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Conférence Histoire mémoire patrimoine

La mémoire prend-elle le pas sur l'histoire? 05/11/2010

Dans le cadre du programme « Tout Mulhouse lit » qui s'est tenu du 19 au 24 octobre, et parmi les nombreuses et intéressantes animations, l'une d'entre elles a permis de poser la question du rapport entre histoire, mémoire et patrimoine.

Deux personnalités, Frédéric Guthmann, président du conseil consultatif du patrimoine mulhousien (CCPM), et Jean-Pierre Rioux, historien de renom, spécialiste de l'histoire politique culturelle de la France contemporaine ont débattu du sujet à la bibliothèque Grand'Rue de Mulhouse.

Existe-t-il un devoir de mémoire ?

Autant il ne peut exister de devoir d'histoire, autant un devoir de mémoire est nécessaire, s'entendent à dire les deux invités de la rencontre animée par Jean-Arthur Creff, directeur des bibliothèques de Mulhouse. Selon Jean-Pierre Rioux, « Le rapport des historiens à la mémoire est récent ». C'est ainsi que dans le sillage des Rendez-vous de l'Histoire qui a lieu depuis plusieurs années à Blois, a été mise en place à Strasbourg la Rencontre des Mémoires, dont l'édition 2010, la première, portait sur le thème « Mémoire et Religions ».

Souvent confondus, les mots mémoire et histoire ne peuvent pourtant être synonymes, même si l'histoire est une discipline de la mémoire, dans le sens de l'apprentissage, de la mémorisation. Une des différences entre les deux concepts, précise à la fois Frédéric Guthmann et Jean-Pierre Rioux, se situe au niveau de la subjectivité de la mémoire, mais aussi au niveau de son innéité. Là où l'histoire a un rapport scientifique au passé, la mémoire met plus en avant un rapport affectif et devient par conséquent sélective. On ne vit pas sans souvenirs et pas davantage sans tri dans ses souvenirs. La mémoire est donc constitutive de l'être. Elle est innée. La mémoire est également plurielle, car il y a autant de mémoires qu'il y a de groupes et même d'individus.

Néanmoins comme le précise Frédéric Guthmann : « La mémoire se nourrit de l'histoire ». La mémoire de l'Alsace en est un exemple-type. « Mulhouse a vécu un moment historique totalement hors du commun. (…) La mémoire de la ville a été fournie par la société industrielle ». Et de poursuivre « La société industrielle de Mulhouse a travaillé sur sa mémoire et l'a transformée en histoire. Mais on n'y retrouve pas trace de la mémoire ouvrière. » Et en cela, « toute l'histoire de Mulhouse a été occultée ». Bien sûr, des ouvrages sont venus ensuite parer au manque, mais cela a eu lieu dans un deuxième temps.

Quelle est la part de la notion de patrimoine dans l'Histoire et dans les Mémoires ?

Pour reprendre l'exemple de Mulhouse et de son passé industriel, il y a eu un temps, avance Fréderic Guthmann, où nombre de personnes et personnalités opposaient un véritable refus, une négation du passé industriel de Mulhouse. Il y avait à la fois de l'indifférence et de la méconnaissance. On pouvait entendre de-ci de-là que le patrimoine industriel n'avait pas d'intérêt, qu'il n'avait pas d'avenir. Pourtant, c'est précisément cette ère industrielle qui a apporté la modernité à la ville et à ses habitants.

À présent, la situation a évolué. Dans le bon sens. L'ancienne fonderie de Mulhouse a été réhabilitée en campus. À l'occasion des journées européennes du patrimoine, le temps d'un week-end, de nombreux visiteurs sont venus voir le site de DMC. Ils ont été séduits, à juste titre. « Il y a eu, poursuit le président du CCPM, un véritable travail de transmission de la mémoire, à la fois par les historiens et par les ouvriers ». Sauvegarder le site de DMC est devenu une lutte incessante qui commence à porter aujourd'hui ses fruits. Ici comme ailleurs, la sauvegarde du patrimoine industriel prend de l'importance. Cette notion de sauvegarde constitue la base pour un nouveau départ. Et ce nouveau départ passe par la réhabilitation des lieux.

On voit là, reconnaît Jean-Pierre Rioux, que « le patrimoine touche davantage les gens que ne le fait la notion d'histoire ». En fait, « le rapport au passé, au présent et à l'avenir est en train de se déliter ». L'avenir apparaît souvent bouché, le passé est régulièrement remis en cause. Que reste-t-il alors ? La notion de patrimoine. « Les sociétés ont recours à la notion de patrimoine lorsqu'elles ne trouvent pas de réponse à leur passé », avance l'éminent historien, auteur d'un essai publié en 2006 La France perd la mémoire.