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Musée de Tomi Ungerer

Exposition « Le Zoo de Tomi Ungerer » : Entre satire et ode à la vie animale, le plaidoyer des Bêtes ! 05/11/2012

Une exposition riche de réflexions sur la « société » animale. Une fois encore, le célèbre illustrateur nous emmène dans les profondeurs d'un monde mi-réel mi-fictif, dessiné et imaginé au fil de sa plume.

Le musée de Tomi Ungerer, situé à la Villa Greiner, avenue de la Marseillaise à Strasbourg, a ouvert ses portes en novembre 2007. Depuis, chaque année, le musée de Tomi propose des expositions par thématiques.
Riche d'un fonds de 8 000 dessins donnés par l'artiste à sa ville natale, 300 oeuvres sont régulièrement mises en avant, par roulement thématique. Le musée offre ainsi un voyage dans le temps, à travers le dessin d'illustration des XXème et XXIème siècles.
Des dessins de livres pour enfants aux dessins satiriques et publicitaires, mais également des oeuvres érotiques ou engagées politiquement, le dessinateur et illustrateur n'a pas fini d'intriguer les visiteurs, tant son oeuvre s'annonce foisonnante et protéiforme.
Depuis le 13 juillet et jusqu'au 11 novembre, le musée a choisi d'ouvrir ses portes...aux animaux!

« Bienvenue chez les Bêtes »

                 
Intitulée « Le Zoo de Tomi Ungerer », l'exposition offre une réelle mise en scène des animaux, à la façon Tomi. Le monde animalier y est dévoilé sous toutes ses formes. Naturalisme mais aussi métaphore et personnification du monde animal, Tomi Ungerer tente pleinement l'expérience de la conscience de la vie animale :
« Quand je dessine les animaux, mon crayon est le fusil du chasseur ; et ma plume, la seringue du savant tentant des expériences. »
ironise-t-il.
Et cela n'est un secret pour personne, les animaux sont omniprésents dans les livres pour enfants de l'auteur, qui a par ailleurs beaucoup travaillé sur le thème du bestiaire.

Tout d'abord, l'artiste s'amuse à dessiner les oiseaux de la forêt vosgienne, souvenirs de son enfance passée en Alsace. Mais c'est lors de son séjour en Nouvelle-Ecosse que cette thématique « animale » va susciter chez le dessinateur un plus vif émoi.
En effet, en 1971 Tomi Ungerer et sa femme émigrent en Nouvelle-Ecosse (au Canada), après avoir vécu un temps à New-York. Ils décident d'acheter une maison à Lockeport, et commencent ainsi une nouvelle vie. Le couple a alors l'occasion de se familiariser avec le monde animal : en effet, ils élèvent des moutons, des oies, des lapins... une véritable petite ferme ! Ils font ainsi l'apprentissage de l'abattage d'animaux. Expérience qui marquera l'artiste mais aussi sa vision du monde animale, et de l'homme face à la bête.
Cette nouvelle existence inspirera donc Tomi, puisquau début des années 80, alors qu'il vit désormais en Irlande, il publie deux ouvrages : Slow Agony et Nos années de boucherie. Ce dernier ouvrage est le récit de sa vie en Nouvelle-Ecosse, illustré de dessins et de croquis relatant son expérience. Il y écrit : « On exagère toujours dès quon veut dire la vérité. »
Et c'est bien ce goût de l'exagération et de la provocation, toujours utilisées à bon escient cependant, qui sont les caractéristiques maîtresses de la plume d'Ungerer.
Le dessin devient alors une arme pour décrire avec ironie les maux de la société contemporaine.

"Un petit tour dans le Zoo de Tomi"

-    Au premier étage de l'exposition, une véritable ode à la vie animale :
Sur le palier, des croquis, des photographies très personnelles de l'artiste avec son chien, accueillent le visiteur. Quelques pas et nous voilà entrés dans le zoo, un peu particulier, de Tomi Ungerer. Photocollages, dessins au crayon et au fusain, l'illustrateur ne semble pas attaché à un outil spécifique pour composer sa vision du monde. L'expression, pour lui, passe par tous les moyens. Aussi, on trouve une certaine originalité dans les assemblages de Tomi Ungerer, qui n'hésite pas à utiliser tous les matériaux de récupération à sa disposition pour construire de toute pièce un animal : une pelle, deux petits râteaux et voilà un échassier !


Un échassier

Une imagination insatiable qui voit en toute chose, dans le moindre petit objet sans intérêt, une âme et un secret. Une plume enfantine et légère au premier coup d'oeil, et puis toute l'autodérision et l'humour de l'auteur qui ne tardent pas à faire l'habituel petit « électrochoc » à notre conscience.
En effet, il y a les animaux humanisés, présents pour rappeler une critique sociale un brin provocateur et ironique de l'illustrateur. Des animaux aux traits physiques humains et aux caractéristiques animales, le paradoxe à son apogée pour marquer la critique de notre société moderne. Le dessinateur apporte un regarde ironique sur le monde des animaux, à l'instar de celui des hommes.
Et un peu plus loin, un sujet plus grave : les violences faites aux animaux. Une série d'illustrations extraites du livre Amnesty Animal dévoile le sincère engagement de Tomi Ungerer contre les souffrances faites aux animaux. Et pour l'effet choc, pas de censure pour dévoiler la tragédie : le coup de crayon de Tomi devient un virulent défenseur des droits des animaux ! La satire prend ici une tournure politique, dont le titre rappelle l'écho, pour dénoncer les sévices infligés aux animaux.


Pas de baiser pour mamanAmnesty Animal
 

-    Au Rez-de-chaussée, un petit voyage dans l'enfance avec contes et légendes modernes : Les trois petits cochons, Les trois vilains Brigands sont à (re)découvrir avec toujours autant de plaisir.
 

"La plume intelligente"


C'est donc dans un univers ambivalent, entre réalité et fiction que nous entraîne « Le Zoo de Tomi Ungerer ». Le naturalisme se mêle à l'ardente ironie de la plume du dessinateur. L'exagération, pour Tomi Ungerer, se met au service d'une authenticité malmenée par les hommes et les mensonges quotidiens. Elle est l'ultime moyen de montrer la vérité, et de choquer les esprits parfois assoupis. Malgré les moments forts de la série Amnesty Animal, la plume de Tomi préserve toute la tendresse enfantine qui lui est propre. Et même les sujets les plus graves ne sauraient être traités par l'artiste sans cette touche d'ironie, qui imprime de manière indélébile chaque image dans notre esprit, et pour certains, depuis l'enfance.

 

Article: Camille Feireisen
Illustrations du Musée Tomi Ungerer