Alsatica | Portail des Savoirs en Alsace (retour accueil)

Une exception a été lancée : indexer_SolrServerRequest::execute (URL = http://10.128.1.35:8070/solr/select?q=(%2A%3A%2A)&start=0&rows=0&fl=*,score&fq=((document_accessor%3A0))) failed with error number 7

Edition_alsace

Les enjeux de l'édition en Alsace 10/09/2012

La rentrée est traditionnellement une des deux grandes périodes de parution de livres. Un moment important et crucial pour les maisons d'édition, particulièrement en région.

Même si le bilan des ventes de livres ne peut être tiré qu'après les fêtes de fin d'année, les contours se dessinent en filigrane. Et plus encore l'humeur des éditeurs.


Avec une vingtaine de maisons d'édition, l'Alsace couvre une large palette des domaines de prédilection du livre. Outre les alsatiques – l'Alsace est la seule région française dont les ouvrages traitant du patrimoine et du terroir disposent d'une dénomination spécifique –  les secteurs tels que la littérature française et étrangère, l'édition jeunesse, les livres de cuisine, des ouvrages scolaires, les beaux-livres, les sciences humaines, la fiction, sont traités. Des maisons d'édition, toutes indépendantes, avec une ligne éditoriale plus ou moins resserrée, un ancrage régional plus ou moins marqué, une ancienneté d'existence plus ou moins longue.


La plus ancienne maison d'édition d'Alsace, La Nuée Bleue, qui a été créée en 1920, a une ligne éditoriale principalement tournée vers les alsatiques ; elle développe en parallèle depuis 2010 une collection intitulée « La grâce d'une cathédrale », des livres d'art grand format alliant une riche iconographie (plus de 600 images) et des textes écrits par des historiens et spécialistes du monument traité.


Un des enjeux de l'édition en région est, selon Jacques Feuerstein des éditions Jérôme Do Bentzinger, de se tourner vers l'extérieur tout en gardant une identité éditoriale régionaliste. « J'ai un doute sur la pérennité à long terme des alsatiques. Y aura-t-il toujours un public attaché aux livres de fond sur l'Alsace ? »


Certains éditeurs, comme La Dernière Goutte, jeune maison d'édition au catalogue déjà de grande qualité, et Arfuyen, implanté en Alsace depuis 1975 et ayant un bureau à Paris, ont fait le choix de regarder au-delà des frontières de la région. Avec une production accès sur la littérature française et étrangère, l'ancrage national voire international en est facilité. De la même manière, l'édition jeunesse réussit à investir le marché national. C'est le cas de Callicéphale dont le catalogue comporte 35 titres de Kamishibaï et une cinquantaine d'albums.


« Jouer dans la cour des grands » n'est pas chose facile. Bien évidemment, une production destinée au public national est le premier élément, le deuxième enjeu est de réussir à se rendre visible dans les librairies. La diffusion-distribution reste à ce jour le passage quasi obligé. Or celui-ci a un coût, de l'ordre de 55% du prix de vente public hors taxe pour chaque livre. « La marge sera la même pour un livre vendu au plan national qu'au niveau régional, alors que pour ce dernier, nous pourrions le faire tout seul », précise Jacques Feuerstein. Sans compter qu'un éditeur régional ne proposant que quelques titres par an ou, plusieurs titres, mais avec une production faible en volume, rencontre parfois d'importantes difficultés pour accéder aux structures nationales de distribution et de diffusion.


Trop de production littéraire ?


Même si l'Alsace n'est pas la région qui compte le plus d'éditeurs, un leitmotiv revient. « Il y a trop de production littéraire ! » Ce problème de surproduction affecte la visibilité des nouveautés et plus encore des ouvrages de petits et moyens éditeurs. Quand certaines maisons d'édition déplorent la surproduction actuelle liée, selon elles, au nombre croissant de toutes petites structures ou au développement de l'autoédition, pour d'autres, à l'instar de Jérôme Do Bentzinger Éditeur, dont le catalogue se veut résolument large, la surproduction est devenue un mal nécessaire. « Nous sommes obligés de proposer un large choix de titres et de sujets, d'une part, pour limiter les risques de se tromper sur le choix de la production, et, d'autre part, parce que nous avons décidé d'éditer à faible tirage », explique Jacques Feuerstein.


S'adapter aux mutations en cours


Outre la nécessité d'être visible pour se maintenir et se développer, que ce soit en Alsace ou ailleurs, tous les éditeurs sont confrontés aux grandes mutations. Celles-ci ne datent pas d'aujourd'hui. Pour mémoire, avec la naissance des premières radios et plus encore, l'apparition du petit écran, le spectre de la disparition du livre avait rendu bien pessimistes les éditeurs d'alors sur l'avenir de leur secteur d'activité. Pourtant, l'histoire a montré que l'on a continué à vendre des livres et même plus que par le passé. Les émissions littéraires y ont probablement contribué pour une bonne part, de même que la démocratisation du livre.


Aujourd'hui, une autre grande évolution s'est amorcée, conduite par Internet et l'éclosion des liseuses et tablettes. Avec elles, l'approche de la lecture est différente. Ce nouveau format engendre de nombreuses questions qui n'ont à ce jour pas encore trouvé de réponse définitive. L'inconnu est angoissant. D'autant plus que le livre électronique remet en cause certains métiers, plus spécifiquement, celui de l'imprimeur, du distributeur et du libraire. En cela, il est considéré comme une révolution. L'outil est différent, mais le contenu, lui, reste le même. Et rien ne prouve que le numérique étouffera le papier.


Depuis plusieurs années, le monde de l'édition est en mouvement permanent, ce qui oblige les éditeurs à rester attentif aux évolutions qui se dessinent. L'avenir du livre passera par l'acceptation de ces évolutions et par une réflexion sur la meilleure façon de les intégrer.


Article de Sandra Schuhler-Bastian