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 Manga

Le succès du manga auprès des adolescents 07/10/2010

Au delà du clivage entre les amateurs et les détracteurs du manga, libraires et bibliothécaires s'entendent pour reconnaître le succès en Alsace de la bande dessinée japonaise auprès des lecteurs adolescents.

Tout a commencé avec les dessins animés du Club Dorothée, dans les années 80. Ensuite, ce sont les films d'animation au cinéma comme Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké qui ont attiré les jeunes. Puis Dragon Ball, en version papier. Et voilà le phénomène manga lancé en France.

« Le manga en France a connu un gros boum aux alentours de 2005-2006 avant d'atteindre aujourd'hui un rythme de croisière », précise Sébastien Martel, gérant de la librairie Baka Neko basée à Colmar. Pour ce féru de lecture et tout particulièrement de mangas, le succès du genre tient à plusieurs paramètres : un graphisme dynamique qu'il compare volontiers aux images cinématographiques, très détaillé, un rythme narratif vivant avec des décompositions de l'action sur plusieurs pages, un univers correspondant au lectorat.

C'est bien de cela qu'il s'agit. Après les trentenaires, la génération Club Dorothée, dont fait partie Sébastien Martel, ce sont les adolescents d'aujourd'hui qui semblent accrocher au manga voire à la mangamania (livres, films, produits dérivés). Pour le libraire colmarien comme pour Joëlle Rébert qui s'occupe des achats de mangas à la médiathèque de Biesheim, les adolescents boudent la littérature jeunesse qu'ils considèrent trop éloignée de leurs attentes, trop moralisatrice. « En France, on écrit des livres d'ado comme on écrit pour les adultes », insiste Sébastien Martel. Alors que dans le manga, le héros est un jeune de leur âge qui évolue en même temps que son lecteur. L'identification est donc largement facilitée.

Des mangas pour changer l'image des bibliothèques

Pourtant les thèmes de l'aventure, de l'amitié, de l'intégration dans le groupe social existent également dans le manga. La différence réside dans la façon d'aborder les sujets. Et en bibliothèque cette différence d'approche se ressent. « Avec les mangas, nous avons récupéré le public des adolescents qui avait déserté la bibliothèque » Riche d'un fonds de mangas de 1484 ouvrages qu'elle a constitué progressivement depuis 2007, la médiathèque de Biesheim, dans le Haut-Rhin, est satisfaite de cette évolution. Marine Anjuere, gérante de la librairie Shi Fu Mi spécialisée en mangas à Strasbourg va même plus loin : « C'est un outil pour moderniser l'image des médiathèques auprès des jeunes ». Et de rajouter « Aux médiathèques ensuite d'amener les jeunes vers la lecture de romans ». Le manga, par le biais de Naruto par exemple, constitue, selon elle, « un bon compromis pour passer de la BD au roman ». Que ce soit en librairie ou en médiathèque, la série Naruto sort grand vainqueur des achats ou emprunts de mangas. Les 50 volumes de la série sont régulièrement tous empruntés à Biesheim, et les demandes de prêt se succèdent quasiment sans interruption. « Certains ados lisent trois, quatre voire jusqu'à 10 fois les séries. À chaque relecture, ils découvrent d'autres détails au niveau du graphisme ».

Deux autres éléments jouent en faveur du grand succès des mangas auprès des jeunes. Contrairement aux BD franco-belges, le temps entre deux parutions est beaucoup plus réduit (1 à 2 mois pour les mangas; 6 à 8 mois pour une BD classique), ce qui permet une meilleure fidélisation du lectorat, dont la tranche d'âge est souvent habituée à vouloir tout tout de suite. Une pagination plus conséquente que les 48 pages traditionnelles donne la possibilité d'aller plus loin dans la narration. Et détail non négligeable, les BD japonaises sont vendues à un prix très attractif, adapté au pouvoir d'achat des ados. Le résultat est indéniable : la France est le 2e plus grand « lecteur » de bandes dessinées japonaises. « Une BD sur deux vendues en France est un manga », précise tout sourire la gérante de la librairie Shi Fu Mi.

Pour autant, selon l'avis des deux libraires, la production française peine à se faire une place. Seule la maison d'édition Ankama semble vraiment bien s'en sortir. Actuellement encore, l'offre de mangas en librairie vient essentiellement du Japon. Il s'agit de titres japonais sélectionnés par des éditeurs français et traduits en France.

Un manga alsacien

En Alsace, une tentative existe à ce jour Miki au pays des cigognes, écrit et scénarisé par Fabrice Dunis et édité par La Nuée Bleue. La sortie du livre en 2007 avait été précédée d'une prépublication sur le site internet des Dernières Nouvelles d'Alsace, une première. Plusieurs séries de rencontres, dédicaces, conférences ont apporté le succès à ce premier manga 100 % alsacien. « L'idée, avance Pascal Schweitzer des Éditions de la Nuée Bleue, était de permettre aux jeunes de rentrer en lien avec la région, son histoire, son patrimoine ». En fait, la sensibilisation a joué dans les deux sens selon lui : de nombreux lecteurs habituels d'alsatiques ont acheté ce manga pour l'offrir à leurs enfants et à l'inverse, les jeunes ont voulu faire découvrir à leurs parents ou grands-parents ce qu'est un manga, que l'image qu'ils en avaient n'était pas forcément toujours juste. « Avec ce manga, on s'est retrouvé un peu dans l'esprit de transmission entre les générations ».