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L'enluminure, un art toujours pratiqué 02/07/2012

Art médiéval par excellence, l'enluminure, autrement dit l'art de mettre en lumière des textes par des lettrines richement décorées ou par des scènes historiées, renaît depuis le XIXe siècle.


Les enluminures ont toujours fait partie du livre. Apparues au haut Moyen Âge, elles ont peu à peu décliné avec le développement de l'imprimerie au XVIe siècle. Originellement, exercée par les moines dans des scriptoria, l'enluminure avait pour vocation de décorer les livres religieux. Les moines traduisaient par les décorations peintes en marge des textes calligraphiés leur dévotion à Dieu. Progressivement les miniatures ont eu un rôle pédagogique et social : expliquer l'histoire de Dieu et de Jésus par des images, à l'instar des vitraux dans les églises, à une population qui très souvent ne savait pas lire.


enluminure réalisée par Aline Falco          

Enluminure réalisée par Aline Falco


Du scriptorium à l'atelier laïc

L'ornementation pouvait ne porter que sur les initiales de chapitres ou occupait une place plus importante dans le manuscrit. Le terme « miniature », généralement employé, vient du latin « minium » désignant un rouge vermillon utilisé pour tracer les majuscules. Peu à peu, il a désigné  les images peintes, de petite taille comparativement aux tableaux, qui venaient illustrer les manuscrits. 


À partir du XIIIe siècle, avec l'essor des universités et un besoin croissant d'ouvrages d'études, de livres littéraires, se sont développés des ateliers laïcs. La démocratisation du livre était dès lors en marche. Le parchemin utilisé, les couleurs, les feuilles d'or nécessaires à la réalisation des enluminures, la faible productivité, tout cela fait que pendant longtemps encore le manuscrit reste un objet unique et rare destiné à des privilégiés. Être propriétaire d'un manuscrit enluminé était signe de richesse et de puissance.

Livre des Miracles de sainte Foy, XIe s

Livre des Miracles de sainte Foy, XIe s, lettrine de la page 12, Bibliothèque Humaniste de Sélestat


Au cours de son histoire, qui s'étend sur plus de dix siècles, l'enluminure a connu une grande diversité de style. À l'époque romane, par exemple, les miniatures ont une valeur démonstrative se basant sur une tradition antique. Les initiales historiées présentent des scènes narratives ayant souvent pour source la genèse, mais aussi des lettres ornées d'animaux, d'entrelacs, de végétaux. Quant à la grande époque de l'enluminure qui correspond à l'époque gothique, les livres enluminés étant essentiellement réalisés pour l'aristocratie, le clergé, les bourgeois, les compositions s'assimilent à de véritables œuvres d'art. Les personnages peints sont plus réalistes, les drapés plus souples, le nombre de couleurs s'accroît, avec des coloris vifs.


Mais l'essor de l'imprimerie met progressivement un terme à la réalisation des manuscrits entièrement faits à la main et, par conséquent, aux livres enluminés.


Ce n'est qu'au XIXe siècle, à la faveur d'un nouvel attrait pour l'esprit médiéval que l'art de l'enluminure, et ses techniques propres, fait son retour. Cet engouement se retrouve aujourd'hui dans les demandes de cours et stages, ainsi que dans l'intérêt du public pour les expositions de livres enluminés dans les musées et bibliothèques.


En Alsace, plusieurs bibliothèques renferment des chefs-d'œuvre qu'elles ressortent occasionnellement de leur lieu de conservation le temps d'une mise en lumière. Citons entre autres, la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg ou encore les bibliothèques municipales de Colmar et Mulhouse. Des objets de collections qui comme le Livre des Miracles de Sainte Foy sont accessibles à la consultation grâce à une version numérisée.

