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Pierre Bockel ou l'engagement d'un siècle 20/06/2013

Quel est le point commun entre Pierre Bockel et Georges Bernanos ? Ce sont deux auteurs catholiques qui ont découvert et écrit l'aventure spirituelle. Le point commun entre Pierre Bockel et André Malraux ? Deux auteurs qui se sont engagés et rencontrés dans la Résistance.


Pierre Bockel est né à Saint-Amarin dans le Haut-Rhin en 1914. En 1929, alors qu'il est en vacances à Thann, il rencontre l'abbé Jean Flory qui sera à l'origine de sa vocation. Il raconte cette expérience dans les termes suivants :
« Je soutenais mal son regard perçant d’intelligence et de malicieuse bonté qui s’obstinait sur moi. Ma timidité de garçon de quinze ans, mal dans sa peau, tourmenté, complexé, me rendait insupportable ce face à face silencieux. Enfin, il se mit à parler : “ N‘est-ce pas que la vie est belle ? “ me demanda-t-il. “ Oh ! que non ! ” lui répondis-je d’instinct et d’un ton d’adolescent malheureux à qui l’internat ne laissait le choix qu’entre le rêve mystique et la tristesse romantique. La riposte fut aussi rapide qu’inattendue : une gifle… mais avec un tel sourire ! J’avais trouvé en l’abbé Flory mon maître et mon grand ami »

Ainsi, il découvre les ordres et décide de poursuivre ses études de théologie au Séminaire Universitaire de Lyon. Il devient prêtre en 1943 en la cathédrale Notre-Dame de Fourvière à Lyon. Mais cette période est une période semée de troubles intenses puisque la guerre s'est déclarée. La vie de Pierre Bockel trouve alors son sens et les conflits qui briment la liberté orienteront à tout jamais sa façon de penser le monde. En effet, suite à l’annexion de l’Alsace-Lorraine par les Allemands, il est expulsé d’Alsace un an après le début de la guerre avec toute sa famille. 


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Foi et engagement

Conjointement à ses études de séminariste, Pierre Bockel commence son activité dans la Résistance. En effet, Pierre Bockel est responsable avec Bernard Metz du « Réseau Martial » de la Zone Sud à Clermont-Ferrand où s’était repliée l’Université de Strasbourg . Il choisit l'engagement et l'action car il juge « insoutenable l’attitude d’une partie de l’Église ». Il rejoint également l'aventure du Témoignage chrétien et de l’Amitié chrétienne, co-fondée par le pasteur Boegner. Cette résistance dépasse le domaine spirituel et le pousse rapidement à l'agissement dans la mesure où il procure des faux papiers à des personnes juives et contribue de cette manière à sauver des familles de la déportation. En 1943, recherché par la Gestapo, il quitte Lyon où il est prêtre pour Toulouse, avant de prendre le maquis. La devise qu’il fait graver sur la patène de sa première messe est en accord avec sa conception du monde et son engagement : "Ut omnes unum sunt ! Que tous soient un !"


Écriture et engagement

Pierre Bockel agit également par le langage. Il appartient au réseau qui, autour du jésuite Pierre Chaillet, rédige et diffuse clandestinement depuis 1941 les Cahiers du Témoignage chrétien, cahiers prônant une résistance « spirituelle ». Cette publication clandestine dont l’influence outrepasse les milieux catholiques, permet de constituer en 1943 les « Groupes mobiles d’Alsace »  à Toulouse. C'est à ce moment là que Pierre Bockel rédige en une semaine le volume XX-XXIII des Cahiers du Témoignage chrétien: « Alsace et Lorraine, terres françaises », qui paraît en octobre.

« La rapidité de la rédaction, et peut-être aussi la passion qui m’animait alors, furent aux dépens du style et de la forme. Fernand Belot et moi-même avions d’abord donné à cet ouvrage le titre de « Trahison ». Le Père Chaillet l’a ensuite transformé en « Alsace et Lorraine terres françaises ». L’édition clandestine fut tirée à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. La France en fut inondée.»

