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Trois secondes, Top Chrono ! 01/02/2013

Auteur incontournable de la BD française, Marc-Antoine Mathieu présente une exposition pensée comme une troisième expérience de lecture de sa BD « 3’’ », parue aux éditions Delcourt.


La passion des bulles

Le parcours foisonnant de Marc-Antoine Mathieu dévoile une personnalité toujours curieuse, en proie au questionnement sur le devenir d’un métier, pas toujours facile à définir.
Il débute son apprentissage par une voie plutôt prestigieuse, en intégrant l’école des Beaux Arts d’Angers. A sa sortie, il se spécialise dans la création d’expositions, en tant que graphiste-scénographe. L’occasion pour lui de travailler sur divers projets, tout en peaufinant son coup de crayon.
C’est ainsi qu’il achève, en parallèle à ses activités de scénographe, l’écriture de sa première BD, Paris-Mâcon, en 1987.
Mais le coup de pouce du destin aura lieu trois années plus tard, lorsque, en 1990, Marc-Antoine publie L’Origine, le faisant connaître du grand public. Le graphiste se découvre alors un véritable talent de conteur.
Cet album en noir et blanc fait resurgir les diverses influences qui ont jalonné le parcours de l’auteur : des références au surréalisme de l’œuvre kafkaïenne, du réalisme magique à la Borges ou encore des ambiances proches des films d’un Lynch ou d’un Gilliam… Marc-Antoine compose avec virtuose un univers bien à lui, tout en s’intéressant de près à la science.


L’innovation perpétuelle

L’auteur regorge de talents, mais surtout d’une soif insatiable d’innovation. Mathieu est en quelque sorte un  inventeur des temps modernes Afin de répondre au mieux à l’idée qu’il s’est fait de son propre style, le graphiste et auteur ne cesse de chercher des voies différentes, des chemins de traverse, pour approfondir la visée de son œuvre. Il s’intéresse tout particulièrement aux différentes techniques de médiation, le sens et la forme faisant corps.

Marc-Antoine a beaucoup réfléchi sur le rapport que le lecteur allait entretenir avec les œuvres qui lui sont adressées. Comment celui-ci allait les appréhender, les lire, les percevoir ?

En utilisant des thématiques fortes, l’auteur s’autorise à apporter un regard critique à notre société. Il jette un œil attentif aux évolutions esthétiques et culturelles qui transforment l’histoire générationnelle. De la dictature de l’information à l’influence des médias, de la culture de masse à l’absence de sens de certaines notions que plus personne ne cherche à comprendre, ou comment vider les mots de leur sens en les remplaçant par des lieux communs abrutissants ? Tout y passe, sous la plume aguerrie de Mathieu.
Mais la réflexion du graphiste ne s’arrête pas là, et pousse jusqu’à l’essence même de l’art, par un jeu habile et ludique entre la provocation et le trouble suscité chez le lecteur. En effet, ce jeu avec le lecteur fait partie inhérente de l’œuvre de Marc-Antoine. Il tire les ficelles d’un monde d’images, savamment orchestré par lui-même : des cases vides, des lectures à double sens… Des petits tours de passe-passe qui ne laissent pas de marbre le lecteur !
C’est comme cela qu’il a obtenu le Grand Prix de la critique de l’ACBD* en 2010 avec sa bande dessinée Dieu en personne.

En 2011, il se lance dans une nouvelle aventure, étroitement liée à l’ère du numérique. Il fait ainsi la première bande dessinée pensée pour le papier en même temps que pour le numérique ! Deux expériences de lecture assez différentes d’une enquête menée au cœur du monde du football : la FIFA (Fédération Internationale de Football Association). La trame narrative s’avérera relativement simple, comme dans tout bon polar il y aura un tueur, des balles, un meurtre, bref le topo habituel. Mais ce qui intéressera davantage le lecteur, ce sont les supports utilisés et l’impact qu’ont les images en temps réel pour raconter et faire voir simultanément une histoire. L’autre support, le papier, apportera une autre lecture.


