interroge l'humain, les relations entre les sexes et aussi une certaine axiologie. Cela se révèle dans ce goût pour la saleté poétique qui fait du beau autre chose que la beauté. L'humanité jaillit à vif, comme si Denis Scheubel tentait sur un fil constant de saisir le mouvement de ses états. Il y a quelque chose de similaire à Artaud en lui, une volonté de prendre en compte la rupture.

Pour lui, l'écriture est le seul moyen de faire ressortir quelque chose de la sensation. Souvent, ce rapport à l'écriture se trouve écartelé entre deux tensions contradictoires, le doux plaisir accompagne la belle difficulté et la relecture permet à Denis Scheubel de juger, après-coup,  ses écrits, quitte à les considérer comme incompréhensibles. Ce qui est « sautillant » dans sa tête est aussi parfois insaisissable sur le papier. Il faut alors dompter l'écriture, d'où ce besoin de concision chez Denis Scheubel. La concision n'est pas un manque, une facilité, bien au contraire. Cela participe d'une démarche où le lecteur doit faire un travail et il cite à ce propos l’œuvre de Lovecraft qui révèle quelque chose de l'ordre de l'indicible. L'auteur donne des choses, mais il appartient au lecteur de les construire.

Le titre est en anglais car il symbolise pour les deux artistes une période passée, celle du temps du Velvet Underground notamment, des années 80' et d'un langage aussi réaliste que pop. L'idée d'un passé à régénérer. Mais le langage ne peut pas tout dire, il est une aporie, ce qui explique en partie le besoin de l'image pour combler les lacunes, pour dire autrement, pour dire simplement. D'où aussi, pour Denis Scheubel, ce partage entre la langue française et l'anglais. L'anglais comme moyen de se préserver d'une mise à nu totale, de protéger l'intimité et aussi d'aller toujours plus vers cet idéal de concision qu'exprime le mieux la langue anglaise. L'alternance des deux langues, le besoin des deux tient à cœur à notre auteur et ce pour pour toucher à « ce crachat d'acide dans du sable » qu'est la définition de la poésie pour Denis Scheubel. Une poésie de l'immédiateté, d'une douleur acceptée, de quelque chose de cassé et d'un rapport à la vie comme à un gigantesque abri qui préserve autant qu'il dévoile. Une poésie de la femme aussi, de l'amour qui appelle le silence, un calme qui combat cette nuit un peu trop envahissante dans la ville qui ne s'éteint jamais.


denis-scheubel

Denis Scheubel



iles grecques


Phlippe Lutz et Bernard Plossu, Iles grecques, mon amour

Iles grecques, mon amour, le titre sous-tend à lui seul le contenu du livre, ce sera l'histoire d'une relation amoureuse, un cri d'amour, un lien privilégié entre un homme et des paysages, des terres, des îles. Cet intérêt est l'intérêt de toute une vie, il symbolise pour Philippe Lutz, la liberté, le premier voyage seul, à 18 ans. L'émancipation. La recherche de soi. C'est un livre atypique, à tel point que tout bibliothécaire ou libraire ne sait où le ranger. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un guide de voyage, presque un essai, un livre écrit pour soi puis pour les autres. En effet, ce livre est d'abord un texte, les photos sont venues après, Bernard Plossu a ajouté ses clichés à partir du contenu.

Iles grecques, mon amour est composé selon les 26 lettres de l'alphabet grec, à chaque lettre correspond un mot qui va déterminer un angle d'approche de ces espaces insulaires. Aussi, Philippe Lutz nous parle de tout, de son rapport à la langue, de tous les aspects des îles qui retiennent son attention, du général au moindre détail.

Quand je demande à Philippe Lutz comment il explique un tel succès pour ce livre il répond qu'il ne sait pas vraiment mais qu'en l'écrivant il savait déjà qu'il trouverait son public. Puis, il me donne quand même quelques raisons qu'il juge possible. Le succès de ce livre (épuisé pour le moment mais il semblerait qu'il soit en réimpression) est peut-être dû au fait qu'il réactive en partie l'univers insulaire, espace de l'imaginaire et aussi du Paradis perdu (à cet égard il cite Paul et Virginie de Bernardin de Saint Pierre ou encore Robinson Crusoé de Daniel Defoe). Plus précisément, cet espace grec est aussi le berceau de la civilisation, de la littérature, de l'espace mythologique qui alimente aujourd'hui encore l'imaginaire collectif de l'occident. Dès lors, seules les îles grecques cumulent ce double univers et Philippe Lutz a alors essayé de traduire par des mots ce que les gens comme lui ressentaient pour ces îles fabuleuses, mythiques.

Ce livre s'est écrit vite, dans le bonheur, il vivait depuis longtemps déjà dans l'intériorité de Philippe Lutz. L'écriture est donc dans ce cas précis l'expérience du bonheur, la réactivation de moments-souvenirs qui participent à la création d'un homme.

A l’origine, Philippe Lutz voulait écrire un dictionnaire amoureux (ce qui peut encore se lire dans la structure de l’œuvre) mais peu à peu c'est l'histoire d'une passion qui s'est écrite, un livre personnel pouvant pourtant ouvrir à  "l'universalité de l'individu". En effet, ce livre raconte une relation à un espace géographique mais aussi à l'individu par l'intermédiaire d'anecdotes. Iles grecques, mon amour est avant tout un livre de vie, habité par « ces petits riens somptueux » qui contribuent à l'épanouissement de l'homme.

Son prochain livre aura pour sujet la marche, une autre passion, un nouveau territoire que Philippe Lutz porte en lui, un territoire de bonheur à explorer et qui sera aussi traité sur le mode du vécu. Parce que les livres de Philippe Lutz sont avant tout des livres sur des passions, les livres d'un homme sur ce qui fait de lui un être unique qui pourtant, entretient des goûts communs avec les autres.

http://ilesgrecques.wordpress.com/


philippe lutz

Philippe Lutz


http://www.mediapop.fr/

Propos : Mélissa Reymann