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Petit panorama de la littérature en Alsace #2 11/07/2013

Après avoir remis dans le contexte les œuvres majeures de notre littérature régionale de leur naissance à la fin de la Renaissance, nous vous proposons de terminer cette chronologie littéraire en insistant sur le littérature en Alsace du XVIIème siècle à aujourd'hui.

Nous l'avions montré, jusqu'au XVIème siècle, les écrivains alsaciens ont d'abord participé à la littérature allemande, relayant à un second plan la littérature de langue française. Peu à peu, la tendance s'inverse et ce en partie à cause des conséquences de l’annexion de l’Alsace à la France lors des traités de Westphalie (1648) et de la capitulation de Strasbourg (1681). Le dernier auteur a véritablement marquer la littérature en langue allemande est l'auteur baroque Michael Moscherosch. Il est un auteur moraliste satirique ardent défenseur de sa langue maternelle. Après lui, la littérature allemande d’Alsace se réduit à la dimension régionale mais l'allemand reste la langue littéraire et culturelle principale dans notre région. Si la langue allemande reste présente c'est en partie grâce à Goethe, auteur romantique par excellence, qui séjourne dans la capitale alsacienne en 1770-1771. Cette date mérite d'être notée car elle marque le commencement du mouvement du Sturm und Drang, mouvement qui permet un rayonnement du lyrisme allemand dans l'Europe. Goethe recueille alors et s'imprègne des vieilles chansons populaires de la province alsacienne. Dans cette optique, on peut dire qu'il rejoint Herder, philosophe de l'époque et surtout promoteur du Volkslied. Le lied est un poème en allemand chanté et accompagné par des instruments. 


goethe

Goethe


Vers 1850, Georg Büchner, séjourne également à Strasbourg, il est aujourd'hui connu pour ses poèmes mais aussi pour sa pièce de théâtre inachevée Woyzeck, œuvre inestimable dont le sens ne pourra jamais être épuisé. Le réalisme et naturalisme, courants principaux du XIXème siècle, ne prennent pas réellement d'ampleur en Alsace. La littérature de la région est à nouveau profondément singulière et elle est notamment représentée par Daniel Ehrenfried Stoeber ainsi que par ses fils Auguste et Adolphe. Les auteurs écrivent en allemand et le recueil historique Sagen des Elsasses (http://bit.ly/13PAO3b) (1852) d’Auguste Stoeber reste une œuvre majeure dans la mesure où outre le travail de recherche et de rédaction, cette œuvre devient une référence des nombreuses éditions ultérieures de nos légendes.


buchner

Büchner


La littérature dialectale apparaît au début du XIXème siècle même si le haut-allemand est déjà déterminé en grande partie au XVIème siècle par la langue de Luther, traducteur de la Bible.A cette époque se creuse l'écart entre la langue écrite et les dialectes. La révolution qu'opère le romantisme avec ce retour au sources permet la découverte en littérature de ces parlers populaires. Le fondateur de la poésie alémanique est le Badois Johann Peter Hebel et son recueil Alemannische Gedichte (http://bit.ly/12FVDJd). Dans le premier quart du siècle, J.-G. Daniel Arnold écrit Der Pfingstmontag du strasbourgeois. Ce livre marque véritablement le commencement de la lecture dialectale chez nous. Der Pfingstmontag du strasbourgeois est en fait une comédie en vers qui brosse un tableau de la bourgeoisie strasbourgeoise contemporaine et de son langage.


peter hebel

Hebel


La littérature française est d'abord marginale et elle met beaucoup de temps à émerger. On peut considérer que la Baronne d'Oberkirch inaugure avec ses mémoires cette lignée d'écrivains alsaciens qui s'expriment en français. Rouget de Lisle compose La Marseillaise à Strasbourg qui deviendra notre hymne national. A l'époque, il est concurrencé par des poètes alsaciens qui chantent la Révolution en vers allemands. En 1834, naît le premier véritable roman alsacien en langue française, il est écrit par Louis Spach et se nomme Henri Farel (http://bit.ly/15y8XDV). En deux volumes, ce roman raconte la vie d'Henri Farel jeune suisse, et de ses désillusions.

En 1871, avec l’annexion de l’Alsace à l’Allemagne, l'histoire bouscule à nouveau violemment les événements et entraîne une brisure contribuant à repenser la langue et la littérature. L'histoire littéraire au XXème siècle peut se structurer selon la chronologie et on peut alors déterminer des périodes littéraires en lien avec l'histoire.

La première période intègre parfaitement la littérature en Alsace allemande (Reichsland Elsaß-Lothringen), jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale.  A cette époque, la Dichtung de langue allemande est remise au goût du jour alors que la littérature en français trouve refuge à Paris. Deux idéologies s’affrontent alors : la politique allemande de germanisation et l'esprit français de la revanche après l'annexion. De chaque côté de ces conflits idéologiques apparaissent certains grands écrivains. C'est le cas de Friedrich Lienhard qui opte pour une littérature allemande qui se veut plutôt conservatrice. Après lui, les nouvelles générations cherchent à outrepasser cette dichotomie et exigent un renouveau artistique. Parmi eux on trouve René Schickele, chef de file de ces jeunes auteurs mais aussi Otto Flake et Ernst Stadler, puis Hans Arp et Yvan Goll. Leur présence sur la scène artistique va permettre au mouvement expressionniste de prendre corps dans notre région. En 1902, ils se regroupent d'abord autour de la revue Der Stümer. Ce groupe est un mouvement d'opposition au conservatisme, en effet il entend faire une synthèse des différents héritages qui ont faits l'histoire de notre région. On peut alors y voir un écho à l'humanisme alsacien.  Arp pour sa part devient l’un des artistes et poètes du dadaïsme. Dans le même temps, Albert Schweitzer écrit une œuvre théologique et philosophique. Parallèlement, il semble que la littérature dialectale trouve alors sa fonction : elle devient un moyen personnel d'expression de l’identité qui va servir à résister à l’assimilation allemande mais aussi à se définir par rapport à la langue française. C'est à cette période que Gustave Stoskopf et sa comédie célèbre D’r Herr Maire ainsi que la fondation du Théâtre alsacien de Strasbourg en 1898 voient le jour. En  poésie, les frères Albert et Adolphe Matthis émergent ainsi que la prose de Marie Hart. Avec eux, l'importance d'une identité culturelle prend véritablement son envol.


