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moyen age

Petit panorama de la littérature en Alsace 26/06/2013

Petit retour sur les œuvres majeurs qui ont fait notre littérature alsacienne !



L'Alsace a créée l'alsatique, c'est dire si cette région brandit sa littérature comme une spécificité. En effet, l'alsatique est un document ou un ouvrage qui traite de l'Alsace. Nous sommes d'ailleurs la seule région à avoir donné un nom à notre littérature locale. L'alsatique commence à faire entendre sa voix après l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne, c'est-à-dire après la guerre de 1870. L'Alsace en réaction à l'envahissement allemand et contre l'effet « vitrine » que doit revêtir l'Alsace, décide de montrer que notre région a une identité propre. Elle fait le lien entre la France et l'Allemagne.


La question de la langue

Tout d'abord, posons la question de la langue. Quelle(s) langue(s) pour la littérature en Alsace ? On peut distinguer trois littératures dans notre région, celle de langue française, langue nationale mais aussi celle en langue régionale qu'Adrien Finck segmente en deux : d'un côté, l'allemand dialecte d'Alsace (l'alsacien) et ses variantes locales, d'un autre côté, le haut-allemand, qui correspond à l'allemand « standard ». Cette triphonie fait la richesse de la littérature alsacienne et la rend multiple. Ces trois littératures sont le résultat direct de l'histoire de la région qui fut tour à tour allemande et française suite aux différents conflits dont l'Alsace a subi les conséquences. Cette histoire de la pluralité de la langue se laisse entendre dès les Serments de Strasbourg prononcés en 842 par Charles le Chauve et Louis le Germanique après la ruine du grand empire européen et chrétien de Charlemagne. Ces serments peuvent être considérés comme le premier document bilingue français et allemand, marquant de ce fait la scission linguistique mais aussi l'interpénétration entre les deux langues préfigurant d'une certaine façon l’originalité de notre province. L'appartenance à la langue germanique remonte au IVème siècle. Cette époque est celle des grandes migrations alors que les Alamans et les Francs occupent un pays habité par des peuples celtes soumis aux romains. Ainsi, la littérature d'Alsace est d'abord latine.


Le Moyen-Age : un héritage précieux

L'apparition d’une littérature régionale est liée à la christianisation du pays. Deux abbayes ont joué un rôle majeur dans le développement de la littérature alsacienne : Murbach (Haut-Rhin) et Wissembourg (Bas-Rhin), principaux centres de la culture monastique du VIIIe au Xe siècle. Ainsi, la langue littéraire est d’abord la lingua latina, langue des savants. Le latin a produit au Moyen Âge une littérature d'une grande richesse dont une des œuvres les plus intéressantes va être le recueil Hortus Deliciarum (http://bit.ly/14rPH8n), qui est une encyclopédie richement illustrée de l’abbesse Herrade de Landsberg (XIIe siècle). Mais peu à peu face à cette littérature en langue latine s'est élevé le besoin de traductions mais également de créations en allemand qui était alors la langue du peuple. 


hortus


Un peu plus d'un siècle plus tard, paraît le Livre des Évangiles qui en seize mille vers relate la vie et l’enseignement du Christ. L’auteur, le moine Otfried de Wissembourg, est le premier poète en langue allemande à signer l’œuvre de son nom. Écrite en francique rhénan, l’œuvre est dédiée au roi Louis le Germanique et apparaît autant comme un art poétique que comme ouvrage politique dans la mesure où ce Livre des Évangiles (http://bit.ly/16yPMZs) marque l’intention de créer une littérature nationale du peuple franc, qui puisse rivaliser avec la littérature antique. Le poème est important également par le fait qu’il consacre l’introduction, dans la littérature allemande, du vers rimé d’origine latino-chrétienne, face à la vieille tradition germanique de l'allitération (répétition d'une ou plusieurs consonnes).

Vers la fin du XIIe siècle, l'amour courtois régit la littérature. L'idéal courtois se définit comme un ensemble de normes réglant l'attitude de l'amant envers la dame. Cette civilisation courtoise prend son impulsion sous le règne des Hohenstaufen, que l'on peut qualifier de période la plus brillante du Saint Empire romain germanique. Cette période  permet, dans notre région, un rayonnement culturel qui se manifeste par l'épanouissement des arts et des lettres. L'idéal de l'amour courtois se développe avec le Tristan et Iseult de Gottfried de Strasbourg (http://bit.ly/19sqd1u), poème inachevé qui traduit et augmente la plus célèbre histoire d'amour médiévale en s'inspirant du poème courtois de Thomas de Bretagne. A cette époque s'épanouit également le lyrisme de Reinmar de Haguenau. Reinmar travaille le  Minnesang (Chant d’Amour) et vit à la cour des ducs d’Autriche à Vienne. A ce moment-là, l'Alsace est un grand centre de l'activité littéraire et la langue poétique tend alors à s’unifier (le moyen-haut-allemand). Notons également que la littérature courtoise est placée à l'origine sous le signe de la langue d’oïl puisque la poésie des troubadours est venue de Provence. Ainsi, les poètes allemands trouvent leurs sujets dans la littérature française et l’Alsace ressent ce jeu d'interpénétrations des influences.


