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Nathan Katz : écrire dans son dialecte. 24/04/2013


Petit retour sur l'itinéraire d'un grand poète et dramaturge alsacien.

Enfance

Pour l'anecdote, Nathan Katz est né le jour de Noël en 1892. Cela laissait donc présager une grande carrière. Il est né dans le Sundgau et issu du milieu commerçant, chose à laquelle s'oppose sa poésie consacrée au monde paysan. Dans son village de Waldighoffen, on apprend l'allemand à l'école, rappelons à cet égard qu'à cette période, l'Alsace souvent  ballottée entre la France et l'Allemagne, est annexée. Mais la mère du petit Nathan, elle, parle français et décide d'apprendre à son fils les rudiments de cette langue, qu'il complétera plus tard en lisant de grands auteurs comme Racine. Notre ami Nathan Katz a une prédisposition à l'apprentissage des langues, c'est pourquoi il s'intéresse également à l'anglais et lit des auteurs tels que Shakespeare, Kipling et Byron qu'il traduit ensuite en alémanique.

Alors qu'il devient apprenti dans une usine de tissage et filature, il se passionne toujours plus pour la lecture et découvre les auteurs antiques, les auteurs orientaux mais aussi nos grands auteurs modernes tels que les romantiques allemands avec Hölderlin ou Goethe mais également Schiller avec qui il se révèle une passion pour le théâtre. Il fait à cette même période la rencontre des grands écrivains français parmi lesquels on trouve entre autres Baudelaire et Balzac.

Pour fournir une autre anecdote, disons que c'est par le biais de la boucherie que notre écrivain est arrivé à la littérature. En effet, un chiffonnier qui revenait régulièrement de Bâle avec une cargaison de journaux, approvisionnait le commerce de la famille. A cette époque, le jeune Nathan y découpe les rubriques littéraires et découvre les auteurs qui lui sont directement contemporains tels que Rilke ou Péguy pour ne citer que ces noms.

Des blessures

Ensuite, vient le temps de la guerre et le temps des blessures, de la découverte de l'horreur et du pouvoir terrifiant de l'homme. En effet, Nathan Katz est incorporé dans l'armée allemande dès septembre 1913 et le 20 août 1914 il a le bras brisé par une balle. Après un séjour en hôpital, il est envoyé en convalescence à Fribourg. Puis, comme une vague refluant sans cesse, la guerre revient vers lui, à charge de revanche, toujours plus terrible. Il est alors envoyé sur le front russe où il est fait prisonnier et interné successivement dans deux camps. C'est là qu'il compose, en juin 1915, les poèmes de son premier recueil Das Galgenbüchlein publié en 1920. Il est ensuite prisonnier de guerre à Saint-Rambert-sur-Loire. En 1919, après avoir vu les horreurs de la guerre, il peut enfin rentrer chez lui.


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Trouvailles

En 1923, il devient voyageur de commerce et découvre alors la vaste Europe. Il se met à voyager et à écrire : la plupart du temps dans le train, à l’hôtel, dans le bateau. Les lieux sont nombreux, il écrit quand l'inspiration lui vient, spontanément. C'est dans cette période d’errance apatride qu'il va trouver un ancrage à quelque chose de concret : trois livres vont désormais accompagner sa vie. Le voici maintenant accompagné de la Vie de Bouddha, la Vie de Jésus de Renan et le Faust de Goethe. Lors de ses passages en Alsace, il se lie avec le Cercle d'Altkirch, cénacle d'écrivains et d'artistes comprenant, pour ne citer que lui, Jean-Paul de Dadelsen.

Pendant la « drôle de guerre » il est envoyé en Afrique du Nord puis en 1940 il revient à Limoges et vit la guerre en zone libre. Il rencontre Paul Valéry en 1942. En 1946, il devient bibliothécaire à la Bibliothèque Municipale de Mulhouse jusqu'à sa retraite. Il décède en 1981 à Mulhouse.

L'homme et l'écriture

Nathan Katz est Membre de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques français, Membre de la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine, Lauréat du Oberrheinischer Kulturpreis (1966) et du Grand prix de l’Institut des Arts et Traditions populaires d’Alsace, Bretzel d’or (1997).

Mais avant d'acquérir ces prix prestigieux, il nous faut parler du travail de Nathan Katz et de ce qui a justifié ces diverses gratifications.

Sa poésie chante les paysages, sans contraintes de frontières. D'ailleurs, les frontières, il n'a eu que trop l'impression de les rencontrer puisque les hommes se sont battus en leurs noms. Mais il ne voit pas non plus pourquoi elles devraient être, puisque lui les a traversées pour rencontrer d'autres cultures.  A contre-courant des idéaux nationalistes de son époque, son œuvre anticipe les relations franco-allemandes sans idéologie politique et raciale.

Il est donc le créateur d'une œuvre d'homme. Ses poèmes sont dénués de pathos, il chante simplement la paix qu'il connaît, rappelant par là la poésie chinoise. Il nous parle également de la vie, de l'amour, de la séparation, de la mort mais surtout de la nature. Ces thèmes, à y regarder de près, relèvent du mystère, de l'inconnaissable voire de l'incompréhensible mais c'est justement de ce « souffle secret » qui anime les choses dont Nathan Katz nous parle.

En face de cet apaisement, cet homme nous montre aussi le déchirement du monde et y confronte son aspiration à y trouver une unité, le besoin de taire la violence pour un être aimant sa terre.

Si la poésie de Nathan Katz n'a de secret pour personne, il n'en est pas forcément de même quant à son statut d'homme de théâtre. En effet, Nathan Katz crée Annele Balthasar en 1924, pièce dramatique en quatre actes et d'Ardwiebele six ans plus tard, qui ont toutes deux pour décor un village du Sundgau, ce village prenant l'apparence d'un monde idéal. Pourtant, à l'arrière-plan, la région a connu la guerre et la destruction, certains meurent, d'autres deviennent des meurtriers. Annele Balthasar raconte l'histoire du personnage éponyme et de son fiancé au XVIème siècle, et l'auteur y associe la mort à l'espoir messianique. La pièce a lieu dans un contexte de chasse aux sorcières.

Ses écrits parlent le dialecte, ils font le choix d'être compris seulement des habitants de l'Alsace mais en même temps il révèle ce qui fonde l'humanité.

Propos : Mélissa Reymann