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Adrien Finck : des langues, un langage 26/03/2013

Retour sur l'un des plus grands intellectuels alsaciens. Ami des mots, de l'alsacien, de l'allemand, du français et de la musique, il s'est imposé comme l'une des personnes ayant le plus œuvré pour promouvoir sa région.


Qui est-il ?

Adrien Finck, est né en 1930 à Hagenbach dans le Sundgau septentrional et est décédé en 2008. Lycéen à Mulhouse puis étudiant à l’université de Strasbourg et en Sorbonne, il devient professeur à l’Université des sciences humaines de Strasbourg où il enseigne la littérature allemande et alsacienne en 1973. Il a consacré des ouvrages à l'histoire de sa région, à des auteurs et poètes alsaciens mais aussi à des auteurs germaniques. En effet, il est l'un des plus grands spécialistes de Georg Trakl, poète allemand dont il a assuré les présentations des éditions de ses poèmes.

Aussi, ce germaniste de renom s'exprime en bas-alémanique du Sundgau. Il est membre du Comité de direction de la société des Écrivains d’Alsace et de Lorraine, du Comité de rédaction de la Revue alsacienne de littérature et de recherches germaniques. Il a écrit des poèmes en français, en dialecte alsacien ainsi qu’en allemand. Mais Adrien Finck est aussi un mélomane génial et son goût pour la musique se conçoit en lien étroit avec la musicalité qui fonde ses textes. D'ailleurs, sa fille Michèle l'évoque dans son recueil Balbuciendo. « Le piano de paille », texte-hommage au père disparu relate une anecdote : le père fabrique un piano de paille, un piano muet qui parlerait la véritable langue paternelle.

Adrien Finck a été l'un des garants mais aussi des instigateurs de l’enseignement des Langues et culture régionales à l’université et a remporté plusieurs prix : le prix Strasbourg de la Fondation F.V.S. (1974), le Preis der Drexel-Dtiftung (1975), le Bretzel d’or (1980), l'Oberrheinischer Kulturpreis (1983) et le Hebelpreis (1992).


Ses travaux

Dans un premier temps, sont mises au jour ses publications scientifiques dont sa thèse sur Georg Trakl qui est la première œuvre qu'il va faire partager. Cette passion pour la poésie allemande ne le quittera jamais plus puisqu'il travaillera également sur Friedrich Hölderlin et sur Rainer Maria Rilke, poètes allemands majeurs. Il publie ainsi plusieurs traductions de leurs œuvres. Mais nous l'avons déjà mentionné, il joue également un rôle important dans la mise en avant des poètes alsaciens, cercle restreint mais dont certains auraient déjà dû acquérir une reconnaissance (inter)nationale. Ainsi, Adrien Finck a écrit sur René Schickele ou encore sur Claude Vigée. De neuf ans l’aîné d'Adrien Finck, Claude Vigée, poète alsacien et français, s'est discerné par son pacifisme et par la dimension spirituelle de ses écrits pour lesquels il a d'ailleurs été plusieurs fois récompensé. Le travail fait pour promouvoir l’œuvre de cet écrivain est perpétué par la fille d'Adrien Finck, (Michèle Finck est professeur des universités) puisqu'elle a rédigé la préface des poèmes complets de Claude Vigée.

Adrien Finck a également travaillé sur des anthologies de littérature alsacienne contemporaine et ce notamment au sein de l’œuvre  La Poésie en Alsace depuis 1945, anthologie trilingue de la poésie contemporaine en Alsace. En effet, si il y a bien une cause chère à notre homme de lettres c'est celle de son amour égalitaire pour le français, l'allemand et l'alsacien. Trois langues qu'il maîtrise parfaitement, trois langues dont l'une peut compenser les apories de l'autre et vice et versa.

De plus, il rédige une charte dans laquelle lui et d'autres intellectuels s'engagent à ce que soit reconnue la langue régionale qui ne peut être réduite au dialecte. Il définit cette langue régionale dans « sa double dimension » c'est à dire en tant que dialecte (allemand dialectal dans ses multiples variantes)  mais également en tant qu'allemand standard. La littérature permet de définir la langue régionale dans le sens où depuis le Moyen-Age la « part allemande » n'est pas négligeable dans la fondation de notre culture alsacienne. Pour Adrien Finck, l'allemand est une langue régionale de la France. A partir du dialecte est née une langue littéraire à laquelle le français a apporté sa collaboration. Dans cette optique, Adrien Finck a écrit des ouvrages en allemand et en français ainsi que des poèmes en alsacien, montrant l'importance de ces trois langues. Incapable de trancher et de préférer une langue aux autres, il se définit à jamais comme un « Sprachlose », c'est-à-dire un homme pour qui aucune des trois langues n'a véritablement été sienne : pas l'une sans l'autre mais l'une avec l'autre.


Son oeuvre

Enfin, il est également poète. En effet, un premier volume de ses œuvres réunit les 4 recueils de poèmes parus de 1980 à 1988 qui sont Mülmüsik, Handschrift, Langue de Plaisir et Fremdsprache. Cette édition est sélective et les poèmes ont été revus, corrigés et regroupés. Une deuxième série de poèmes publiés depuis 1990 regroupe les recueils Exercice de mémoire, Hammerklavier et Triphonie, ces recueils complètent son œuvre poétique. Cette œuvre mène à une renaissance de la poésie dialectale en Alsace. C'est cette idée qu'Adrien Finck met au jour lorsqu'il parle de "triphonie" réunissant le dialecte, le haut-allemand, et le français sous le signe d'une "europhonie".

Sa poésie pourrait être décrite (si tant est que l'on puisse faire entrer une plume dans un carcan) comme une poésie dialectale moderne mêlant deux mondes que l'on a toujours bêtement opposés. Aux réflexions de l'intellectuel se tisse un rapport bouleversé aux origines paysannes. Aussi, la poésie d'Adrien Finck met en jeu ses méditations sur le sort et le comportement du peuple qui néglige et oublie au fur et à mesure sa langue régionale. Sa poésie est donc critique mais elle a également vocation à modifier cette torpeur. Ces textes sont incantatoires car ils ont valeur à sommer les gens de ne pas oublier leurs origines. 


Pour finir, citons cette phrase résumant la pensée de l'auteur : « La langue est dans mon pays, mon pays est dans ma langue » et espérons que le piano de paille demeure toujours.


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Propos : Mélissa Reymann