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Marie-Thérès Fischer, scénariste BD 30/12/2013

Marie-Thérèse Fischer, scénariste de la collection Cette Histoire qui a fait l'Alsace

Marie-Thérèse Fischer est une spécialiste reconnue de l'Alsace, depuis quelques années, elle s'est lancée, avec l'équipe éditoriale des Éditions du Signe dans une entreprise colossale: retranscrire l'histoire de l'Alsace en bande dessinée.

Aujourd'hui, la collection ne compte pas moins de 11 volumes, le dernier ayant fait son apparition sur les étals des libraires cet hiver.

Marie-Thérèse Fischer a eu la gentillesse d'accepter de rencontrer Alsatica pour revenir un peu sur son expérience autour de ce projet... mais pas seulement!


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Formation

« Tout d’abord, ma formation initiale n’a pas été stricto sensu une formation d’historienne. J’ai fait des études de lettres classiques, avec un petit détour dans l’archéologie, sans toutefois faire de fouilles. C’est ce qui me permet notamment de lire sans problèmes les textes latins, incontournables en Histoire, étant bien entendu que je me suis formée moi-même en latin médiéval, de même que pour les textes anciens en allemand.

D’autre part, les lettres classiques imposaient alors une connaissance importante de l’Histoire de l’Antiquité à nos jours, sans quoi on s’expose à ne pas comprendre des aspects de la littérature, aussi bien l'histoire événementielle que l’histoire des mentalités… et de la langue.

Mon mari, également formé en lettres classiques, et moi avons commencé, par simple curiosité, des recherches historiques il y a plus de 40 ans et avons développé progressivement notre méthode, dans une grande exigence de rigueur. Et puis, dans les années 1990, j’ai eu la fantaisie d’étudier la théologie, ce qui m’a amenée à soutenir en 1999 une thèse à caractère historique : « Le Mont Sainte-Odile et les Prémontrés (1546-1797) », qui a obtenu les félicitations du jury à l’unanimité. Dans ledit jury, il y avait, entre autres, un membre de l’Institut, le merveilleux professeur Francis Rapp. »



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Des ouvrages historiques à la BD

« Si on m’avait dit il y a six ans que je ferais un jour des scénarios de BD, j’aurais éclaté de rire. Je n’écrivais que des livres ou des articles. Mais voici que, un jour, le directeur du Signe me téléphone : il avait eu une idée qui lui tenait à coeur, une collection de bandes dessinées sur l'Histoire de l'Alsace en 10 volumes.

En 10 volumes ? Non, il m’en fallait au moins 12. Même avec 12, c’est une gageure, vu l’ampleur de la matière, du moins quand on ne veut pas se contenter de rester à la surface des lieux communs et des idées reçues. Et, ma foi, je me suis retrouvée en train de faire de la BD.

Plutôt de l’Histoire en langage BD que de la BD historique d'ailleurs. Ce n’est pas un ouvrage d’aventures dans le temps, mais une sorte de manuel en images à l’usage de ceux, petits ou grands, qui n’ont  pas envie de lire de gros livres. Il n’y a pas dans mes BD d’ « histoires dans l’Histoire ». Des flashes, tout au plus, où des personnages évoquent des événements ou des idées, mais je refuse de suivre le schéma de tant de BD dites « historiques » où un personnage traverse le temps avec un guide plus ou moins fantastique… Pas d’aventures imaginaires : l’Histoire tout simplement. »



La collection et le métier de scénariste

« Je n’ai pas vraiment l’impression d’exercer un quelconque métier de scénariste puisque je suis tombée dans le travail de la BD un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais il est vrai que, au bout de treize BD depuis 2008 (onze pour l’instant dans la collection Cette Histoire qui a fait l'Alsace ainsi que deux autres parallèlement), ça devient un peu mon quotidien...

Pour cette collection, j'ai été présente dès le début, j'ai été en quelque sorte l'architecte responsable de l’élaboration d’un édifice. Je suis, si on veut, le maître d’œuvre qui distribue les consignes pour élaborer la construction qu’il a conçue. Le projet ? Mettre l’Histoire de l’Alsace de façon aussi objective que possible entre les mains de tout un chacun. »


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Dans ces albums, le dessinateur et le coloriste changent d'un tome à l'autre, pourquoi cette particularité?

