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albert schweitzer

L'humanisme d'Albert Schweitzer 28/08/2013


Cette année, nous fêtons le centième anniversaire de l’arrivée du grand humaniste au Gabon. Petit retour sur le Prix Nobel de la Paix.


Portrait d'Albert Le Grand


« Plus d’une vérité est restée longtemps ou totalement sans effet, simplement parce que personne n’a envisagé qu’elle pût devenir réalité. »

Albert Schweitzer est une figure emblématique de la région Alsace. Personnage connu et honoré dans le monde entier, cet humaniste aux idées avant-gardistes peut se vanter d’avoir eu une carrière exhaustive. Théologien, philosophe, musicien et médecin, Albert Schweitzer a excellé dans tous les domaines. Mais il ne se serait point targué de tant de succès, car sa quête spirituelle émanait d’une personnalité profondément altruiste, qui eut toujours à cœur de placer l’humain au centre de ses préoccupations. Il incarne en ce sens les valeurs humanistes les plus vives, encore aujourd’hui. Prix Nobel de la Paix en 1952, l’infatigable Schweitzer a marqué le monde par son engagement, dont la fondation de l’hôpital gabonais, à Lambaréné, est le plus puissant symbole.

Albert Schweitzer a également profondément imprégné la mémoire collective, par son histoire personnelle durant la guerre, assimilée à celle de nombreux alsaciens de sa génération, et ses travaux intellectuels qui n’ont eu de cesse de s’intéresser au tréfonds de l’âme humaine. Il  a ouvert des horizons vers le lointain. Pour le grand public, son nom est associé aux rives du fleuve Ogooué et le Gabon, les américains l’ont vu comme  « The greatest man in the world » dans les années 1940 et 1950 et la Norvège le vit s’élever contre les armes nucléaires lors de la remise du Prix Nobel de la Paix, en 1954 à Oslo. Mais c’est avant tout à l’Université de Strasbourg que son nom est lié, où l’homme enseigna entre 1893 et 1912, dix ans durant.


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Son ami le grand savant Einstein déclara un jour « Dans ce triste monde qui est le nôtre, voici un grand homme »

Albert Schweitzer reste, pour bon nombre d’entre nous, « plus célèbre que connu ». Tant de fois son nom a résonné à nos oreilles alsaciennes, mais combien ont réellement cherché à comprendre l’œuvre de cet humaniste hors norme ?
D’aucuns se seront intéressés à ses œuvres religieuses, ses prêches de grande renommée, tandis que d’autres savent l’ampleur du travail qu’il a exécuté au Gabon, ancienne colonie française, en tant que médecin missionnaire où il fut le premier « médecin sans frontières. » Il a été un modèle et un pilier dans le développement de l’ensemble du Tiers-monde, sans jamais baisser les bras. Sa personnalité comporte de multiples facettes à l’instar de sa carrière foisonnante et riche d’expériences intellectuelles et spirituelles.

Pourtant, Albert Schweitzer était parti de loin. Né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg, dans l’Alsace annexée au Reich allemand, il vit toute son enfance dans le village de Gunsbach, dans le Haut-Rhin. Enfant aimé et prodigue dès son plus jeune âge, Albert comprend vite qu’il appartient à la classe des privilégiés, sans toutefois accepter d'en profiter.
Il suit d’abord des études de théologie et de philosophie, dont il ressort avec un double doctorat et deux thèses. Sa double culture allemande-française lui ouvre rapidement des horizons nouveaux. L’homme avait compris que ces deux cultures avaient un lien d’avenir.
Il est ordonné pasteur en septembre 1900 et habilité aux fonctions de chargé de cours (Privatdozent) en mars 1902. Prédicateur courageux, l’homme n’hésite pas à dénoncer sa vision du colonialisme et met régulièrement en garde contre la montée du nationalisme en Europe. Entre 1903 et 1906, il devient directeur du Stift, lieu connu aujourd’hui encore, qui héberge à cette époque de jeunes théologiens protestants.

Malgré ses réussites, Schweitzer ne cesse de s’interroger : « Je ne devrais pas accepter mon bonheur comme une chose naturelle, mais je devrais donner quelque chose en échange : je devrais payer. » écrit-il à ce propos. Le don de soi est primordial pour cet homme qui se sent, avant tout, « citoyen du monde ». Un monde auquel il veut participer, activement, sincèrement et pas seulement par la pensée. C’est à cette époque qu’il décide de vivre jusqu’à ses trente ans pour la science et l’art. Il se consacrera ensuite au don de soi.

