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La querelle des livres

Le livre numérique tuera-t-il le livre papier ? 19/06/2012

Telle est la question posée en filigrane dans le livre d'Olivier Larizza La querelle des livres.

Question éminemment fondamentale alors que le livre numérique inquiète les acteurs du livre et enchante les passionnés du tout numérique. Il n'est pas un mois, où l'on ne lit dans la presse ou sur Internet des articles et commentaires sur le duel entre livre électronique et livre papier.  Il n'existe en revanche, a priori, que très peu d'ouvrages abordant la problématique de cette bataille.



Auteur d'une quinzaine de romans, récits, contes et poésies, Olivier Larizza, professeur de littérature anglaise à l'université, a eu l'idée suite à un colloque sur « La médiatisation de l'écrit » organisé par l'Université de Haute-Alsace en 2010 et auquel il avait participé comme intervenant, de mener de manière plus approfondie que ne le permettait le colloque la réflexion sur l'avenir du livre. De cette initiative est né un petit essai récemment publié sous forme de livre imprimé, et en version numérique.


« Le livre papier vivrait ses derniers jours. Ce qui le tuerait à petit feu : le numérique. » Ce préambule donne le ton de l'ouvrage. L'illustration de la couverture montrant un livre imprimé poignardé se vidant de son encre n'en est que plus explicite. On imagine dès lors que tout est dit : la mort imminente du livre traditionnel, tel que nous le connaissons depuis plus de cinq siècles, condamné sur le bûcher de la modernité et des nouvelles technologies. Or en poursuivant la lecture des 128 pages écrites dans un style alerte et un brin didactique, on y découvre qu'essentiellement deux critères militent en faveur de la disparition du livre imprimé : le nomadisme et l'encombrement, les deux pouvant d'ailleurs être liés. Un autre critère mis en avant serait l'argument écologique des e-books. Mais d'emblée, cette « idée reçue » est battue en brèche par l'auteur qui lors d'une interview précisait que « depuis l'arrivée du numérique, on n'a jamais autant imprimé ni autant utilisé de papier », sans compter l'effroyable bilan carbone d'une liseuse, au regard de la fabrication de l'appareil, son utilisation et, en fin de vie, de sa destruction.


Le livre sécrète des affects et des fantasmes

Pour Olivier Larizza, le livre, qui n'est pas un produit culturel comme les autres, sécrète des affects et des fantasmes particuliers, autant d'éléments de résistance face aux e-books, liseuses et autres supports numériques. À la base de ces fantasmes, se trouve le « désir de livre » qui passe par le toucher, l'effeuillage des pages, la forme du livre, l'odeur de son papier, son esthétique et, plus encore, sa pérennité, « le fantasme immémorial de postérité ». L'auteur avance un critère qu'il juge imparable : le papier, même s'il jaunit, a une durée de vie bien plus longue que les supports numériques. Ces derniers tombent non seulement en panne, mais surtout ils se périment très rapidement.


En deux parties et sept chapitres, l'auteur aborde dans son essai les avantages et inconvénients des deux supports de lecture, le traditionnel et le moderne, s'interroge sur les enjeux tant culturels que de civilisation qui sont au centre de la querelle des livres. Et il esquisse un bilan qui permet de nous rassurer, « le roi papier n'est pas mort ». En effet, selon Olivier Larizza « Le numérique n'a pas creusé la tombe du livre papier, seulement celle d'un certain type de lecture rendu possible par lui » : la lecture de textes amples, denses et profonds, les textes à la Proust ou à la Joyce.



Article : Sandra Schuhler-Bastian

La querelle des livres, édition Buchet Chastel, 128 p., 13 euros