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nicolas wild

Cap sur l’Orient 28/03/2013

Humour grinçant, regard ironique et pertinent sur les réalités qui l’entourent, le blogueur-dessinateur et auteur Nicolas Wild apporte son coup de crayon pour décrypter les richesses et les tensions du Moyen-Orient.



nicolas wild


Ancien élève des Arts Décoratifs de Strasbourg, Nicolas Wild se fait connaître du grand public avec la parution de sa première bande dessinée, Kaboul Disco en 2007, suivie de près par Kaboul Disco tome 2, en 2008.

Le début de l’aventure


Nicolas Wild ouvre son premier blog en 2004, alors qu’il s’apprête à partir à Kaboul pour travailler. Ce blog doit constituer « une ère de jeu » selon ses propres mots, un lieu où il peut expérimenter diverses formes de narrations, partager des anecdotes et publier ses croquis.
En 2005 il emménage dans la capitale afghane. Très fragilisé par la guerre menée en 2001 par le gouvernement de Georges Bush et ses alliés de l’OTAN après l’attentat du 11 septembre, le pays est en pleine crise idéologique et identitaire et peine à trouver son propre modèle. Nicolas Wild témoigne de la reconstruction hésitante d’un pays qui lutte entre volonté d’autonomie et graves conflits internes.

Son blog devient petit à petit un carnet de voyage pour Nicolas, qui raconte régulièrement ce qu’il fait dans son travail, publie des dessins, poste des pensées en bande dessinée… autant d’éléments directement reliés à l’actualité du pays.
Pour lui, ces petites narrations dessinées passent certes par le « filtre de la fiction » mais sont « vraies dans le ressenti ». Le récit à la première personne en témoigne, à la manière d’un récit initiatique, où la naïveté des premiers instants se mêle aux découvertes que l’auteur fait en même temps que son lecteur. Nicolas avait à cœur que ce dernier s’identifie pleinement à l’histoire.
Ce blog devient rapidement un lieu animé, consensus entre carnet de voyage rempli d’anecdotes du quotidien et récits plus journalistiques, témoignages d’évènements politiques et sociaux qui se déroulent dans la capitale afghane.

Nicolas s’installe sur la toile et livre ses impressions de voyage, ce dépaysement profond qu’il vit et qui bouleverse ses sens et sa conception des choses.
Les informations, Nicolas n’est pas allé les chercher. Elles sont « venues » à lui, au fur et à mesure. Au cœur de l’actualité, il s’est posé en simple observateur de tous ces évènements qui ont jalonné son séjour à Kaboul.
Au départ, le blog « Pangolin », hébergé par la plateforme 20six, devait être un moyen de communiquer avec la France, de rester en contact. Finalement, les chroniques publiées tout au long de son séjour alimenteront le premier album de Nicolas, Kaboul Disco.



     kaboul disco tome 1        kaboul disco tome 2


Les histoires de Kaboul

L’album sort en 2007 à La Boîte à Bulles, qui s’intéresse aux jeunes blogueurs.
Kaboul Disco tome 1, c’est l’histoire d’un dessinateur de BD désœuvré, qui décide de partir travailler en Afghanistan dans une agence de communication, Zendagui, qui travaille pour le gouvernement. Bref, vous l’aurez compris, c’est l’histoire de Nicolas Wild, ni plus, ni moins. Son premier travail consiste à dessiner une adaptation de la Constitution afghane, puis de travailler sur la campagne de l’armée. Des affiches pour les campagnes de prévention sanitaire et sociale « Ne fumez pas d’opium, c’est mal » aux illustrations de la bande-dessinée didactique, Yassin et Kâkâraouf,à destination des enfants afghans, Nicolas Wild s’immerge dans la culture persane et nous y entraîne. Ses personnages hybrides sont autant de figures réelles et/ou fictives, rencontrées tout au long de ses voyages.

Kaboul Disco, tome 2 s’ouvre quant à lui avec un proverbe persan : « Le meilleur que l’on puisse ramener de voyages, c’est soi-même, sain et sauf. »
Cette citation illustre bien la vie menée par le jeune dessinateur dans un pays encore ravagé par la guerre et la corruption, une vie, dit-il, « ni dangereuse ni totalement sécurisée », dans laquelle la réalité rattrape bien souvent de manière brutale que la paix n’est pas acquise mais toujours menacée.
Les récits de Nicolas parcourent un univers décalé parcouru avec humour, où l’autodérision est de mise malgré les fortes résonnances autobiographiques.


                                    ainsi se tut (iran)


Voyage en Iran

Après son périple à Kaboul, Nicolas s’envole pour Téhéran. La capitale iranienne inspire une nouvelle histoire : Ainsi se tut Zarathoustra.

