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sandrine roudeix

L’identité en recherche perpétuelle. 08/01/2013

Tout le mois de janvier 2013, venez découvrir l’exposition de la photographe et romancière, Sandrine Roudeix « Ecrivains en état de siège » à la Librairie Kléber.


Un parcours qui ne laissait pas présager de telles débouchées…

Sandrine Roudeix a d’abord fait un bac scientifique, puis une prépa HEC l’amenant à une école de commerce. Non contente de ce parcours, qui ne satisfaisait pas sa soif de culture, elle se lance ensuite dans des études de Lettres modernes. Un choix plus indépendant et quelque peu original, de la part de cette jeune femme qui vient d’une famille où la culture n’était pas vraiment une « porte d’avenir » envisagée.  
Après s’être occupé pendant plus de sept années de marketing, chez Folio, Gallimard, 10-18 et au Seuil, Sandrine Roudeix prend conscience qu’elle s’est trompée… Ce n’est pas sa voie, pas son terrain de prédilection, ni d’épanouissement.  Un vrai déclic.

Lorsque Sandrine décide de rompre avec le marketing, elle part en voyage autour du monde, seule avec son appareil photo. Rapporter des images, des émotions, de vivants témoignages de ce qu’elle aura vécu et que les mots ne suffiront pas à exprimer… La photographie est intimement liée à sa quête personnelle, d’expression au monde qui l’entoure, et aux mots.
Soucieuse de prouver son indépendance et d’éprouver sa liberté, Sandrine prolonge son voyage. Une réelle recherche de soi et de sa place dans ce monde où beaucoup de choses ont été jusqu’ici décidées pour elle, débute alors.

La genèse d’une œuvre 

Quand elle rentre de son périple, sa vie professionnelle prend un autre tournant.
Le magazine Paris Capitale, le quotidien 20 Minute, Valeurs Actuelles, le Nouvel Observateur, Le Figaro Madame, le Journal du Dimanche… lui accordent tous leur confiance.
Permanente pendant quatre ans au JDD, Sandrine réalise ainsi de nombreux reportages, alliant photographies et rédaction. Peu à peu, son goût prononcé pour le portrait se précise.

Ce qui passionne la jeune femme, c’est avant tout l’histoire des gens et leurs portraits. Ecouter, raconter, transmettre.

Mais ce que souhaite avant tout Sandrine, son vœu le plus cher, et qui la ronge, c’est d'écrire. Pas écrire des articles sur des sujets imposés par la rédaction, sur ce qui sera rentable, non, Sandrine veut écrire des romans.
Et en même temps, les rencontres qu’elle fait, les découvertes au sein du métier de photographe de presse la poussent à rester. Elle décide de prolonger l’expérience quelques années encore et devient photographe portraitiste.
Un portrait, c’est la représentation de quelqu’un, d’une personne, mais c’est aussi, en dehors de la réalité apparemment objective qu’il renvoie, le regard posé par le photographe sur cette personne. Un lien intime se tisse entre le photographe, son modèle et l’image qui résultera de cette rencontre. Un jeu de regards, peut-être, une façon de mettre en scène l’autre, créer une ambiance, une atmosphère particulière, tout peut jouer de façon infime dans le rendu final.
Le travail de portraitiste donnera l’occasion à Sandrine d’apprendre l’autre, de tenter de le connaître et de le cerner. Un véritable travail de compréhension d’autrui se met en place.

Riche de ces expériences, c’est finalement en 2008 que Sandrine se décide à poursuivre son travail en free-lance dans la presse : Le Point, Madame Figaro Magazine, L’Express, L’Equipe Magazine, Top Santé, Be, Capital, Femme Actuelle… mais aussi dans l’édition. Des projets entiers, qu’elle développe également au cours d’expositions et de livres photos.

C’est avant tout par soif de liberté que Sandrine fait le choix de l'expérience en free-lance. La jeune femme trouve ainsi l’opportunité de travailler sur ce qui l’intéresse réellement, et en toute liberté. Les ingrédients sont présents à l’épanouissement personnel. Sandrine a l’impression d’être enfin là où elle devrait être, entre la photographie et l’écriture. Elle parle d’ailleurs de passion, et non de métier.

sandrine roudeix

Son œuvre :

… photographique :

Elle a mis en place deux expositions : « Ecrivains en état de siège » à la Closerie des Lilas puis au Salon du Livre de Paris en 2008, aujourd’hui présentée à la Librairie Kléber pour tout le mois de janvier 2013. Une deuxième, « Intersections romanesques » à la Bellevilloise a eu lieu  dans le cadre du festival Paris Photo en 2011.

Elle est également auteure de deux livres photos, Réussir : Quand le travail et l’enthousiasme soulèvent les montagnes au Parisien en 2008 et Le Jardin secret des stars chez Flammarion en 2010.

… littéraire :

Son premier roman, Attendre édité chez Flammarion en 2010, est sorti en poche chez « J’ai Lu » en 2012. Elle y met en scène trois personnages à un moment clé de leur vie, qui partent à la recherche de leur vérité.

Son deuxième roman, Les Petites Mères, paru en janvier 2012 chez Flammarion également, retrace l’histoire de quatre femmes de quatre générations, ayant vécu un drame similaire : l’abandon du compagnon, leur laissant à charge une fille. Une sorte de malédiction perpétrée dans le temps. L’histoire met en place des monologues, laissant la parole à chacune de ces femmes.
L’auteure met savamment en place un univers fait de tensions, de reproches, où la communication est rendue difficile, voire impossible par ces « regards qui tuent ».
La jeune femme souhaitait aborder le thème du matriarcat, c’est-à-dire, sans homme.
Sandrine Roudeix reçoit le prix de « L’Autre Page » pour ce roman :
« J’avais envie d’arriver à être moi-même, ne plus subir les pressions de la famille, de l’argent. Je me suis libérée par l’écriture ».