« Pour chaque homme qui fait souffrir, il en faut un qui parte et porte secours. »


Cette phrase illustre bien la pensée que Schweitzer se faisait de la vie et de sa conception du rapport à l’autre. Il s’est fixé jusqu’à ses trente ans pour prendre une décision et entrer en action. Et voilà qu'un beau jour, une brochure arrive sur son bureau : un rapport mensuel d’une association missionnaire de Paris, se plaignant d’un grand manque de missionnaires et de médecins au Gabon. L’illustre personnage a trouvé dans quel domaine œuvrer ! Son choix ne fait plus de doute : il étudiera la médecine pour se rendre dans la colonie française. Albert Schweitzer souhaite apporter un autre secours que les mots, capable de sauver des vies tout en pansant les souffrances : « Je voulus devenir médecin pour pouvoir travailler sans parler ; à Lambaréné, ma nouvelle activité consisterait non à parler de religion d’amour, mais à la pratiquer. »



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« Parce que c’est beau un idéal quand-même, ça a de l’allure un idéal, ce n’est pas donné à tout le monde d’en porter un ! »

Débutent alors de longues et fastidieuses années de médecine à l’Université de Strasbourg. Infatigable pour autant, Albert continue les prêches et la musique. En octobre 1911, il ne lui reste plus qu’à passer sa thèse, une année d’internat et il pourra s’envoler vers sa contrée africaine, si lointaine et tant rêvée. Il part alors étudier la médecine tropicale à Paris et Berlin et commence à réunir des fonds pour la fondation de son hôpital au Gabon. Peu de temps avant son départ, le 18 juin 1912, Albert Schweitzer épouse Hélène Bresslau, qui l’accompagnera tout au long de son voyage africain. C’est ainsi que l’une des plus extraordinaires aventures humaines du siècle vient de commencer.


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Lambaréné

L’hôpital se construit petit à petit dans ce village parsemé de cases indigènes, esseulé sur les rives du fleuve d’Ogooué. Durant quelques années, Albert Schweitzer y travaillera, recevant les habitants gabonais de cette région où les soins médicaux sont rares. Soudain, la guerre éclate. Dès 1917, son épouse et lui sont renvoyés en Europe. D’abord consignés dans une caserne de Bordeaux, ils seront ensuite transférés dans les camps d’internement de Garaison dans les Hautes-Pyrénées et de Saint-Rémy-de-Provence. Il ne faut pas oublier qu’ils sont nés dans une Alsace annexée par le Reich, tandis que le Gabon est encore une colonie française. Après avoir vécu la précarité de la guerre, ses souffrances et son mépris des hommes, Albert Schweitzer retourne à Lambaréné en 1924. Mais l’hôpital a périclité. L’infatigable médecin ne se laissera pas abattre pour autant et fera construire un nouvel hôpital, à quelques kilomètres de l’ancien. Son indignation devant la souffrance d’autrui est plus forte.
Albert Schweitzer a bel et bien été le principal architecte de cet hôpital. Il ne le bâtit néanmoins pas tout seul et l’aide qu’il reçut d’artisans et d’ouvriers africains et européens ont permis à de nombreux collaborateurs de venir d’un peu partout dans le monde.

Le génie de Schweitzer s’est exprimé dans bien des domaines. La médecine occupe cependant une place à part dans ses écrits, une illumination dans la vie du célèbre "Docteur sans frontières", le moyen par lequel il pourra accomplir sa destinée.

Aujourd’hui, cela fait un siècle que l’hôpital bâti par Albert Schweitzer sur les rives de l’Ogooué a vu le jour. Malgré de récurrentes et graves difficultés financières, l’hôpital poursuit sa mission de service public. Malheureusement, les contraintes économiques peinent parfois à disparaître devant l’idéal humanitaire de son fondateur. Mais l’hôpital de Lambaréné est considéré, au 21ème siècle, comme la référence en matière d’architecture hospitalière en milieu tropical. Et pour les gabonais, Albert Schweitzer restera le « grand docteur » et un mythe.

