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Louis Schittly : voyage dans l'humanitaire 18/10/2012

Invité de « Tout Mulhouse lit » dont le thème, du 19 au 28 octobre 2012, est le voyage, l'auteur Louis Schittly, cofondateur de Médecins sans frontières, revient sur son engagement en tant que médecin humanitaire.


Le voyage peut se concevoir de différentes façons : touristique, culturel, sportif, humanitaire. Pour Louis Schittly, il s'apparente clairement, pendant toute sa vie professionnelle, à l'idée de sauver des vies de la guerre et de la famine. Jeune médecin, il répond à une annonce de la Croix-Rouge française et s'engage comme bénévole auprès des victimes de guerre. De mission en mission, il est envoyé au Biafra, au Vietnam, en Afghanistan et au Sud-Soudan. « Chaque guerre est différente », mais au final toujours la même horreur : des victimes dans leur chair, des gens qui meurent de faim. Ce soixante-huitard qui voulait jeune garçon devenir missionnaire découvre alors toute l'utilité de sa présence au sein de ces conflits. « Au Biafra, on a ramassé des milliers d'enfants, on les a nourris et soignés ; sans nous, ils n'auraient pas survécu ! » Son choix d'embrasser une carrière médicale prenait face aux nombreuses vies sauvées tout son sens.

      

« On était des cibles faciles, mais j'avais accepté ce risque »


Et quand on lui demande si la peur l'avait accompagné pendant ses voyages au cœur des conflits en Afrique, en Asie, il balaye l'idée aussitôt prononcée: « On n'avait pas le temps de s'apitoyer sur notre sort, et puis, on n'était pas tout seuls, il y avait les enfants, les autres médecins  ». Avant de poursuivre « certes, on était des cibles faciles, mais j'avais accepté ce risque. Je savais très bien où je mettais les pieds ». L'instinct de survie et l'importance de la démarche de médecin humanitaire dans des zones où parfois plus aucun médecin local ne s'aventurait lui donnaient en quelque sorte des ailes. Né en 1938 dans le sud de l'Alsace,  Louis Schittly avait connu la guerre dans son enfance ; c'est probablement de cette première expérience qu'il a très rapidement intégré l'attitude à adopter en cas de proche danger, de tirs armés. Une forme d'insouciance volontaire et une sacrée dose de chance lui ont permis à chacune de ses missions de s'en sortir en vie et entier. Jamais le danger ni l'horreur de ce qu'il voyait n'ont entamé son enthousiasme à repartir sur une autre zone en conflit.


S'il a choisi la médecine, c'est parce que le métier le faisait rêver. S'il a décidé de partir à une époque où la plupart des jeunes médecins optaient plutôt pour le confort d'un cabinet, c'est parce qu'il cherchait l'évasion, et qu'il voulait se rendre et se sentir utile. « La perspective d'une installation comme médecin, même à la campagne, me semblait être un enterrement », écrit-il dans son livre L'homme qui voulait voir la guerre de près. Au Vietnam, plongé dans une autre guerre, le « french doctor » reçoit tous les matins en consultation cent patients ! On comprend aisément que le pays, du fait de sa situation géopolitique de l'époque, manquait cruellement de professionnels de la santé. La Croix-Rouge lui apportait une justification à l'intérêt d'exercer ce métier qui aurait pu lui rapporter davantage, financièrement, s'il était resté dans son pays. Mais les considérations pécuniaires n'ont aucune incidence chez cet humaniste qui a donné son temps et son énergie sans compter.



De l'humanitaire, sans ingérence politique


De son engagement auprès de la Croix-Rouge française au Biafra, aux côtés d'une poignée de médecins, tous français, et de la perception de l'ampleur de la guerre civile qui y sévissait, naît peu à peu dans son esprit et dans celui de ces « anciens Biafrais » l'idée de créer « une association médico-chirurgicale autonome et indépendante de toutes ingérences politiques ». Cette association prendra le nom de Médecins sans frontières à sa création officielle en 1971. Louis Schittly n'a pas le temps de participer aux festivités en cours, d'autres aventures humanitaires l'appellent. Il part avec l'Ordre de Malte, dans un camp biafrais de la Côte-d'Ivoire, puis au Vietnam. Mais pour l'homme « gauchiste, anar et athée » qu'il était, le lien alors souvent trop présent entre humanitaire et politique l'irrite.


Au grand tournant de la quarantaine, le « french doktor » alsacien décide de se poser. Il redécouvre sa région natale, poursuit la médecine, d'abord en effectuant des remplacements, puis devient médecin-chef à la maison de convalescence à Sentheim, en tant que salarié. « Je ne voulais pas de rapport d'argent avec les malades », souligne-t-il. Mais on ne se défait pas si facilement d'une âme de médecin baroudeur. Aussi sur appel de l'ONG Aide médicale internationale (AMI), Louis Schittly accepte de repartir en 1980, direction l'Afghanistan. Il y ouvre le premier couloir humanitaire du pays avec le soutien de Terre des Hommes Alsace. En 2004, il effectue une autre mission, l'ultime en tant que médecin humanitaire. Sur la demande de Bernard Kouchner, son ancien camarade du Biafra, il part pour le Sud-Soudan.


Aujourd'hui à la retraite, Louis Schittly n'en continue pas moins de voyager. D'une manière différente, plus paisible. Passionné par l'ornithologie, il n'hésite pas à parcourir des milliers de kilomètres pour étudier les oiseaux, se mettre en osmose avec la nature. C'est aussi l'occasion de se retrouver intérieurement et spirituellement. Une autre forme de voyage !


Article : Sandra Schuhler-Bastian

Crédit photo page d'accueil : Vincent Froehly / Flammarion


Louis Schittly parlera de ses voyages et de son livre le jeudi 25 octobre à 20h00 à la Bibliothèque Grand'Rue de Mulhouse, dans le cadre de la manifestation Tout Mulhouse Lit.


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