L’histoire:

L’auteur-dessinateur part sur les traces de l'une des plus anciennes religions monothéistes du monde après le judaïsme, le zoroastrisme. Figure emblématique de la culture zoroastrienne en Iran, Cyrus Yazdani, s’était attiré les foudres de la République islamique à plusieurs reprises. Son assassinat intervient dans une vague de meurtres ayant touché les leaders Zoroastriens à travers le monde, entre 2005 et 2008. En février 2009 a lieu, à Genève, le procès brumeux du présumé coupable du meurtre de Cyrus. Auparavant, Nicolas, en compagnie de Sophia, la fille de Cyrus, s'est rendu en Iran sur ses traces pour tenter de comprendre le personnage, avec en point d'orgue l'inauguration du centre culturel zoroastrien voulu par Cyrus quand il était en vie. Entre enquête, espionnage, carnet intime et quête de justice qui déterre les non-dits ou éclaircit les zones d'ombre, le portrait d'une culture fabuleuse mais ignorée...
S’inspirant de la vie de Kasra Vadarafi, Nicolas Wild a préféré créer le personnage de Cyrus Yazdani afin de pouvoir jouer sans complexe avec la vérité.

Une narration fluide et une documentation précise, Nicolas Wild ne se départit pas de son sens de l’humour pour autant. Il nous plonge au cœur d’une culture souvent mal connue et mystérieuse. Entre BD-reportage, carnet intime et vrai film d’espionnage, l’auteur nous entraîne dans son périple oriental à travers la voix de son personnage principal, Cyrus, un humaniste au franc-parler qui connut une mort tragique après une vie entière de lutte pour faire reconnaître sa religion et ses valeurs essentielles.
Nicolas nous fait ainsi découvrir une religion, un pays, sa culture et ses peuples, laissant de côté les visions étriquées que nous avons encore trop souvent face à ce pays, mal connu des occidentaux. Il brosse également un tableau politique très lucide de l’Iran d’aujourd’hui, sans parti pris.

Artiste-témoin...

A son arrivée en Iran en 2008, son blog « Pangolin » est censuré. Nicolas ouvre alors un nouveau blog sur la plateforme du site lemonde.fr. Ce choix va donner une visée plus journalistique et documentaire à son travail. Le jeune homme renoue avec l’instinct du reporter vivant au jour le jour l’actualité et se pose en témoin direct de l’Histoire qui se déroule devant lui.

Nicolas n’écrit pas de politique. Certes, ses récits n’en sont pas totalement dénués. Ne pas en parler serait un déni insolent à l’égard de tout ce qu’il se passe en Afghanistan, ou en Iran. Les dénonciations sont présentes, mais pas dramatisées. Nicolas s’est posé la question de son rôle sur place, de sa légitimité en tant qu’observateur et témoin impuissant d’une histoire qui n’est pas la sienne. C’est sans doute pour cela que l’enjeu documentaire de cette situation politique hors norme outrepasse parfois sa fonction dans ses récits.
Aussi ses carnets de voyage sont-ils apparentés à la technique journalistique du reportage. Pourtant, Nicolas Wild se défend d’avoir voyagé « en tant que reporter » et d’avoir jamais songé à un sujet précis à aborder pour alimenter son blog. Mais petit à petit, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’une telle histoire devait se concrétiser en un album.

Le dessinateur souhaite divertir son public, tout en apportant quelques clés de lecture pour une meilleure compréhension du monde afghan actuel. Riche de son expérience, il a pour ambition de présenter des évènements historiques réels et parfois difficilement accessibles à un plus large public. « Je pense que la bande-dessinée apporte au récit journalistique des lecteurs qui ne s’y intéresseraient pas forcément. »
Objet ludique, beauté des images, simplicité de l’histoire et donc meilleure compréhension, la BD semble en mesure d’offrir une approche claire et synthétique d’évènements parfois difficiles à comprendre dans le contexte actuel.

... Et reporter d’images


Joe Sacco est le premier à se servir de la BD pour témoigner de la réalité quotidienne d’une situation difficile. Il publie ses carnets de voyage, associant croquis et récits alors qu’il se trouve en Palestine en 92-93 puis en Bosnie en 94-95, zones qui étaient alors en plein conflit. Il ouvre ainsi la voie à un travail de dessinateur engagé, qui se rapproche davantage de celui de journaliste-reporter que d’artiste-témoin.

La bande dessinée approfondit les impressions de voyage, en mêlant le récit aux images.
Le lecteur s’abandonne aux visions d’un dessinateur lointain. Le dessin propose en effet des images créées par l’imagination et lui permet de donner une représentation subjective de la réalité.  Le lecteur le sait. Voilà où réside la principale différence avec la photographie, qualifiée (parfois à tort) de représentative d'une réalité telle quelle.
Les évènements historiques qui interviennent en arrière-fond sont bien réels et totalement ancrés dans la réalité vécue par l’auteur. En revanche, les dialogues relèvent de la fiction créée par le narrateur.
Coup de poing et coup de plume de Nicolas Wild, qui arrive avec brio à associer lecture documentaire engagée et divertissement ludique et créatif.



                                       nicolas wild bd

 

Pour en savoir plus sur l’auteur, n’hésitez pas à consulter son site (croquis, BD en cours, réflexions et anecdotes…) : http://nicolaswild.blog.lemonde.fr/


Rédaction: Camille Feireisen.

Et pour le rencontrer et faire dédicacer son album, rendez-vous le 5 avril, à 19h à la Librairie-café Soif de lire
Adresse: 11 Rue Finkmatt  67000 Strasbourg