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Robert Scouvart ... un vieux routard de l'illustration 10/04/2013

Si tout le monde connaît désormais Tomi Ungerer, ce n'est pas encore le cas pour Robert Scouvart, illustrateur au crayon bien trempé. Retour sur le parcours d'un grand du dessin aussi adulé qu'incompris.


Pinceaux et école : biographie

Robet Scouvart est né le 23 janvier 1946 à Nancy et mort le 13 juin 2011 à Strasbourg. Adepte du pouvoir de signification des gouaches et crayons, il s'intéresse à l'art graphique sous toutes ses formes. Aussi, il est à la fois dessinateur, auteur, illustrateur de livres pour enfants, graphiste et peintre. Dès sa prime jeunesse, il se dédie au dessin, moyen d'exprimer ses doutes, ses envies mais aussi ses questionnements. Ainsi, à seulement 15 ans, il entre à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et obtient le CAFAS, puis le diplôme national en peinture à 20 ans. Toute sa carrière, sa vie même, sera menée par ce besoin de dessiner.

Il commence ensuite à travailler pour des agences de publicités. Parallèlement, il donne des cours de croquis aux Arts Décoratifs. En 1980, il se met à son compte en tant qu'illustrateur "free-lance". Tout en poursuivant son métier de graphiste dans la publicité et les livres scolaires, il commence à réaliser des ouvrages de jeunesse, travaillant aussi bien en collaboration avec des écrivains, qu'avec la presse enfantine (spécialement pour J'aime Lire) ou encore seul, pour des projets qui lui tiennent à cœur mais qui sont plus personnels. Le succès naissant, il commence à travailler pour de nombreux éditeurs français comme Milan, Casterman, Fleurus, Mango, Bordas ou encore Gallimard... Dans les années 90', on voit ses images percutantes et pleines de bon sens dans les pages des magazines édités par Milan-Presse et en édition jeunesse par la suite. Il collabore également avec des pays étrangers notamment le Canada et Italie … Toutefois, si l'illustration est une part importante de son travail, Robert Scouvart n'hésite pas non plus à se lancer dans la peinture dans la mesure où il réalise plusieurs livres d'artistes. Lorsqu'il décède en 2011, il a à son actif plus de  5000 illustrations, croquis et dessins.

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Une région particulière : l'Alsace

Si l'Alsace connaît si bien Robert Scouvart c'est qu'en 2008 et 2009, il réalise pour la ville de Strasbourg, la campagne publicitaire du marché de Noël. Ces années voient naître l'un des plus beaux mais aussi des plus sympathiques personnages de Noël alsacien : le personnage de « Père Noël-Cathédrale », brisant alors toute une tradition d'illustration plus « sage ». Oui car voilà, le dessin de Robert Scouvart n'est pas enfantin, ni même infantilisant, il est même profondément atemporel et surtout tendre et dynamique !

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Plus un enfant, pas tout à fait un adulte : le style

Robert Scouvart a abordé le livre pour enfant avec un regard nouveau, un regard d'adulte qui s'exprimerait à un enfant comme à n'importe quel autre adulte. À l'instar des Editions Harlin Quist et des illustrateurs anglais, il s'est mis en quête de nouvelles perspectives pour le livre pour enfants. Son style graphique se caractérise par des visuels d'une grande dynamité, un goût pour le concret, la virtuosité du trait, un univers haut en couleur (au sens propre comme au sens figuré), et surtout un monde habité par une mythologie personnelle, à la manière d'un enfant se laissant submerger par le primat de l'imagination. Dans le respect de l'œuvre et de son public, il souhaitait avant tout laisser se développer l'imaginaire de l'enfant, cet imaginaire qui a ceci de particulier d'avoir un rapport fort au réel.  Aussi, chez Robert Scouvart le réel côtoie le fictif de façon à rappeler que tout adulte a d'abord été cet enfant qui se refuse à catégoriser rêve et la réalité.

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« il était une fois ... » : les influences

L'œuvre de Robert Scouvart a été marquée par des auteurs de contes tels que les frères Grimm ou Charles Perrault, qu'il a d'ailleurs illustré. En choisissant l'illustration du conte, l'on se figure une fois de plus que Scouvart mise sur le monde de l'enfance, pourtant rien de moins enfantin que les contes de Grimm où l'affreuse belle-sœur de Cendrillon se coupe le pied pour rentrer dans le soulier de vair. Notre illustrateur est également passionné par Lewis Caroll dont il admire l'univers et cela spécialement dans Alice au Pays des Merveille ou encore dans le poème La Chasse au Snark, modèle absolu de l'absurde. Imaginaire et absurde : deux mots clefs pour aborder le travail de Robert Scouvart.Mais si sa culture littéraire est profonde, celle-ci se double d'une culture de l'image et de l'illustration d'orientation anglophone avec des illustrateurs comme Ralph Steadman ou Heinz Edelmann. Pleines de vie, ses images ébouriffantes sont nerveuses, raturées, hachurées, et font également penser aux travaux de Pollock ou Tony Ross…Enfin, dernière source d'inspiration pour Robert Scouvart : les grands dessinateurs de l'histoire tels que de Vinci ou encore Rembrandt. L'influence de Goya se ressent également dans  des livres comme « Pourquoi m'apprendre la peur ? », ouvrage dans lequel l'illustrateur fait de de nombreux clins d’œils aux travaux du peintre.

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Un amour japonais bien français.

Revenons en à « Pourquoi m'apprendre la peur ? ». Ce livre, comme d'autres chez l'auteur, revêt une forme particulière. C'est un kamishibaï édité aux Éditions Callicéphale (Strasbourg) qui sont spécialisés dans ce type d'ouvrages . Qu'est-ce qu'un kamishibaï ? Le kamishibaï est un un genre narratif japonais. Proche du théâtre ambulant, il permet l'interaction entre l'artiste qui raconte l'histoire à haute voix en faisant défiler les images, et  le spectateur qui reçoit cette histoire qui n'est à chaque fois ni tout à fait pareille, ni tout à fait différente. « Pourquoi m'apprendre la peur ? » nous parle d'un loup qui est jugé. Face au tribunal, il ne sait comment se défendre... Le tribunal tente d'en faire une victime expiatoire des crimes de la société. Et surprise, celui-ci est défendu par le Petit Chaperon Rouge.  L'utilisation du kamishibaï chez Robert Scouvart n'est jamais gratuite. Par ce modèle narratif, il pose des questions.

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Alors, qu'attendez-vous pour faire la rencontre de ses livres ?


Propos: Mélissa Reymann