Le sommaire de ce cahier est le suivant :

I. L’Alsace-Lorraine dans le cadre des conventions d’Armistice.

II. Or, qu’en ont-ils fait ?

III. Trois ans sous la botte. IV. Et Vichy ? V. Mais les Alsaciens et les Lorrains résistent au mépris des souffrances et des répressions les plus cruelles.

IV.  Ce que sont et ce que veulent demeurer l’Alsace et la Lorraine.

Ce Cahier quasi pamphlétaire met véritablement en avant l'engagement de Pierre Bockel puisqu'il dénonce le régime de Vichy et va jusqu'à proclamer sa condamnation. De plus, ce Cahier est truffé de documents et de témoignages vérifiés, ce qui vient appuyer la légitimité de cette révolte. Il est imprimé à 60 000 exemplaires, soit le double du tirage habituel et immédiatement diffusé dans la France entière.

Pierre Bockel rencontre André Malraux en juillet 1944, alors que prend forme la brigade Alsace-Lorraine dont l’abbé Bockel va devenir l’aumônier catholique et André Malraux le commandant. L'amitié entre les deux hommes est alors scellée. En 1973, André Malraux écrit d'aileurs une préface pour le récit autobiographique du père Bockel  L’Enfant du rire. André Malraux y écrit notamment :« Chacun sait, à Strasbourg (et quelques-uns savent, ailleurs) que l'abbé Bockel est un prêtre selon l’Évangile. Toute sa vie exemplaire nous interroge sur ce qui l’anime. »  Dans ce dialogue incessant entre les deux hommes, Pierre Bockel répond "C’est tout de même dingue que ma foi ait été profondément marquée par cet agnostique de Malraux"

En 1957, le chanoine René Lecomte, doyen de la faculté de théologie de Lille et l’abbé Pierre Bockel, lancent la revue Bible et Terre sainte. Fortement intéressés par la question de la Terre sainte, les écrivains du magazine ont comme but de permettre aux pèlerins de se tenir au courant des actualités concernant les découvertes archéologiques ou encore les sites bibliques en lien avec la Terre Sainte. Pour la première fois, une revue francophone présente le résultat des fouilles du Proche-Orient à partir d'informations fiables car données par les archéologues et les épigraphistes qui travaillent sur les sites. En 1957,  un numéro est consacré dans son intégralité aux Manuscrits de la mer Morte. En 1977 la revue devient Le Monde de la Bible.

Parallèlement à ce travail d'histoire des religions, Pierre Bockel écrit pour lui et en 1973, il publie son premier livre L’Enfant du rire qui sera préfacé par son ami André Malraux. Il rédige également le Temps de Naitre deux ans plus tard.


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Récapitulatif de carrière et distinctions

Pierre Bockel est aumônier au Collège moderne et technique de Colmar en 1945 puis au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg en 1951, aumônier diocésain de la jeunesse étudiante chrétienne (JEC) puis aumônier diocésain de l’Université de Strasbourg de 1952 à 1966. En 1952, il fonde le Cercle Universitaire Georges Bernanos de Strasbourg. De 1967 à 1986, il exerce comme archiprêtre de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. En 1977, le pape Paul VI l’honorera du titre de Prélat d’honneur de Sa Sainteté. Dès lors, le jeune « Pierrot » de la Résistance est devenu pour tous Monseigneur Bockel quoiqu’il ait toujours préféré qu’on l’appelle Père. En parallèle, il prend les fonctions de délégué épiscopal pour le diocèse de Strasbourg, de délégué régional pour l’œcuménisme et de président d’honneur du Colloque européen des paroisses de 1986 à 1993. Pierre Bockel, également titulaire de la Médaille de la Résistance, a été élevé en 1988 à la dignité de « Juste parmi les nations ».

Pierre Bockel décède en 1995, lui qui a toujours œuvré à favoriser le dialogue inter-religieux et brandit en étendard l'égalité entre les hommes. Pierre Bockel n'a d'ailleurs jamais cessé de croire en l'humanité :

« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d'extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l'honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité».


Propos : Mélissa Reymann