« Si le dessinateur et le coloriste changent d’un album à l’autre, c’est tout bêtement pour une question de temps. Il faut entre huit mois et un an à partir du moment où je transmets le scénario au dessinateur et celui où le livre paraît en librairie. Si on avait toujours le même dessinateur, on ne serait pas encore dans l’élaboration du tome 12 !  

Travailler chaque fois avec un interlocuteur différent ne me cause aucune difficulté tant que cet interlocuteur entre dans la règle du jeu que j’impose. Pour chacun d’eux, les premières planches ont été très pénibles, parce qu’ils avaient tous déjà fait de la BD historique, mais pas de l’Histoire en BD. Une fois qu’ils ont compris comment je fonctionne, nous devenons d’excellents copains.

La difficulté, pour eux, c’est que je suis d’une exigence inflexible pour le cadre, les bâtiments, les costumes, les coiffures, les objets... Je n’accepte rien qui s’apparente à un anachronisme : le Moyen-Âge a duré un millénaire et on ne s’habillait pas au XIe comme au XVe siècle, par exemple ; or certaines BD où on se promène dans le temps mélangent les époques sans complexes. Je tiens à ce que le lecteur ait une vision aussi proche que possible de la réalité, même si je sais qu’on ne pourra jamais la reconstituer avec une exactitude absolue. Je veux que les gens se rendent compte qu’il y a chez eux un patrimoine fabuleux et j’ai écumé l’Alsace pour photographier des maisons, des meubles, etc. des diverses époques. D’ailleurs, j’ai tenu à faire figurer à la fin de chaque album la liste des endroits où on peut voir en vrai ce qui est figuré dans telle où telle case. Beaucoup de personnages sont dessinés d’après des portraits authentiques, de même que beaucoup de bulles contiennent des propos qui ont été réellement tenus, oralement ou par écrit.

Quand je commence le travail sur un album, je repère tout d'abord tous les événements ou courants d’idées de la période que je veux traiter. Je tente de remonter autant que possible aux documents d’époque, de cerner les opinions diverses qui se sont fait jour, pour tendre vers la neutralité la plus grande et présenter les choses avec la mentalité des gens du passé, et non avec la nôtre. Dans l’énorme masse d’informations, je suis bien obligée d’opérer un tri : je ne dispose que de 41 pages, avec une moyenne de 5 cases par page, et je ne peux pas les remplir aux 2/3 avec du texte !

Je détermine donc ce que doit contenir chaque case en terme de texte et d'image ; pour cela, je rassemble tous les documents iconographiques nécessaires et je décris chaque élément au dessinateur. Cela peut être parfois bien plus long qu'on pourrait l’imaginer: pour une planche, le scénario proprement dit, les consignes de dessin et la documentation correspondante peuvent atteindre trois à huit pages.

J’envoie les premières consignes avant d’avoir fini le scénario des dernières planches, pour accélérer le travail. De même, je commence à envoyer les consignes de couleur au coloriste dès que nous avons cinq planches encrées. Et, même ainsi, le travail dure de longs mois.

Le dessinateur commence toujours par m’envoyer un crayonné de la planche, c'est à dire une esquisse des différentes cases, pour que je lui indique les éventuelles modifications à apporter. Après, c’est l’encrage, qu’il m’envoie aussi pour validation. Après, c'est la même démarche avec le coloriste à qui je transmets aussi des consignes précises, afin qu'il soit au plus proche de la réalité.

Le travail sur chaque album représente, il faut bien l’avouer, un labeur monumental pour eux comme pour moi et nous sommes tous d’autant plus fiers de l’écho formidable que nous trouvons dans le public. »



Les Éditions du Signe publieront le tome 12 de la collection à l'automne 2014, en attendant il faudra aux curieux prendre leur mal en patience, le temps de laisser Mari-Thérèse Fischer s'atteler aux prochaines planches qui émerveilleront amateur de l'Alsace et de l'Histoire.







Pour plus d'informations: www.editionsdusigne.fr







Propos recueillis par Aurore Morizot.