reinmar


La Renaissance et l'essor de la littérature dans la région

La fin du Moyen Âge est une période de conflits, de maladies, de bûchers et de famines, le tout s’accompagnant de troubles religieux. Ainsi, la littérature mystique connaît une expansion significative. Johannes Tauler, strasbourgeois et disciple de Maître Eckhart, est l’un des grands représentants de la mystique rhénane : sa réputation de prédicateur est considérable. On le présente comme un moraliste parmi les mystiques. Cette dimension moraliste va d'ailleurs se retrouver dans la littérature de la Renaissance dans notre province. L'apport littéraire de Maître Eckhart est réel dans le sens où l’expérience mystique a contribué fortement à enrichir un vocabulaire où puiseront largement les poètes et artistes de l'époque. L’époque de la Renaissance, de l’Humanisme et de la Réforme peut être qualifiée d’Âge d’or des lettres en Alsace. Une fois de plus, l’Alsace joue un rôle essentiel dans l’épanouissement littéraire du monde germanique. Le couloir rhénan est alors l’espace d'un esprit nouveau.

De plus, à cette époque naît un événement qui va faire basculer la littérature et la façon de lire : nous assistons à l’apparition de l’imprimerie. Gutenberg, venu de Mayence, imagine vers 1440 le procédé de la typographie associée à la presse à bras. À Strasbourg également, Johannes Mentelin imprime la première Bible allemande. A côté de cette révolution de l'imprimerie, la période est aussi tristement célèbre pour ses luttes religieuses. La Réforme finit par triompher à Strasbourg. L’Humanisme se développe alors en Alsace et on peut dire qu'il est lié à l’École de Sélestat. Il nous reste de ce moment trois Sélestadiens célèbres : Wimpfeling, appelé l’éducateur de la Germanie, l'érudit Beatus Rhenanus, disciple et ami d’Érasme ainsi que le réformateur Martin Bucer.

Ces humanistes écrivent en latin mais parallèlement une littérature de langue allemande qui s'adresse à un public plus large gagne du succès. Ainsi, œuvre charnière entre les habitudes anciennes et un esprit nouveau, la nef des Fous de Sebastian Brant (http://bit.ly/1clnAKX) voit le jour. Ce qui vient prouver le succès de cette œuvre est l'abondance de rééditions, traductions, continuations et contrefaçons. Ce livre met au jour un tableau de la condition humaine. La tonalité de l’œuvre est pessimiste car Sebastian Brant n'envisage pas l'homme comme un être qui puisse s'améliorer d'où la métaphore du bateau qui va vers son naufrage. Toutefois, ce thème principal est rapidement balayé par une énumération des différentes formes de la folie. On peut dire de Brant qu'il est un auteur moraliste mais que son œuvre est écrite dans une veine satirique. Ainsi, la langue employée met en rapport la langue savante et des expressions populaires. Le livre, écrit en vers rimés, s’enrichit de gravures sur bois.


La-Nef-des-fous


Notons également que cette époque est semée de doutes. En effet, la rénovation de l’Église est alors une véritable question. Ce questionnement aboutit à une crise qui provoque la Réforme luthérienne ce qui explique l’importance de grands prédicateurs moralistes. Ainsi, Johannes Geiler de Kaysersberg, réformateur catholique acquiert une renommée solide. Une virtuosité verbale tout aussi profonde caractérise le Franciscain Thomas Murner. Ses écrits polémiques continuent sa prédication, il traite bien souvent de la folie humaine de façon ironique ou indignée. Ennemi de Luther, il rédige plusieurs pamphlets contre ce dernier. Notons en outre que le prédicateur est un écrivain attaché à son terroir. En effet, il cite fréquemment les noms de lieux de sa province et accumule dans ses jeux de mots des idiotismes alsaciens. Il polémique avec Wimpfeling et dans ce conflit se dessine déjà le problème de l’identité alsacienne. Murner pose également cette question de l'appartenance à un endroit puisqu'il dit se sentir à la fois français et allemand.

Nous l'avons dit rapidement, l'essor de l'imprimerie permet à la lecture de s'étendre à un public plus large d'où l'apparition d'une littérature romanesque et d'ouvrages « populaires » (Volksbücher). Ainsi, le Colmarien Jörg Wickram qui écrit en littérature allemande apparaît comme le créateur du roman bourgeois dans la région. Il rédige ainsi son Rollwagenbüchlein en 1537 qui a pour vocation de distraire les voyageurs tout en les instruisant. Cette dimension n'est pas négligeable et ce surtout quand on sait le doute qui entoure le roman. Le Franciscain de Thann Johann Pauli, publie un recueil de récits divertissants et moralisants (Schimpf und Ernst http://bit.ly/14WY2mV). Ce recueil restera pendant longtemps le modèle d’une littérature populaire à laquelle l'Alsace participa largement puisqu'on a pu remarquer que deux tiers des livres de ce genre en langue allemande ( Schwankbücher) proviennent d’Alsace. Enfin, pour en finir avec le XVIème siècle, il nous faut dire que la lignée didactique et satirique qui a été ouverte par Brant, et continuée par Murner devient caractéristique de la littérature alsacienne, et va permettre l’émergence dans la deuxième moitié du siècle du travail de Johann Fischart. Il est traducteur mais aussi re-créateur allemand du premier livre du Gargantua de Rabelais. Nous retrouvons avec lui un Gargantua plus rabelaisien que jamais mais aussi une volonté de faire de l'Alsace le lien entre la France et l’Allemagne.


pauli


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Propos: Mélissa Reymann