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Un album-concept 

Marc-Antoine Mathieu aborde la modernité, sans délaisser la tradition.
La forme apparaît aussi importante que le fond, les deux faisant sens au travers d’une seule paire, indissociable. La preuve : la forme change, et le fond n’est plus abordé de la même manière. Une habile façon de montrer qu’une œuvre peut s’appréhender différemment, donnant l’occasion à de nouvelles formes de lecture d'apparaître.

Dans cette œuvre, l’auteur/graphiste nous dévoile des évènements courts, et use d’un procédé narratif simple. Des vignettes carrées donnant un peu l’impression d’un storyboard* cinématographique, permettent de voir les scènes sous différents angles, à intervalles de temps très court. Le lecteur peut ensuite s’amuser à retrouver les moindres petits détails, les éléments de narrations, etc. Tout est une clé de lecture.

La confrontation papier-numérique

Cet album constitue un projet ambitieux de la part de l’artiste. Ambitieux avec un brin de folie, il faut le dire. Mais après tout, un projet papier ET numérique, qui a dit que cela n’était pas compatible ? Ces deux médiums peuvent-ils aller dans le même sens ? Provoquer le même impact chez le lecteur ?
Nous pourrions citer une montagne de questions allant dans ce sens, les uns défendant hardiment les bonnes vieilles traditions de lecture sur papier, les autres prônant la nouvelle technologie du tout numérique et l’avantage imparable de contenir des milliers de textes sur un seul et unique support.
Et en effet, à l’heure où le numérique acquiert une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, mais aussi dans la culture des nouvelles générations, ce projet propose d’appréhender et de questionner nos nouveaux moyens de consommation, en même temps qu’il propose une lecture ludique et innovante de la bande dessinée.
Certes l’heure du papier n’a pas disparu de nos habitudes (et il faut le dire, ça fait moins mal aux yeux !) et pourtant, le confort de la tablette numérique et son atout conquérant : disposer de tous ses livres en temps réel (bien sûr, on ne peut pourtant pas lire cinq romans en même temps dans la réalité des choses) laisse présager un essor qui ne va probablement pas cesser de croître dans les années à venir. Le modèle japonais en est aujourd’hui l’exemple, et la France ne saurait trop tarder à le suivre, avec l’essor des applications sur smartphones et tablettes. L’année 2013 s’annonce comme celle de toutes les expériences et initiatives d’auteurs de BD.
En utilisant les deux supports (papier et numérique), Mathieu réussit un coup de maître : il montre les atouts et les limites de chacun des supports.

Une expérience

L’exposition se propose de faire découvrir tout un pan de la BD numérique qui irrigue actuellement nos réseaux. Qu’est-il possible de faire en trois secondes top chrono ?
« 3’’, le temps pour la lumière de parcourir 900 000 km, le temps pour une balle de couvrir 1 km. En vous promenant dans cette énigme muette, saurez-vous trouver les indices et reconstituer la scène de crime ? »
C’est à peu près ce que propose de faire l’exposition pensée par Marc-Antoine, comme une troisième expérience de lecture de la BD « 3’’ ».

L’exposition constitue réellement une troisième étape dans l’expérience de lecture de l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu, offrant une grille de lecture différente où il est possible de se focaliser sur des détails mis en exergue par l’auteur.
Marc-Antoine Mathieu s’amuse avec les supports et les modes de narration, tout en concevant le numérique comme un atout ludique et capable d’apporter de nouvelles idées à la bande dessinée. 

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Quels modèles pour quels enjeux ?

