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Portrait d'une maquettiste 28/10/2013

Rencontre avec Juliette, maquettiste éditoriale.





Elle m'ouvre la porte. J'ai apporté une offrande de nourriture, dis-je. Elle me sourit. 


Juliette, maquettiste a accepté de me raconter son métier.



Une maquette éditoriale, qu'est-ce que c'est ?

Le maquettiste dispose de différents acteurs: d'une part le texte et d'autre part les images, son travail c'est de faire de la mise en scène, avec des contraintes données: le format, la possibilité de travailler en quadrichromie, pouvoir intégrer des images ou au contraire pas d'images, effectuer un travail purement typographique, purement iconographique ou au contraire qui mêle les deux afin de faire vivre le livre.


livre



Quelle formation pour devenir maquettiste ?

    Je ne peux parler ici que de ma propre expérience.

Tout d'abord, j'ai passé un bac F12 Arts appliqués à Nancy (actuellement Bac STI Arts appliqués), ce qui a eu pour conséquence pour moi d'avoir une pré-formation à toutes les techniques d'impression. Suite à cela j'ai continué mes études à Paris, au sein de l’École Estienne, établissement entièrement dédié au livre et aux techniques d'impression. J'y effectué un BTS Édition qui ne correspond pas tout à fait à ce que je fais aujourd'hui, mais qui prépare plutôt au métier de fabricant. Lors de ma formation, j'ai pu choisir des modules de communication et de mise en page, sachant que lorsque j'ai fait ma formation dans les années 90, il n'y avait pas ou extrêmement peu de mise en page sur ordinateur : on n'en était alors qu'aux prémices de la mise en pages sur ordinateur et on travaillait plutôt avec les systèmes de bromures, de découpages et de bancs de reproduction.

    C'est quelque chose que l'on peut avoir du mal à se représenter aujourd'hui, mais à ce moment-là, on apprenait encore à passer des commandes de typographie et les gabarits étaient préparés à la main.
Cela demandait une réflexion en amont beaucoup plus abstraite qu'aujourd'hui où les logiciels nous permettent de faire évoluer nos pré-maquettes, puisqu'on a désormais le choix et la possibilité de revenir en arrière autant de fois que c'est nécessaire. À ce moment-là on avait certes des exemples, des catalogues complets de styles avec différents caractères, différents interlignages possibles, mais malgré tout il s'agissait de projeter ce que pouvait devenir le projet avant de passer la commande.

    Lors de ma formation, je devais effectuer deux stages que j'ai tout de suite choisi de faire dans l'édition. J'ai fait le premier au service presse de la Galerie Maeght et pour le deuxième stage j'ai eu la chance de pouvoir entrer au secteur beaux-livres de Gallimard. C'est dans ce service qu'étaient faites toutes les couvertures de la collection Folio, travail qui prend tout son sens quand on sait qu'il y avait très peu d'informatique et que toute la recherche iconographique était faite auprès de documentalistes, d'archivistes, de banques d'images… Mais le processus était beaucoup plus lent et très différent de ce même travail aujourd'hui.

    Pendant ma formation j'ai aussi eu l'occasion de travailler avec François-Marie Deyrolle qui venait de créer sa maison d'édition et qui m'a confié la direction artistique de celle-ci. J'ai particulièrement aimé travailler dans cette maison, parce qu'elle me permettait de nouer ensemble deux univers qui me passionnent et avec lesquels j'aime particulièrement travailler, à savoir l'art et la littérature. C'est à ce moment-là où j'ai commencé à faire de plus en plus de maquettes.

    Pour moi, le rôle du « metteur en page » est de rendre évidente la lecture des livres sur lesquels il travaille. Je n'aime pas que le texte parle d'un détail qui n’apparaît visuellement que quelques pages plus loin. En tant que maquettiste je cherche à rendre la lecture la plus agréable et la plus logique possible. Ce n'est pas le cas de tout le monde et certains maquettistes diront qu'il est tout aussi important de mettre l'accent sur l'impact visuel immédiat. Mais de par mon expérience autant que par mon goût personnel j'ai vraiment été formée à travailler ainsi et je ne m'imagine pas privilégier un autre médium que le rapport du texte à l'image. Dans mon travail le visuel est toujours pensé dans un respect du texte. 


maquette-livre

Quelles sont les différentes étapes du travail de maquettiste ?

    Première étape de travail : être à l'écoute du client. C'est à dire faire une réunion, un briefing avec mon interlocuteur afin d'avoir en ma possession le plus d'informations possible sur le futur livre et sur le futur du livre. Il s'agit à la fois d'avoir une vision globale le plus tôt possible mais aussi de m'assurer que j'ai bien compris les attentes du client.
Dans cette phase, j'ai besoin de pouvoir aborder toute la matière qui m'arrive, qu'elle soit orale, écrite ou iconographique.

    Une fois que j'ai fait à peu près le tour du dossier de ce qu'il devra contenir et que j'ai cerné les attentes de l'éditeur, je passe à la réalisation de pré-maquettes. Une pré-maquette c'est un essai avec lequel on détermine les blancs, les noirs et les gris, c'est à dire comment on va placer le texte, quelle échelle de titre on va utiliser, où est ce qu'on va placer le folio (c'est à dire le numéro de page), comment placer le blanc de tête, le blanc de pied, le petit fond, le grand fond... C'est en fait une présentation des pages types et des moments clés du livre. C'est dans cette phase qu'on va décider comment vont se présenter les pages de titre, les doubles pages classiques, les pages de sous-titre...
L'étape de pré-maquette est pour moi la plus importante puisque qu'ensuite, il suffira de dérouler la maquette, même si bien sûr il faut faire attention à ne pas tomber dans le systématisme, mais bien de pouvoir étonner le lecteur afin que son regard ne s'endorme pas et qu'il ait envie d'aller plus loin.

    On fait en général deux ou trois pré-maquettes et on affine en fonction de la réaction du client. Parfois l'ouvrage a été déjà été pensé en grande partie parce que les auteurs et les éditeurs en ont une idée très précise, parfois j'ai plus de libertés.
C'est un métier qui requiert beaucoup de souplesse puisqu'il s'agit systématiquement de se mettre à la place de ce qu'attend l'éditeur, mais surtout à la place du lecteur à qui s'adresse le livre : il est évident que je ne travaille pas sur un livre pour enfant comme je le ferais sur un catalogue de musée !
Cela fait partie des questions que je pose en tout premier lieu : à qui s'adresse le livre, comment sera-t-il vendu, dans quels réseaux ?


Le mot de la fin?


    En définitive, je dirais que le métier de maquettiste est un métier en mouvement permanent, dans lequel la capacité d'adaptation est primordiale.
Je me considère d'ailleurs comme au service des éditeurs et des auteurs et j'essaye toujours de faire en fonction de ce qui leur convient le mieux. Si j'ai des typographies avec lesquelles je me sens plus à l'aise, des caractères de prédilection, je veux toujours m'approcher au plus de ce que mon ou mes  clients ont en tête.

    C'est un métier en perpétuelle évolution et cette évolution c'est la prise en charge de plus en plus de choses par le graphiste. Non pas que l'éditeur se décharge de ses tâches sur lui, mais grâce à l'informatique beaucoup de démarches ont pu être simplifiées et de plus en plus de choses sont devenues abordables pour un graphiste avec une bonne formation, par exemple le traitement ou la recherche des images.



Propos recueillis par Aurore Morizot.