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Les illustrateurs en Alsace - Ecole municipale des Arts décoratifs de Strasbourg

L'image des illustrateurs d'Alsace 28/02/2011

« L'Alsace [...] terre d'exception de l'illustration », écrivait en mai 2010 Catherine Piettre dans son article sur les héritiers de Tomi Ungerer dans les colonnes du Point. Voilà une phrase qui chatouille la curiosité.

En quoi l'Alsace est-elle une terre d'exception pour l'illustration ? À écouter les illustrateurs eux-mêmes, tout vient de la formation qui y est dispensée. La région est dotée d'une école des arts décoratifs ambitieuse et de grande qualité. Située dans un bâtiment historique, de l'époque wilhelmienne, dotée d'une façade, superbement décorée de mosaïques, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, l'Esads (Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg) propose trois options, dont la Communication, elle-même constituée de trois ateliers : Communication graphique, Didactique visuelle et Illustration. L'atelier Illustration, créée en 1972 par Claude Lapointe et géré par lui pendant plus de trente ans est à présent piloté en grande partie par Guillaume Dégé. « Il est un des trois ateliers européens les plus réputés », souligne Joseph Griesmar alias Béhé, initiateur de la première école de bande dessinée sur Internet. Pour preuve, poursuit-il, « de nombreux étudiants d'autres écoles viennent ici terminer leur cursus ». L'atelier Illustration a manqué il y a quelques mois de voir ses effectifs sévèrement diminués. Une forte mobilisation a finalement permis de « sauvegarder l'essentiel et de raffermir certaines de nos bases », rassure Guillaume Dégé.

Après une formation de cinq ans dont trois années de spécialisation, les illustrateurs fraîchement émoulus (en moyenne dix-huit étudiants chaque année) des « Arts déco » de Strasbourg et attirés par le secteur du livre se voient ouvrir les portes du monde de l'édition. Malheureusement « il existe trop peu de relais éditoriaux en Alsace », déplore Guillaume Dégé, avant de compléter « On est une fabrique de matière première dans le domaine de l'illustration, mais on n'a pas encore réussi à susciter des vocations éditoriales lourdes ». Quelques éditeurs de la région ont un catalogue tourné en partie ou en totalité vers les livres d'illustration, parmi lesquels on trouve les éditions du Signe, les éditions du Bastberg, Callicéphale, le Verger éditeur, Ogham éditions. Malgré cette dynamique, l'offre éditoriale reste plus attractive à Paris.


Excellence et reconnaissance


Alors en attendant qu'un projet à la hauteur des espérances se développe dans la région, des collectifs éclosent, souvent déjà dans les murs des Arts déco, pour tenter l'aventure de la micro-édition, mais aussi pour acquérir de la pratique et se faire connaître. On peut ainsi citer l'Institut Pacôme, éditeur du Poulpe Multipotent, une revue de bandes dessinées écolo-bricolo; Icinori créé par deux illustrateurs, Mayumi Otero et Raphaël Urwiller, qui se sont lancés dans l'édition expérimentale autour de l'image imprimée, du livre-objet; Nyctalope, un magazine d'illustrations et de BD, dont le 4e numéro vient de paraître; l'association Belles Illustrations qui a sorti récemment son 4e opus éponyme. 

Parfois, des projets plus ambitieux arrivent à aboutir. C'est le cas des Éditions 2024, créés par Olivier Bron et Simon Liberman, deux anciens de l'Esads, avec un premier ouvrage tiré à 2000 exemplaires, un magnifique livre intitulé Les Derniers Dinosaures.

Pas évident en effet de se faire connaître et surtout de rendre son projet pérenne. Le talent est absolument indispensable, et à ce niveau, l'Alsace compte de nombreux illustrateurs talentueux. Il suffit pour s'en rendre compte de tourner les yeux vers le festival international de la bande dessinée d'Angoulême. L'édition 2011 a une fois de plus mis plusieurs (anciens) élèves de l'école des arts décoratifs de Strasbourg aux premières loges des distinctions. Citons pour exemple Élodie Durand qui, avec La Parenthèse, un récit en bande dessinée, débuté pendant ses études, a obtenu le Prix Révélation d'Angoulême. Mais outre un bon coup de crayon, l'illustrateur doit aussi savoir jouer la carte du commercial : en proposant ses réalisations à des éditeurs, des directeurs artistiques. Et à ce niveau, la persévérance est de mise.

Faire connaître l'illustration. Tout un programme. On a tous une idée plus ou moins précise de ce qu'est l'illustration, des domaines dans lesquels elle officie (la publicité, la bédé, le dessin de presse, l'illustration jeunesse, l'illustration adulte). Néanmoins, selon Guillaume Dégé, dans l'esprit de nombre de personnes, le mot « illustration » ne fait pas sérieux. Il aurait même une connotation négative.  Pourtant, reconnaît-il, « en Alsace, on est très en avance en matière d'illustration » et pour mieux préciser sa pensée, il ajoute « au XVIe siècle, la région du Rhin supérieur était la Silicone Valley de l'illustration ».


Quelques lieux de rencontres


Les illustrateurs en Alsace - Le Grill


Alors qu'en est-il aujourd'hui ? Plusieurs initiatives locales et régionales tendent à montrer le dynamisme et la richesse patrimoniale du berceau de Gustave Doré ou Tomi Ungerer en la matière. Outre l'Esads, le centre de l'illustration de la médiathèque Malraux, le cabinet des estampes, le musée Tomi Ungerer, ces différents lieux et institutions participent à mieux faire connaître le dessin, l'image, la relation entre l'image et le texte. À ces structures bien ancrées s'ajoutent des manifestations régulières ou ponctuelles. Deux rencontres importantes dans le paysage du 9e art français font partie de l'agenda alsacien : le festival bédéciné d'Illzach qui se tient en novembre de chaque année et le festival européen de la bande dessinée, Strasbulles, dont la 3e édition est prévue en juin 2011.

Créer à Strasbourg un lieu comprenant des ateliers pour les illustrateurs et une galerie d'exposition est l'ambition du Grill, association professionnelle des illustrateurs, auteurs et scénaristes de la région Alsace. Son président, Christian Heinrich, pensait toucher récemment du doigt la réalisation de ce vœu, mais un problème technique a ajourné le projet. La déception passée, il faut se remettre à l'œuvre et continuer de croire qu'une nouvelle opportunité se présentera qui apportera aux illustrateurs de la région une connexion directe et permanente entre la créativité qui est la leur et le public.