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dhainaut

Rudiments de lumière 01/08/2013

Pierre Dhainaut est un écrivain et poète français né en 1935. Depuis toujours ses écrits hésitent entre laconisme et exploitation maximale de l'écriture. Rudiments de lumière, son dernier recueil a paru chez Arfuyen début juin. Voici l'occasion de vous parler de ce livre.


Un point commun entre les différents poèmes de l'auteur ? L'humilité. Ses poèmes touchent à ce rôle d'apprenti que le poète joue éternellement, le monde n'étant pas directement saisissable. Aussi, reviennent dans son travail les notions de  «rudiment», d'«approche», d'«esquisse» et d'«entrée en échange». Pierre Dhainaut, ce perpétuel apprenant, est à l’écoute de cette présence mystérieuse qui l'entoure et qu'on appelle monde. Le poète est sans pouvoir, sans savoir. Seulement à l’écoute, à l'écoute du monde. Les poèmes font d'ailleurs souvent appel à l'oreille à ce qui fait du poète un passeur. Ainsi, «pages d’écoute» (1986), «passages par le chœur» (1996), «mise en arbre d’échos» (1991) nous montrent la traversée qu'accomplit le poète.


rudiments


Les mots de l'auteur

Dans le discours de réception qu’il a prononcé à l’occasion de la remise du Prix de Littérature Francophone Jean Arp, à Strasbourg, Pierre Dhainaut s'exprime sur son travail : « Souvent je me suis demandé quelle est l’unité de tout ce que j’ai publié durant presque cinquante ans, voici au moins une constante : “commencé” , “inachevé ”, les deux adjectifs en témoignent, que je n’ai pas seulement employés dans des titres, écrire un poème, ce n’est pas aboutir à un résultat, c’est en effet accomplir la moitié d’un geste. Et peut-être est-ce alors que débute le plus important, le plus difficile, rester fidèle à l’ardeur initiale, m’ouvrir grâce à elle : ce mouvement-là, je me risque à le qualifier en me servant du nom de “poésie”. Telle est la grande question qui n’a cessé de m’inquiéter, le passage du poème à la poésie. Le poème n’en est un vraiment que s’il est l’épiphanie de ce qui le déborde. Ses mots ne vibrent, ils ne sont présents que s’ils sont prêts à se libérer de leur prestige même, s’ils aspirent à une autre présence. Ils s’effacent, semble-t-il, mais nous resterons dans leur aura. Une image le dira plus efficacement que cette explication maladroite : l’arbre n’est pas seul à s’épanouir dans la cour ou sur la colline, il a aimanté l’espace, nous n’avons plus à le voir pour trembler en lui. Au-delà du poème avec le poème, les frontières s’abolissent, nous réunissons la chair et le sens comme sur un visage, nous ne devenons les hôtes de ce monde que si nous sommes assez attentifs, frémissants, semblables ainsi à ces mots que le poème a rendus solidaires, délivrés de notre opacité, si nous avons perdu toute prétention de retenir, de posséder, si nous ne ménageons plus nos forces, si nous sommes insoucieux de la durée. L’arbre et le poème se ressemblent, et comme eux la vie plus vaste que la vie. »


Chez Arfuyen
Prières errantes (1990)
Fragments et louanges (1993)
Introduction au large (2001)
Entrées en échanges (2005)
Levées d’empreintes (2008)
Plus loin dans l’inachevé (2010)
Rudiments de lumière (2013)
En couverture, image de Jacques Clauzel
Collection Cahiers d'Arfuyen n°208, 128 pages, ISBN 978-2-845-90188-9
11,50 euros