Un roman noir, oui mais, surtout proche du commun des mortels et qui ne s’embarrasse pas des préjugés. Et finalement, si on va un peu plus loin, ce livre porte son message d’espoir : une malédiction familiale n’existe que si l’on ne cherche pas à comprendre, un schéma familial (grande peur de nombre de gens !) ne se reproduit que si l’on n’a pas pris conscience de son existence : « chacun fait comme il peu, mais chacun peut, à un moment donné, s’échapper. »

                        les petites mères sandrine roudeix


Une œuvre à forte résonnance autobiographique

La jeune femme ne s’en défend pas, il y a toujours un gros côté autobiographique dans ses romans. Mais peut-on réellement échapper à la recherche de soi-même lorsqu’on crée ? Aussi, Attendre comme Les Petites Mères mettent, très largement, en scène des personnages qui ressemblent à Sandrine, ou qui dévoilent des parties de sa propre histoire. Mais pas seulement. La littérature est une source insatiable d’imagination, elle permet donc d’inventer sans cesse de nouveaux fils qui se lient et délient : des informations glanées quelque part, ou lues il y a longtemps, des bribes de sa vie personnelle, et puis de celle des autres… On peut partir de faits réels ou préexistants, mais tout le reste est à inventer. Et puis, n’oublions pas que c’est l’identité d’un personnage fictif que l’on construit et que l’on cherche à comprendre, non le sien.Le processus de la transmission mère/fille était un sujet que souhaitait comprendre et décortiquer l’auteure. Etablir les différentes nuances et les mettre à plat. Ce deuxième roman n’avait pas pour but de remplacer une thérapie pour la romancière, bien qu’elle reconnaisse qu’elle l’a, avant tout, écrit pour elle. Mais ne doit-on pas toujours écrire un peu pour soi, du fond de ses tripes, pour écrire vrai ? C’est-à-dire, sans penser à un lecteur lointain de notre vie, inconnu et parfois intimidant ?

Un lien indéniable s’est tissé entre la manière de photographier de Sandrine et son écriture. Lorsqu’elle prend des portraits, il s’agit de cerner au mieux la personne qui se trouve en face d’elle, de ne rien laisser au hasard et de rendre l’image la plus exacte possible. Un travail photographique minutieux qui peut prendre du temps, et dans lequel chaque angle de vue possible doit être expérimenté. La jeune femme exécute le même travail laborieux en littérature, dans le but de comprendre une psychologie. Ses personnages sont autant d’individualités qu’elle tente de cerner, qu’elle explore du plus près qu’elle peut. Se mettre "à la place de", comprendre les émotions qui animent ses personnages, pour aller au plus près de l'authentique vérité.

photo-roudeix-girls

L’exposition

« Ecrivains en état de siège » propose seize portraits d’écrivains français. La question de l’identité, prégnante dans l’œuvre littéraire et photographique de Sandrine Roudeix, est rendue visible  par ces mises en scène de différents écrivains, qui se sont prêtés au jeu du flash, accompagnés... de chaises ! Jeu de mots ou métaphore, la résonnance  anecdotique : « asseoir son identité » n’en est que plus forte et nous fait nous poser de nombreuses questions.

En effet, l’identité d’un écrivain fait –elle forcément partie intégrante de son écriture ? Est-elle en recherche permanente, en quête d’une vérité toujours plus authentique ? L’écriture doit-elle constituer la matrice d’une identité en devenir ? Ou est-elle là pour exprimer les différentes facettes qui habitent l’être humain ? Les écrivains n’écrivent-ils jamais qu’à propos d’eux, s’inspirant de leur propre vécu ou tout n’est que fiction ? La photographie elle-même donne-t-elle des clés sur cette identité ? Permet-elle de se regarder réellement tel que nous sommes ou pensons être ?

Cette exposition pose de nombreuses interrogations, et incite à la réflexion sur l’état d’écrivain, état vécu par Sandrine Roudeix, en plus de celui de photographe. Comment cerner l’identité de celui qu’on lit à travers quelques clichés ?
De plus, ces écrivains sont mis eux-mêmes en scène par la photographe. Ce sont des questions, somme toute, très personnelles, et chacun y verra et y trouvera ce qu’il souhaite ou pense devoir y trouver. Mais le titre laisse déjà penseur… Et si l’écriture est le sceau de la liberté de Sandrine, la photographie n’est jamais très loin, pour laisser sa trace plus visuelle, réelle et opaque. Finalement, Sandrine Roudeix nous propose une œuvre protéiforme et mystérieuse, ne dévoilant son identité que par bribes, à travers des personnages, des mises en scène… bref, une identité qui se cherche constamment et qui n’a pas fini de se chercher.

         sandrine roudeix 090212

 

Où et quand ?

Tout le mois de janvier 2013
A la librairie Kléber (Strasbourg)

 

Pour plus d’informations sur l’artiste :

Rendez-vous sur son site officiel (et toutes ses créations dont les photos prises pour l’exposition en cours) : www.sandrine-roudeix.com

 

 

Rédaction: Camille Feireisen.

Crédits photo: Sandrine Roudeix.