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Mira2 ouvriers_SACM_vélos

Vers une mémoire audiovisuelle de l'Alsace 01/02/2012

Collecter, numériser et valoriser les films inédits concernant l'Alsace ou des Alsaciens est la passionnante et lourde tâche que s'est fixé l'association strasbourgeoise Mira.

Odile Gozillon-Fronsacq, vous avez créé en 2006 l'association Mira (Mémoire des Images Réanimées d'Alsace).
Comment est né votre projet de collecte d'images concernant l'Alsace ?


J'ai créé, avec Christiane Sibieude, Mira en vue d'organiser, en 2006, un colloque avec l'université Marc Bloch et le département du Bas-Rhin. Le thème était : « Conformisme, impertinence et provocation dans l'image de l'Alsace ». De nombreux intervenants dont un géographe, un psychiatre, un linguiste, étaient invités à s'exprimer sur leur vision de l'Alsace. Et le soir même, nous avions ouvert une exposition au Conseil général sur le même thème, avec un focus particulier sur Hansi, Tomi Ungerer et Henri Zislin.
L'idée sous-jacente était de continuer à collecter les images concernant l'Alsace. Ce projet s'inscrivait dans les pas de ma thèse sur les « Stratégies cinématographiques en Alsace (1896-1939) » et faisait suite à mon travail aux Archives du Bas-Rhin où j'avais œuvré, entre 2000 et 2006, à créer un pôle image. Le point de départ est qu'il existe partout dans le monde des images concernant l'Alsace, le souci est que l'on ne sait bien souvent pas où elles se trouvent.


Votre projet de collecte porte sur les films inédits. De quels films s'agit-il ?

Il existe à côté des films de création et des films officiels de nombreux fonds d'amateurs, films de famille tournés à l'occasion d'événements de la vie quotidienne. Ces courts ou longs métrages apportent un regard différent et complémentaire sur une période donnée; ils enrichissent notre regard sur l'Histoire.
On l'a bien vu avec le Printemps arabe, le téléphone portable a remis à l'honneur le film historique d'amateur. Il permet de donner plusieurs visions sur un même sujet. Pour les téléphones portables, il en existe beaucoup, mais pas pour le film amateur ancien.
Bien souvent, ces pellicules et bobines sommeillent au fond d'un placard avec le risque au fil du temps de s'abîmer et de finalement ne plus être lisibles. Plutôt que de jeter ses films qui parfois encombrent plus qu'ils n'intéressent leur détenteur, ce qui serait une véritable perte du point de vue de leur apport historique, j'invite tous ceux qui en détiennent à nous les signaler, de manière à ce que nous puissions les inventorier, charge à Mira ensuite de montrer qu'ils existent.

Mira1 Première communion Zillisheim années 50

Première communion à Zillisheim dans les années 50


Est-ce à dire que Mira accepte tous les films d'amateurs ?

Non, ce ne serait pas raisonnable. Nous avons établi plusieurs critères de sélection. Les films qui nous intéressent doivent être des inédits donc ne pas avoir fait l'objet d'une projection publique commerciale. Ils doivent avoir un lien avec l'Alsace, même au sens large, c'est-à-dire avoir été réalisés en Alsace ou hors de la région par un Alsacien. Notre période de prédilection concerne les films d'avant 1970. Et nous prenons tous les formats d'origine film (35 - 17,5 - 16 - 9,5 - 8 mm et super 8). Nous contribuons ainsi à sauver de la destruction les films inédits, importants pour la mémoire collective.


Votre fonds cinématographique actuel est composé essentiellement de films de particuliers. Mais vous vous intéressez également aux films d'entreprise et de collectivité.

En effet. Notre base de données compte une centaine de films en provenance de particuliers, pour l'essentiel des films de famille. Mais nous commençons aussi à avoir des films d'entreprise et des films sur des villages d'Alsace.
Dernièrement une société d'assurance m'a remis une pellicule 16 mm des années cinquante. J'ai découvert en examinant les images qu'elles montraient le rapport de la femme avec le travail, sa place dans la société, mais aussi les techniques de vente en pratique à cette époque. C'était un film fonctionnel pour l'entreprise qui, depuis lors, est devenu caduc pour elle. Par chance, cette société d'assurance, plutôt que de se débarrasser du film en le jetant, nous l'a donné. Ce film est important pour l'histoire économique de l'Alsace. C'est pourquoi nous voudrions développer la collecte des films d'entreprise.
Ensuite il y a aussi les images animées de village. Mira a ainsi collecté un fonds de Molsheim qui retrace la vie de famille dans les Vosges; il est plein d'enseignement sur les techniques de fabrication d'une entreprise locale. Tous ces films sont d'une grande richesse pour le patrimoine local.

Mira2 ouvriers_SACM_vélos

Sortie d'usine à vélo : les ouvriers de la SACM
(Société Alsacienne de Constructions Mécaniques) dans les années 50


Dans la mesure où ce sont des particuliers, des entreprises qui vous confient leur film, quels sont vos moyens de communication pour vous faire connaître d'eux ?

Nous organisons régulièrement des projections de films anciens. « Mon village » en est un exemple.  La première fois que nous avons été sollicités pour une telle projection, c'était, en 2009, au cinéclub de Wissembourg, puis à Soultz. Le succès avait dépassé nos espérances. Plusieurs  centaines de personnes avaient assisté à ces séances. Nous avons réitéré l'expérience en d'autres lieux d'Alsace, avec toujours le même résultat. Cela a, d'ailleurs, suscité un projet plus complet. Nous envisageons de continuer les projections de films à l'ancienne avec des actualités de l'époque et des films d'archives. Et peut-être même de créer entre les deux des entractes "glace" comme cela se faisait auparavant.
Nous prévoyons également d'organiser des séances de projections dans les villages où résident les personnes qui nous ont contactés pour nous proposer leurs films, Nous pourrions ainsi mieux faire connaître les actions de Mira Alsace et être plus facilement mis en relation avec d'autres détenteurs de films inédits.


Que faites-vous des films inédits qui vous ont été donnés ou prêtés ?

Dans un premier temps, nous les visionnons, puis effectuons un dérushage, c'est-à-dire que nous établissons pour chaque film une fiche de présentation. Vient ensuite la phase de numérisation, lorsqu'elle n'a pas été directement faite par le propriétaire de la pellicule ou de la bobine, le but étant enfin de donner l'original à un centre de conservation, les Archives, et de remettre au propriétaire du film qui le souhaite un enregistrement numérique de qualité.
Nous créons ainsi une base de données avec des mots-clés très utiles ensuite pour les historiens. Nous avons aussi déjà eu des demandes de chaîne de télévision pour leur fournir des séquences en lien avec une thématique, mais ce sont essentiellement les historiens qui font appel à nos inédits d'Alsace pour réaliser des études historiques. Pour l'instant, nous ne sommes pas encore vraiment opérationnels pour fournir des éléments de notre base. Chaque fiche de film nécessite un très gros travail de notre part. Nous espérons toutefois d'ici fin 2012 pouvoir migrer notre base de données actuelle vers un système digne d'une cinémathèque.


Crédit photos : Mira
Interview de Sandra Schuhler-Bastian


Pour plus d'informations : www.miralsace.eu