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Les rencontres européennes de littérature 14/03/2013

La littérature européenne existe-elle ? Ou devons-nous parler de littératures européennes ? Le parti-pris de ces rencontres est de montrer qu'il existe une unité dans le moyen d'expression qui dépasse les obstacles linguistiques des différents pays et les diversités culturelles.



Depuis 2005, ces Rencontres récompensent l'œuvre d'un auteur européen hors pair. Le prix de l'année 2012 a été attribué à Vladimir Makanine, auteur russe né en 1937. Ce prix lui sera remis le 16 mars durant le festival « Traduire l'Europe – 8ème rencontres de littérature européenne » en partenariat avec la ville de Strasbourg et avec son université.

Choisir de remettre ce prix à Strasbourg n'est pas anodin. En effet, cette ville est conçue comme le symbole de la démocratie européenne notamment car elle héberge une partie de ses institutions (notamment la Cour des Droits de l'Homme). De même, l'attachement de cette ville à la culture reste remarquable dans la mesure où elle s'est toujours efforcée de rendre hommage aux plus grands : de Shakespeare à Victor Hugo en passant par Goethe et ce, sans distinction aucune de patrie. La cité alsacienne s'est toujours impliquée dans le développement et la promulgation d'une culture dépassant les frontières, d'une culture européenne. C'est dans ce vent de liberté et dans l'optique de promouvoir la culture que le prix est remis : il salut un écrivain européen de stature internationale qui refuse l'assujettissement et représente les droits de l'homme et la puissance du savoir. Ce prix a pour but de valoriser le dialogue entre les différentes cultures. Aussi, remettre ce prix à Vladimir Makanine c'est contribuer à cette entente entre les peuples et témoigner des possibles des plumes européennes. De plus, ce prix a pour objectif de consolider cette unité européenne qui semble menacée à d'autres niveaux en ces temps de crise(s).


Le regard critique de Makanine envers la politique soviétique lui a valu l'exil d'URSS pendant 20 ans. Il a écrit environ 30 livres, répartis en recueils de nouvelles et en romans qui ont été salués par la critique et pour lesquels il a reçu plusieurs prix. Profondément nourrit par la prose du passé, ses ouvrages sonnent le glas de l'épiphanie et affirment l'absurdité du monde. Geroges Nivat dit à propos de lui que c'est « une des voix les plus fortes aujourd'hui ». Les personnages chez Makanine apparaissent toujours comme aspirant au bonheur mais leur tentative d'élévation est toujours bloquée par la réalité du régime sclérosé. A propos de cette génération perdue et sacrifiée, l'auteur dira « nous avons des neuroleptiques mais plus de prophètes. » Aussi, il semblait important de remettre ce prix à un auteur dont la prose n'a d'égale que l'engagement.


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Vladimir Makanine


Mais revenons plus en détails sur l'événement. Thorbjørn Jagland, secrétaire général du Conseil de l'Europe accorde son soutien à cet événement qui contribue à « valoriser les valeurs de la démocratie et des droits de l'homme » (26.11.2012).  En effet, la littérature s'interroge sur l'Homme, elle permet de mieux le comprendre en mettant en avant ses doutes, ses aspirations, ses rêves mais aussi ses échecs. Les livres permettent de réfléchir en profondeur sur ce qu'est l'humain et rappellent qu''ils ne sont pas l'apanage des intellectuels. Les lettres manifestent la vie et appartiennent à tous. La littérature européenne plus précisément, se mue entre singularité et pluralité et permet de fonder une littérature qui soit véritablement le fruit d'un continent mettant en jeu les questions de traductions et de ses limites, mais aussi de la polyphonie. Ces rencontres européennes de littérature insistent sur les enjeux d'une littérature qui dépasserait les frontières et qui manifesterait la promulgation d'une culture ouverte sur l'Europe.


Ces rencontres européennes de littérature se dérouleront en deux temps. Du 15 au 23 mars, aura lieu « Traduire l'Europe » à Strasbourg et sur une période plus longue (de mars à novembre) « Écrire l'Alsace » sera développé dans toute la région mais aussi par delà celle-ci. Histoire de montrer que la littérature régionale ne se borne pas à l'Alsace. Ces deux versants de ces rencontres seront  dès lors organisés de façon à montrer leur complémentarité.


« Traduire l'Europe » est organisé par l'Association Capitale Européenne des littératures en partenariat avec la Ville, la CUS et l'Université de Strasbourg et bénéficiera du soutien de la DRAC et du CNL. Le deuxième événement, « Écrire l'Alsace » sera organisé par l'ACEL en association avec la Région et recevra également le soutien de la DRAC et du CNL. Cette année, l'invité d'honneur de  « Traduire l'Europe » sera George Steiner, penseur contemporain majeur. En effet, il n'a de cesse de renouveler les théories du langage mais aussi de mettre en avant la question de la traduction ou encore des philosophies politiques. Dans le cadre du Grand Entretien , l'invité sera Velibor Colic, auteur bosniaque qui a du fuir son pays pour désertion. Il dialoguera avec Antoine Spire.