Le lecteur assiste à un zoom continu, pénétrant chaque sphère du temps et de l’espace, jusqu’à la Lune. Cette idée de « zoom continu », l’écran la rend bien, imbriquant les images les unes dans les autres, nous emportant dans sa course folle. La version numérique offre en quelque sorte un tunnel graphique.
Le livre, quant à lui, propose une lecture différente, plus posée peut-être. Il est possible de revenir en arrière, de prendre le temps de comparer, de vérifier, contrairement à l’image sur vidéo qui submerge et envahit, imposant parfois plus qu’elle ne propose à première vue. Manier des images n’est pas simple, puisqu’il s’agit d’imposer son idée à l’imagination de l’autre.
Les mots et les dessins papier laissent, dans ce sens, une plus grande liberté d’imagination, peut-être et seulement peut-être, après tout.

La version numérique présente un objet hybride, entre la BD et l’animation. Cela a été également une découverte pour son auteur, dans la mesure où il s’agissait de créer un concept tout à fait novateur, que seule la nouvelle technologie permet.

Cette aventure a finalement permis à Mathieu de réfléchir sur le futur de la BD et à son développement dans l’avenir. Ce sont deux œuvres bien distinctes qui jaillissent d’un même élan créateur, d’un seul geste. Même genèse, même soif d’envie et pourtant, effets différents.
La BD numérique captive le regard du spectateur, la BD papier lui fait se poser des questions. Il ne faut cependant pas oublier que les deux œuvres ont été créées pour être lues ensemble, proches l’une de l’autre. Difficile donc de les imaginer séparées sans qu’il manque une clé de lecture.
Le lecteur peut scruter les détails et se faire sa propre histoire, mais pour cela, il nécessite du temps.

L’ironie réside principalement dans le titre qu’a choisi justement Marc-Antoine Mathieu, « 3 secondes », un temps très court mais où il peut se passer beaucoup de choses.
Mais que peut-il réellement se passer en si peu de temps ?  Des évènements insolites ou communs, extraordinaires parfois. Un espace-temps particulier, un moment donné à observer et à décortiquer. Le lecteur devient acteur de cette expérience, en cherchant à comprendre ce qu’il voit (le but, le pourquoi du comment) et, paradoxalement, il est emprisonné dans le tunnel graphique de l’auteur, de ces images qui défilent et l’immergent. Le papier permet la prise de distance, la rébellion en même temps que la réflexion. Les deux lectures s’offrent comme deux expériences différentes, riches toutes deux de nouvelles ouvertures sur le monde contemporain.

Et en ce qui concerne la troisième et dernière expérience, nous vous laissons aller à la découvrir, directement à la Médiathèque André Malraux !

  

                        marc antoine

 

Où et quand ?

Centre de l’Illustration au 5ème étage
Médiathèque André Malraux

L’exposition débute le 13 février, et durera jusqu’au 20 avril 2013.

Les temps forts :

Des visites guidées sont programmées le mercredi 20 février de 17h à 18h, ainsi que le samedi 13 avril de 17h à 18h.
Une conférence « 3’’ » : une image singulière aura lieu le 2 mars à 10h30 dans la salle de conférence de la Médiathèque André Malraux, avec l’auteur de la BD Marc-Antoine Mathieu.

Combien ?

L’entrée est libre, dans la limite des places disponibles. 

 

Pour toujours plus d’informations…

La vidéo : http://bit.ly/pWfjm9

Le livre : http://bit.ly/rhakNk

 

*L’ACBD est l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée. Elle a pour vocation de promouvoir l’information sur la BD dans les médias. Créée en 1984, elle décerne le « Grand Prix de la Critique », anciennement connu sous le nom de « Prix Bloody Mary » au festival d’Angoulême. Avec un superbe rayonnement culturel, le festival international de la bande dessinée d’Angoulême est le principal festival de bande dessinée francophone et le plus important festival européen.

* Le storyboard est la représentation illustrée d’un film avant sa réalisation. En quelque sorte, c’est une planification de l’ensemble des plans qui vont ensuite constituer le film.

 

Rédaction : Camille Feireisen

Images : Marc-Antoine Mathieu, BD « 3’’ », éditions Delcourt