schickele

Schickele


arp

Arp


La deuxième période qui peut être délimitée est celle de l'entre-deux-guerres, période elle aussi mouvementée car l'Alsace appartient à nouveau à la France ce qui provoque un nouveau changement de la situation linguistique, aggravé par le durcissement des nationalistes. La littérature reste alors instable et précaire, comme ballottée entre les retours et les exils de certains, entre la volonté d'autonomie et la politique française d'assimilation. Les grands auteurs quittent alors la région par exemple Schickele suite à son engagement pacifiste lors de la guerre. Il s’installe en Pays de Bades où il rédige sa grande trilogie romanesque Das Erbe am Rhein (http://bit.ly/12jtd7W) avant de fuir le national-socialisme. Il se réfugie en Provence où avant de mourir il publiera une de ses dernières œuvres en français, Le Retour. Quant à Arp et Goll, ils rejoignent l’avant-garde artistique à Paris et écrivent désormais en français. En Alsace, la poésie dialectale reste vivante avec Nathan Katz et son lyrisme.


katz

Katz


La deuxième Guerre Mondiale et les conséquences qu'elle engendre sur l'Alsace font à nouveau de notre région une zone sinistrée. En effet, soumise à une germanisation forcée et à une politique d’assimilation totale, la littérature est en berne. La libération de l'Alsace provoque un net refoulement de l’allemand ainsi que du dialecte, interdit. Un constat s'impose alors : l'alsacien est en déclin. Il faut attendre le dernier tiers du siècle pour qu'un retour favorable de notre dialecte se fasse entendre et cela est en grande partie dû à la réconciliation franco-allemande.

Ce qui marque ce changement de la situation linguistique et culturelle est le fait que des écrivains d’origine alsacienne acquièrent une renommée nationale comme Jean-Paul de Dadelsen, Claude Vigée et Alfred Kern pour ne citer qu'eux. De plus, une nouvelle poésie d’Alsace francophone émerge avec par exemple Jean-Paul Klee. La littérature allemande connaît alors un moment de grand essoufflement, l’édition en Alsace devenant presque impossible, faute de public. Malgré tout, Arp et Goll, dans une dernière phase de leur œuvre, se remettent à écrire en allemand et renouent avec l'ancienne génération qui continue d’écrire l’allemand (Marcel Jacob, Paul-Georges Koch, Alfred Kastler, Prix Nobel de physique et poète de langue allemande). Le dialecte perdure grâce au cabaret Barabli de Germain Muller avec sa verve satirique et sa volonté de viser un public populaire. Le dialecte est aussi défendu par la poésie de Lina Ritter, d'Émile Storck mais aussi de Nathan Katz.


vigée

Vigée


storck

Storck


Finalement, les années soixante-dix sont une période charnière avec un renouveau dans la prise de conscience de l’identité alsacienne. Celle-ci est liée à des mutations sociologiques telle que la réintroduction de l’allemand à l’école élémentaire ou la création de l’enseignement de l’option LCR (Langue et Culture Régionales). On assiste également à un nouvel essor de la poésie dialectale, sous le signe de la revendication régionale et écologique.  Ce retour à la nature habite ainsi l’œuvre d'André Weckmann dont la renommée s’étend dans l’espace alémanique transfrontalier. D’autres poètes s’engagent pour préserver notre richesse culturelle tels que Adrien Finck, Sylvie Reff, Jean-Paul Sorg, Conrad Winter. Les deux grands poèmes de Claude Vigée Schwàrzi sengessle flàckere ém wénd et Wénderôwefîr affirment cette réorientation. La littérature en haut-allemand participe à cette renaissance poétique avec ceux qui l’écrivent comme Adrien Finck, André Weckmann et Conrad Winter et leur publication In dieser Sprache (http://bit.ly/12jtd7W), défense et illustration d’un autre allemand, en lien avec la spécificité de notre région. André Weckmann écrit aussi une œuvre romanesque dans les années 1980 qui renouvelle de façon critique le genre du Heimatroman (roman du terroir) avec ses romans Wie die Würfel fallen, Odile oder das magische Dreieck et sa version française La roue du paon. 


weckmann

Weckmann


On peut dire qu'avec la fin du siècle ce mouvement régénérateur a excédé sa volonté d'engagement à tout épreuve mais caractérise toujours la création littéraire en langue régionale. La triphonie alsacienne semble enfin avoir trouvé un équilibre à l’issue d’un siècle de violences et de mutations. 


Pour plus d'infos :

Histoire culturelle de l'Alsace, Bernard Vogler, La bibliothèque Alsacienne (http://bit.ly/1bqR506)

Histoire de la littérature européenne d'Alsace : vingtième siècle, Adrien Finck, Presses universitaires de Strasbourg (http://bit.ly/14KNXbL)


Rédaction: Mélissa Reymann