Extraits du livre A l'orée de la forêt vierge écrit par Albert Schweitzer en 1925 et dans lequel il dépeint son arrivée au coeur de l'Afrique équatoriale française:

« Le pauvre Lazare, c’est l’homme de couleur. Il connaît autant et même plus que nous la maladie et la souffrance, et il n’a aucun moyen de les combattre. […] L’heure doit venir où les médecins volontaires, envoyés par elle (notre société civilisée, NDLR) en nombre suffisant et soutenus par elle, iront au loin faire du bien aux indigènes. »


« Essaye d’atteindre en toi la vraie humanité »

Albert Schweitzer fut le premier à utiliser une formule définissant le « respect de la vie » et fonder une éthique qu’il avait voulue universelle. « Je suis vie qui veut vivre, entouré de vie qui veut vivre. » écrivait-il. Sa conception du monde, de la vie et d’autrui était le fruit d’un travail insatiable sur l’humanité et ceux qui la constituent. Le postulat émanant de ce « respect de la vie », vu par Albert, pourrait être celui de milliers d’hommes, prenant conscience du bien que l’on peut faire à penser l’autre comme faisant parti de soi. Derrière la phrase de Schweitzer il y a la pensée instruite du respect de la vie de chaque être humain, à commencer par la sienne.
L’infatigable médecin s’offusqua souvent de la perte de liberté et de réflexion qui cloisonnaient peu à peu les esprits de ses compatriotes, cependant sa propension à voir dans chacun la capacité d’aider son prochain, fut toujours plus grande. C’est sans doute pourquoi l’œuvre de Schweitzer est celle d’un homme libre et profondément humain.
Sa vie entière a servi cette démonstration, celle d’une vie libre et choisie, où chaque individu peut à tout instant briser le cercle vicieux d’une routine trop facile à aborder.


 

Un homme de lettres

Albert Schweitzer n’a pas seulement laissé derrière lui des œuvres de théologie, de philosophie, des gammes et de la science. Tout au long de sa vie, des missives par milliers ont rempli sa boîte aux lettres, comme il a, lui aussi, rempli celles de dizaines de milliers de personnes. Depuis son enfance à Gunsbach jusqu’à ses derniers jours au Gabon, Albert a écrit ses impressions, ses réflexions intellectuelles et spirituelles, ses joies et ses déceptions dans une correspondance qui constitue aujourd’hui un précieux et vivant témoignage de sa vie et de son œuvre.

Et de musique

 « Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats. »
La musique de Bach pourrait-on ajouter, moment de consolation intime, réconfort émouvant face à l’ampleur de sa tâche. Reconnu par ses pairs, la musique prenait une place essentielle dans la vie d’Albert Schweitzer, qui ne put jamais se résoudre à l’abandonner totalement.


Quelques oeuvres sur Albert Schweitzer en exclusivité pour nos lecteurs (ces oeuvres proviennent d'une collection privée)


Albert Schweitzer Terre cuite proven. Lambaréné

Le profil en terre cuite de Schweitzer n'est pas daté. Les initiales de l'artiste restent difficiles à déchiffrer. L'oeuvre a été produite à Lambaréné, lors du séjour d'Albert Schweitzer en Afrique.



MaisonAlbertSchweitzerLambaréné1965

Réalisation sur toile de rafia, signée par Albert Schweitzer: sa maison dans l'hôpital de Lambaréné, datée de 1965 (l'année de son décès)

 

Déchargement Sur Le Ponton Du Fleuve Ogooué

Réalisation sur toile de rafia, par Albert Schweitzer. Embarcadère de l'hôpital de Lambaréné, situé sur les bords du fleuve Ogooué. On distingue, à droite, coiffée du traditionnel chapeau colonial, la silhouette de Mathilde Kottmann. L'oeuvre lui est destinée, à l'occasion de son anniversaire. Mathilde Kottmann est restée durant 44 ans à Lambaréné en tant qu'infirmière et secretaire. On distingue le bateau arrimé et les porteurs transportant des malles où figure le célèbre sigle ASB: Albert Schweitzer Bresslau. La signature de l'épouse du Docteur, Hélène Bresslau, figure sur cette oeuvre Toujours sur la toile, un peu plus loin, également coiffé du chapeau colonal, fabriqué en liège ou en fibres végétales, on aperçoit le Docteur qui dirige le déchargement.


Proche du cœur des alsaciens et de portée universelle, son œuvre est perpétuée par la Fondation Internationale de l’hôpital Albert Schweitzer et l’Association des Amis d’Albert Schweitzer.
En partenariat avec la Région Alsace, cette année a été entièrement dédiée à la commémoration de ce grand homme. La célébration du 100ème anniversaire de l’arrivée du Docteur Schweitzer au Gabon se fête un peu partout en Alsace, et ce, jusqu’à la fin du mois de décembre.

Transformée en musée la maison d’Albert Schweitzer à Gunsbach se visite. La demeure abrite les souvenirs du célèbre médecin ainsi que son exceptionnelle collection de lettres. Un lieu de mémoire et de découverte.


Rédaction: Camille Feireisen.