Rois et des Ducs de Bretagne, enluminure de Thierry Mesnig          

Des Rois et des Ducs de Bretagne, enluminure de Thierry Mesnig

Renouveau de l'enluminure

En Alsace, plusieurs artistes enlumineurs pratiquent aujourd'hui l'enluminure de façon traditionnelle. Il en est ainsi d'Aline Falco, installée à Strasbourg, et de Thierry Mesnig, à Ottwiller, qui l'un comme l'autre exercent  leur art avec la même gestuelle qu'au Moyen Âge. Tous d'eux ont principalement appris les recettes d'enluminure dans les livres traitant des techniques jadis utilisées. De la même façon que chaque scriptorium développait son style, ces enlumineurs du XXIe siècle, qui ont respectivement dix et quinze ans d'ancienneté dans leur domaine, se sont spécialisés, créant ainsi leur marque de fabrique.


Thierry Mesnig, passionné de l'époque moyenâgeuse, s'inscrit dans une démarche perpétuelle de reconstitution historique, que ce soit en faisant partie d'une troupe d'animation historique ou par son travail d'enlumineur. Il réalise régulièrement sur commande des fac-similés de miniatures anciennes. « Il y a tout un travail de construction dans mes fac-similés. Le rapport de taille est extrêmement important », précise l'artiste qui a publié en 2008 Voyage d'un enlumineur dans la Bretagne du Moyen Âge et qui travaille actuellement sur un autre ouvrage à paraître à l'automne 2012 sur les « Minnesänger », les troubadours allemands.

Misère de la condition humaine par Aline Falco

Misère de la condition humaine par Aline Falco, enlumineresse.


Finesse, précision, minutie

Contrairement au fac-similé, les contraintes de la copie sont plus souples. Cette dernière donne une certaine latitude, ne serait-ce que dans le format, puisqu'une copie se doit toujours d'être plus grande ou plus petite que l'original, contrairement au fac-similé qui en est la reproduction exacte en tout point.


Mais un artiste est avant tout un créateur. Une bonne partie de l'œuvre d'Aline Falco est inspirée à  la fois par l'art nouveau, le préraphaélisme et l'art indien. « Cela donne un mélange qui peut étonner », reconnaît l'artiste enlumineresse, avant de poursuivre « j'utilise toujours les techniques et les codes de l'enluminure ». Cela commence par les matériaux utilisés : le parchemin ou du vélin, des pigments de couleur d'origine naturelle, c'est-à-dire végétale, animale ou minérale, les nécessaires liants pour la composition des couleurs, des feuilles d'or à 23 carats, et bien évidemment les pinceaux. Ajoutez à cela des modèles, ou tout simplement l'imagination, et l'alchimie opère après plusieurs heures de travail. L'art de l'enluminure nécessite de la patience, de la précision, une exigence importante de qualité. Et beaucoup d'heures d'application. Cela peut aller de 10 heures à 300 heures de travail, selon la complexité et la taille de l'enluminure à réaliser. Pour une pièce qui sera toujours unique.


Pavois, enluminure de Thierry Mesnig.

Pavois, enluminure de Thierry Mesnig.


Que ce soit Aline Falco ou Thierry Mesnig, à côté de leur production personnelle, ils partagent volontiers leur connaissance des techniques anciennes de l'enluminure. Car l'engouement pour ce mode d'illustration voit émerger des cours et stages au cours desquels les enlumineurs transmettent leur savoir-faire. L'artiste d'Ottwiller anime des stages et des ateliers dans des centres aérés et dans des lieux chargés d'histoire, comme cet été dans l'abbaye Notre-Dame d'Œlenberg à Reiningue ;  Aline donne traditionnellement des cours à l'université populaire ou, pendant la période estivale, en petit comité à son atelier.


Pour se rendre compte de leur travail, le mieux est d'aller à leur rencontre lors d'expositions ou déjà dans un premier temps sur leur site internet.


Article de Sandra Schuhler-Bastian

Pour plus d'informations sur Aline Falco et Thierry Mesnig : www.iluminadora.com & www.enlumineur.com