Les 15 et 16 mars, « Traduire l'Europe » se focalisera sur la « passion des langues ». Cette journée sera organisée en collaboration avec le TNS, l'Association ATLAS (Assises de Traduction Littéraire en Arles), la Faculté des Lettres, la Faculté des Langues et Cultures Étrangères et l'Institut de traducteurs de l'Université de Strasbourg. Cette journée posera entre autres la question de la traduction en poésie et philosophie. Elle permettra également de rendre hommage aux traducteurs car sans eux l'Europe n'existerait pas. De fait, leur rôle est fondamental dans la compréhension mais également dans la diffusion de la littérature est plus largement de la culture.

La traduction permet également de prendre connaissance avec une autre manière de concevoir le monde. C'est grâce à la traduction que peuvent se rencontrer les cultures et les littératures. La traduction est donc un moyen de multiplier la création littéraire. Le 16 mars deux grands événements se dérouleront. Une lecture du prisonnier du Caucase au TNS en présence de l'auteur Vladimir Makanine et de la traductrice Christine Zeytounian-Beloüs. Enfin, pour terminer la journée, Luba Jurgenson présentera une conférence qui interroge les univers concentrationnaires nazis et soviétiques et leurs mises en littérature, cette conférence se nomme  «L’archipel du Goulag : écrivains et témoins de l’indicible » et mettra en avant quelques uns des plus grands écrivains ayant fait la rencontre de l'inhumain et de la douleur.


Les 22 et 23 mars, toujours dans le cadre de « Traduire l'Europe », une journée consacrée au « français en partage » prendra vie. Cette deuxième séquence se focalisera sur la coexistence entre les langues dominantes et les idiomes locaux. Cette journée réfléchira sur 3 types de langues : au niveau des régions, de la francophonie mais également de l'Europe. Les manifestations de ces deux journées se centreront sur Silvia Baron Supervielle, originaire de Buenos Aires. Rapidement, elle quitte son pays pour le notre et apprend le français. Elle est à la fois poétesse et traductrice et réfléchit sur la question de la traduction. Notons également dans cette relation qui unit « Traduire l'Europe » et « Écrire l'Alsace », qu'un hommage sera rendu à Emile Storck, ami de Nathan Katz. Comme lui, il a fait le choix d'écrire en alsacien et de risquer d'être lu par un public plus restreint pour cause de barrière de la langue. Il a également traduit Baudelaire et Verlaine en alsacien. Aussi, pour faire le travail en sens inverse, ses poèmes célébrant en grande partie la nature ont été récemment traduits en français. Le samedi 23 mars, Silvia Baron Supervielle se verra remettre le Prix de Littérature Francophone Jean Arp et le Prix du Patrimoine Nathan Katz (Nathan-Katz-Pris fir Literatür im Elsass). Enfin, ce même jour aura également lieu le concert de clôture des Rencontres sur les « Cantiques du chemin » de Thérèse d’Avila, traduits par Silvia Baron Supervielle. 


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Silvia Baron Supervielle


Concernant « Écrire l'Alsace », il y aura deux cycles. Ils seront placés l'une et l'autre sous l'égide d'un grand auteur. D'un côté, Jean-Paul Dadelsen et de l'autre Emile Stock. Toutes les manifestations auront lieu de mars à octobre et ré-affirmeront la puissance de la littérature alsacienne en ayant soin de la relier à quelque chose de plus grand.


Le premier cycle sera organisé pour célébrer le centenaire de la naissance de Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957). Cet homme d'action inclassable engagé dans les Forces Françaises Libres tenait une chronique sur la BBC. Familier de la culture allemande et anglaise, Dadelsen est un écrivain cosmopolite. Pourtant, si il a toujours baigné dans un climat littéraire, il n'a commencé à écrire que deux ans avant sa mort prématurée. Son œuvre aujourd'hui est pourtant devenue d'une importance rare. Inspirée par Goethe et également par la Bible, ses poèmes lyriques sont teintés de spiritualité mais aussi de considérations sur la destinée de l'Homme


Le deuxième cycle d' « Écrire l'Alsace » sera placé sous le signe d'Emile Storck et ce à l'occasion de la première traduction en français de cette œuvre majeure de la littérature dialectale. Emile Sotrck est né en 1899 et décédé en 1973 et son œuvre poétique est habitée par le lyrisme de la nature. Il est également l'auteur de pièces de théâtre en alsacien. Ce poète représentatif de l'humanisme rhénan a fait le choix de n'être lu que par un certain public. Aujourd'hui, la traduction réalisée par le Cercle Émile Storck permet de promouvoir son œuvre à un public plus large. Son écriture est aussi personnelle que savante et cette traduction permet de montrer à tous la profondeur de sa poétique.


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 Emile Storck


Pour plus d'informations et pour connaître les dates et lieux précis des manifestations : prix.europeen.de.litterature@orange.fr

http://www.prixeuropeendelitterature.eu/home.asp


Propos: Mélissa Reymann