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Cinq questions à Georges Ratkoff 13/12/2012

C'est avec plaisir que Georges Ratkoff a accepté de répondre à mes questions. Sa voix calme et posée découvre un artiste simple et touchant qui n'a jamais fait de la vente de ses ouvrages son cheval de bataille.

Tout au contraire, Georges Ratkoff ressemble plutôt à l'artiste absolu, plus à l'aise enfermé chez lui et occupant son temps à peindre et à dessiner qu'à faire la promotion de ses livres. Pourtant, les années passants, son public n'a cessé de croître. Cet ingénieur d'origine russe est désormais l'un des plus grands illustrateurs de sa région d'adoption. Comme quoi, avant d'être un pays natal, l'Alsace est d'abord un pays de coeur. Les dessins de Ratkoff sont imprégnés d'une ludicité qui résonne d'une oeuvre à l'autre et nous permet de concevoir son travail comme à la fois humoristique et poétique. Ses aquarelles  réveillent les rêves d'enfants qui dormaient en nous.

 

Vous êtes un exilé de la Russie, pourtant votre uvre est habitée pour ne pas dire hantée par l'Alsace. Quelle(s) vision(s) de l'Alsace exhibe(nt) votre uvre ?

Vous savez, j'ai soixante-dix ans. J'ai vu l'Alsace changer. Je suis arrivé en France à cinq ans, d'abord en vacances puis mes parents s'y sont installés. J'ai connu des villages comme Eguisheim encore dépouillés de maisons à colombages, avec des étables qui bordaient les chemins et des routes non goudronnées. Aujourd'hui, c'est l'un des villages les plus visités d'Alsace. Il y a eu beaucoup de changements mais l'Alsace revêt un charme différent à chaque époque. C'est vrai, je dessine une Alsace hors de la mondialisation mais même aujourd'hui notre région dégage encore une aura profondément authentique. Mes dessins se trouvent pris entre l'Alsace d'autrefois et celle du temps présent. Ainsi, lorsque je vois ma femme en costume d'alsacienne qui participe aux fêtes typiques de la région, je me dis qu'il y a dans l'Alsace des traditions qui demeureront toujours.

 

Quelle place accordez-vous à la réalité ?

Je n'ai pas de thèmes de prédilection. Je dessine ou peins ce qui me plaît, ce qui peut accrocher l'oeil. Cela peut être un banc disposé d'une manière curieuse devant une maison, une vue magnifique depuis la forêt, un vignoble en automne ou une scène d'intérieure. Je me promène toujours avec mon carnet de croquis mais aussi avec mon appareil photo ! La réalité est ainsi transcendée mais elle reste le noyau dur de mon oeuvre. Il n'empêche que parfois les scènes de la vie quotidienne que je mets en valeur sont issues de mon imaginaire seul. Or, mon imaginaire se nourrit aussi de toutes sortes de documents dont je me suis imprégné auparavant ce qui marque un retour au réel une fois encore. J'ai très tôt été attiré par les alsatiques et désormais ma bibliothèque en contient beaucoup, eux aussi sont à la source de ma vision de l'Alsace à la fois fantasmée et réelle.



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A quel public s'adresse vos livres ?

Mes livres s'adressent d'abord à des adultes. J'écris des livres qui pourraient leur parler. Ils les feuillettent et souvent alors ils les achètent et les lisent tranquillement chez eux. Ensuite, ils les montrent à leur enfants voire à leurs petits enfants. Mon dernier ouvrage, la Belle Alsace est d'ailleurs sous-titré « racontée aux petits et aux grands », ce qui dit l'importance que j'accorde à l'enfance. Je sais pourtant que certains de mes ouvrages leur sont moins destinés au niveau du texte mais mon coup de pinceau permet d'envisager mes dessins comme accessibles au plus grand nombre. Le plaisir de l'image apparaît dans le fait qu'elle n'a pas à subir la barrière du langage. Mes aquarelles permettent de voir à l'autre bout de la planète l'Alsace que j'aime à représenter. N'importe qui peut ainsi découvrir une des facettes de notre région sans comprendre un seul mot de notre langue.

 

Pourquoi ne pas publier un livre qui comprendrait seulement des aquarelles ?

Je pense très honnêtement qu'il manquerait quelque chose à mes livres si ils n'étaient pas complétés par l'écriture. Pour moi, image et texte sont complémentaires, c'est pourquoi mes livres contiennent toujours ces deux versants. Toutefois, l'image précède toujours l'écriture. En effet, je fournis mes illustrations et elles sont ensuite complétées par des textes. Fréquemment, j'ai moi-même l'impression que le texte précède l'image mais c'est toujours l'inverse. L'Alsace Rêvée a ainsi été élaboré avec Jocelyne Fritsch, historienne et journaliste. On lui a demandé en peu de temps de trouver un texte qui reflétait mes aquarelles, c'était difficile mais elle a fait quelque chose de très personnel, de poétique. Je sais que ce travail a été éprouvant et pourtant son atmosphère intimiste me prouve qu'il n'existera jamais un autre livre comme celui-là. Huguette Dreikaus, poète, est venue compléter le projet Vive l'hiver qui permet la cohabitation de l'image et de la poésie, deux champs artistiques qui fonctionnent très bien ensemble. Enfin, l'an dernier est sorti La Belle Alsace sur lequel un historien, Gérard Leser que j'estime beaucoup a travaillé avec moi. Je ne l'ai connu par l'intermédiaire de son travail historique, mais parce qu'il est un excellent conteur. Passionné tout comme moi par la vallée de Munster, la notice historique qu'il a crée pour La Belle Alsace permet d'envisager cet ouvrage autrement que les précédents. Ses textes permettent de situer l'image, nous sommes alors plus dans le concret qu'avec l'Alsace Rêvée ou Vive l'Hiver. Tous différents et personnels, mes livres prouvent que l'illustration joue avec la diversité.


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Le dessin chez vous semble être lieu d'apaisement, dépourvu de toute brutalité. Comment décrire l'image que vous représentez ?

Ce sont les dessins d'Hansi qui ont bercé mon enfance. Son réalisme poétique m'a aidé à trouver la ligne que je voulais suivre pour mes propres projets. Comme je l'ai déjà dit, il y a quelque chose de ce réalisme dans les sujets mais aussi dans le coup de crayon. Néanmoins, l'image est aussi un jeu. Dans La Belle Alsace, quand je dessine des jeunes gens qui cueillent des cerises je les imagine en costume traditionnel. J'utilise alors le jardin d'un ami comme décor fictif et j'y dessine ce que j'ai envie d'y voir. Les couleurs sont douces et apaisées. Je sais que les couleurs ont l'air plus vives dans mes ouvrages mais c'est simplement parce qu'il faut forcer les teintes pour l'impression. L'aquarelle utilise les pastels et me permet de travailler vite. De plus, ce matériau est idéal pour les livres dans le sens où je travaille moins lentement et que cela revient moins cher aux gens. Mais chez moi je peins à l'huile, j'aime la rigueur que demande ce type de peinture, je vais plus doucement mais j'y prends un plaisir fou. Je partage aussi ces moments avec mon public, lorsque j'expose une fois par an.



Nous vous donnons d'ores et déjà rendez-vous au Koïfhus (ancienne douane) à Colmar du 14 septembre 2013 au 22 septembre 2013.

Propos recueillis par Mélissa Reymann